Qu’il s’agisse de l'ambassadeur américain accrédité à Port-au-Prince, Peter F. Mulrean, du coordonnateur du dossier Haïti au Département d’Etat, Kenneth Merten, ou du secrétaire d’Etat John Kerry, le mécontentement est sans équivoque à l’endroit du président provisoire Jocelerme Privert. Le non-respect de l’accord conclu le 5 février dernier, entre le président sortant Michel Martelly et les présidents des deux chambres, sur la poursuite du processus électoral, est à la base du différend qui oppose l’administration américaine à Jocelerme Privert. Il n’y aura pas d’élections le 24 avril prochain en Haïti et les termes de référence de la commission qui doit poursuivre l’enquête sur les élections de 2015 sont soumis à l’appréciation du président provisoire depuis la fin de la semaine dernière. Il ne fait aucun doute que l’arrêté présidentiel qui doit nommer ces membres va davantage provoquer la grogne chez l’Oncle Sam. Sans ambages, l’ambassadeur américain, qui a multiplié ses interventions sur les élections de l’année dernière, désapprouve l’enquête sur ces joutes. Le diplomate persiste à faire croire que les élections du 25 octobre n’étaient pas entachées de fraudes en dépit du fait que le recours exercé par le parti Fanmi Lavalas auprès du Bureau du contentieux électoral national (BCEN) avait révélé l’existence de fraudes et d’irrégularités. L’observateur qui suit l’évolution de la politique haïtienne peut se demander pourquoi l’administration Obama est si préoccupée de l’organisation des élections haïtiennes. Il est certain que le renouvellement des institutions politiques, de façon régulière, constitue un signe de stabilité et de bonne gouvernance. Cependant, en fonction de quoi le secrétaire d’Etat américain s’arroge-t-il le droit de dire que la patience de la communauté internationale a ses limites en ce qui a trait à la poursuite du processus électoral en Haïti? Il s’agit bien de menaces de la part de John Kerry à l’endroit du président provisoire de la République. Pourquoi Washington devient-il si impatient sur la poursuite du processus électoral en Haïti ? Mis à part le parti de l’ancien président Michel Martelly, tous les autres partis politiques ainsi que les organisations de la société civile aimeraient bien que la vérité jaillisse sur les élections du 25 octobre 2015. Le candidat à la présidence Jude Célestin, en ballottage pour le second tour de la présidentielle, attend tranquillement les résultats de l’enquête. Alors, pourquoi cet empressement de l’Oncle Sam à vouloir à tout prix la réalisation du second tour de la présidentielle en Haïti ? Les élections haïtiennes vont-elles avoir un impact sur les élections américaines ? Selon toute vraisemblance, après la publication des résultats de l’enquête sur les élections du 25 octobre 2015, l’institution électorale prendra le temps qu’il faut pour planifier la poursuite du processus. Car l’échéance du 14 mai, ne pouvant plus tenir, en aucun cas, on ne pourra prévoir une nouvelle date pour la prestation de serment du prochain président. Tout porte à croire que la date du 7 février 2017 pourrait être à nouveau l’échéance pour l’entrée en fonction du président qui sortira de ces joutes. Comment Washington va-t-il exprimer maintenant son impatience sur la poursuite du processus électoral, car le 14 mai ne permettra certainement pas la passation des pouvoirs? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com