Plus de 72 heures après l’attaque du commissariat des Cayes par des hommes armés dans la nuit de dimanche à lundi, le mobile de l’acte n’est toujours pas connu. Il n’y a pas de revendication de l’assaut qui s’est soldé par la mort d’un policier de l’UDMO, de quatre assaillants, dont trois dans un accident de la route, de plusieurs blessés et du vol d’une quantité non encore mentionnée d’armes dans l’armurerie de ce commissariat d’arrondissement.
Les autorités policières et judiciaires enquêtent, l’opinion publique, choquée, attend le fin mot de l’histoire, veut connaître le pourquoi du comment de cet acte pour le moins attentatoire à l’ordre républicain.
Le chef de l’Etat, Jocelerme Privert, à l’Arcahaie le 18 mai, s’est rangé du côté de la PNH. Entre empathie et fermeté, il promet le courroux de la justice à l’anarchiste, au criminel, au trafiquant qui a ourdi cette attaque. Privert n’a cité aucun nom.
Entre-temps, Guy Philippe, ex-commissaire de police, ex-leader d’une guérilla contre le président Jean-Bertrand Aristide entre 2003 et 2004, est indexé. Il a dénoncé l’insistance d’un journaliste des Cayes à demander à un des assaillants capturé est-ce que c’est Guy Philippe qui l’a envoyé ? L’assaillant, blessé, mal en point, a avoué son appartenance au groupe. Il affirme avoir joué un rôle mineur.
Pour le moment, le débat sur la qualité de cet aveu, sa recevabilité a quelque peu été éclipsé par l’ex-chef rebelle. Guy Philippe, qui a pris le soin de souligner son attachement, son amour filial aux policiers, aux militaires, a promis la foudre à ceux qui s’aviseraient de l’attaquer dans son fief, à Pestel, dans la Grand'Anse. Il dit avoir les moyens de se battre et affirme que Jocelerme Privert n’est plus le président d’Haïti. Guy Philippe, pour bien se mettre sur le terrain de ses appartenances politiques, a déclaré supporter Jovenel Moïse à 100 %. Il est pro-PHTK.
Ici où le passé n’est jamais dépassé, il y a forcément un air de déja-vu dans tout ce qui se passe. Privert, ministre de l’Intérieur sous Jean-Bertrand Aristide, ne croise pas le fer pour la première fois avec Guy Philippe. Quand le pouvoir lavalas essayait de contenir les hommes armés de Pernal, dans le bas plateau central, des employés du ministère de l’Intérieur ont péri dans des embuscades. La marche de « l’armée du Nord » de Guy Philippe sur Port-au-Prince qui avait laissé dans son sillage des commissariats de police incendiés, des policiers tués comme aux Gonaïves, avait trouvé Jocelerme Privert au ministère de l’Intérieur.
Sous la transition (2004-2006), l’actuel chef de l’Etat a passé 26 mois en prison à cause de son implication présumé dans le massacre de La Scierie avant d’être mis hors de cause par la cour d’appel des Gonaïves. Pendant les années de René Préval au pouvoir, Guy Philipe, traqué, a vécu sur un rasoir. Sur le qui-vive, il a échappé à plusieurs opérations pour le capturer. Pour lui, on voulait l’assassiner. Les années Martelly au pouvoir ont été celles de détente pour l’homme de Pestel, candidat à un poste au Sénat, lui qui s’est battu tel un diable pour qu’on ne lui colle pas l’étiquette de narcotrafiquant.
Si en Haïti le passé n’est jamais dépassé, les actions du présent devraient raconter le futur. Sans grande surprise. Ce futur, cet avenir n’est-il pas assez lourd pour que les forces de paix fassent l’impossible pour éviter l’engrenage qui peut tout compromettre, le spectre grimaçant d’affrontements sanglants entre des ennemis séculaires tantôt au pouvoir, tantôt dans l’opposition ? N’est-elle pas nécessaire, cette trêve entre gens fortunés qui financent ces prises d’armes pour atteindre des objectifs économiques ou pour contrarier ceux de l’autre ? A quoi a servi tout ça, toute cette destruction, tous ces morts entre 2003 et 2007 ? Le pays n’est-il pas sorti affaibli de cet épisode ? Est-ce qu’on a déjà oublié pourquoi la MINUSTAH est sur notre territoire depuis 12 ans cette année ?
Pour les marionnettistes étrangers qui tirent les ficelles gros comme un bœuf, le temps du ça suffit devrait venir. Car, à moins d’être frappé de méchanceté, il est évident que jeter de l’huile sur le feu, avoir recours aux tactiques de déstabilisation, attiser les positions antagoniques entre les acteurs politiques haïtiens sont la recette pour un vrai désastre dans un pays en proie à une grave crise alimentaire, éligible que pour les aides humanitaires en provenance de pays dits amis. Il faudra contenir les apprentis sorciers, les faucons, devenus acteurs du film de nos vies, otages souvent de la politiques
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.