Considéré également comme le fait qu'une personne confronte un dilemme intérieur, le conflit se définit généralement comme une situation dans laquelle deux parties (au moins) entrent en opposition à l'idée que leurs intérêts, tangibles ou intangibles, sont menacés. En dépit du fait que certains conflits puissent contribuer au progrès, il demeure que le conflit est généralement perçu comme un problème. De ce fait, une solution idoine doit être apportée aux conflits qui éclatent ou sont susceptibles de voir le jour. Force est de constater que certaines mesures prises par rapport à des conflits, loin d'être une solution, renforcent le problème initial et constituent des fertilisants pour d'autres maux. Participe de telles mesures la décision du pouvoir exécutif d'accepter comme membre de l'actuel CEP (Conseil électoral provisoire) deux mal élus. Ce qui, pour le moins, constitue un entérinement de l'inacceptable.
En effet, on n'aurait pas tort de dire qu'en lieu et place du secteur Fanm, c'est une organisation féministe qui est représentée au CEP. Pareil pour le secteur Droits humains qui, au lieu d'être présent au CEP, est supplanté par une plateforme. Au CEP, les « représentants » des secteurs Fanm et Droits humains sont des mal élus. La désignation de ces personnes a suscité, au sein même de ces secteurs, beaucoup de vives contestations. Ces contestations ainsi que leurs fondements ont été formellement communiqués au pouvoir exécutif. Donc, en vue de ne pas cautionner l'inacceptable, tout en tâchant de ne pas fragiliser davantage les secteurs Fanm et Droits humains, le pouvoir exécutif aurait dû leur conseiller de recourir à une médiation ou conciliation. Dans cette lignée, en vue d'accompagner ces secteurs dans le choix de personnes qui ne soient dénuées d'aucune légitimité, les bons offices de la CCAH (Chambre de conciliation et d'arbitrage d'Haïti) auraient pu être sollicités.
En optant pour l'intégration au CEP de mal élus, tout porte à croire que le pouvoir exécutif n'aurait pas suffisamment mesuré les implications de son acte. Cette décision met en lumière de sérieux paradoxes. Comment un pouvoir exécutif dont la mission est de faire de bonnes élections puisse-t-il ne voir aucun problème à ce que des conseillers électoraux soient mal élus? Comment un pouvoir exécutif qui, peu de temps après son investiture, clamait tout le temps qu'il allait mettre sur pied une commission d'évaluation et de vérification des « élections » de 2015 puisse-t-il délibérément agréer le choix de mal élus? Comment un pouvoir exécutif dont la mission est de faire de bonnes élections puisse-t-il choisir de fragiliser le CEP en y intégrant deux personnes dénuées de légitimité? Soulignons qu'en plus de l'autorité, la légitimité importe énormément à la performance de tout dirigeant. Rappelons que le pouvoir exécutif était formellement informé des fondements des contestations dont sont l'objet les « représentants » au CEP des secteurs Fanm et Droits humains. Donc, en acceptant d'intégrer à l'actuel CEP ces mal élus, le pouvoir exécutif n'a fait qu'entériner l'inacceptable.
En Haïti, une tendance à la normalisation de l'anormal s'observe un peu partout. Il y a aussi une tendance à considérer comme normal le fait que des moyens odieux soient utilisés en vue d'atteindre des objectifs. De telles tendances doivent être vigoureusement et systématiquement combattues. Dans ce combat, le pouvoir exécutif laisse peu de doute sur l'identité de son camp. En entérinant l'inacceptable en guise de solution idoine à des conflits intrasectoriels, le pouvoir exécutif révèle son mépris des valeurs morales et démocratiques. Ce qui, pour certains, n'est nullement une surprise vu que le pouvoir exécutif est le fruit d'un Parlement qui est l'antithèse de telles valeurs. En tout cas, osons espérer que, contrairement pour le CEP qui avait réalisé les « élections » de 2015, l'axiome GIGO (Garbage In Garbage Out) ne se vérifiera pas pour l'actuel CEP.
Jean Thiomas GIRAUD, M.B.A.
giraudt@gmail.com
En guise de bibliographie
1. Maximé Jean Miguelite, 2011, Les valeurs dans la société haïtienne : entre crise et inexistence.
2. McShane Steven, Benabou Charles, 2008, Comportement organisationnel, Chenelière McGraw-Hill.
3. Rosanvallon Pierre, 2008, La contre-démocratie: la politique à l'âge de la défiance, Édition du Seuil.
4. Shively W. Phillips, 2008, Pouvoir et décision, édition Chenelière Mc-Graw Hill, 3e édition.
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