. Depuis déjà plus de 8 semaines, les principaux hôpitaux publics du pays ne fonctionnent pas, particulièrement le plus grand centre hospitalier du pays, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH). À l’origine de cette situation, une grève des médecins résidents pour exiger une rémunération plus satisfaisante et de meilleures conditions de travail. En effet, selon tous les constats et les principales déclarations des initiateurs, ce principal centre de la République souffre d’un manque excessif de matériels, absence des intrants, du minimum pour toute intervention. Une réalité qui a trop duré, en ce sens, la grève est une manière pour eux d’exprimer leur refus de continuer à travailler dans une situation si déplorable. Face à la persistance de la grève, il se développe un discours social qui, paradoxalement, tout en exprimant la légitimité de la grève, tend particulièrement à incriminer les grévistes ; des personnes allaient même jusqu’à proposer au ministère de la Santé publique de suspendre toute discussion avec les grévistes et de leur enlever leur licence (1). Contre ces voix, loin de nous d’affirmer qu’il soit normal que la grève paralyse aussi le service d’urgence de l’hôpital ; néanmoins, nous refusons catégoriquement de porter la faute sur ces grévistes, en fait, par de telles réactions réductrices, globalement, la société ne manifeste que l’hypocrisie d’une certaine catégorie, l’indifférence suicidaire de la majorité ; c’est ce que nous entendons mettre à jour afin de réorienter le débat. Pour reprendre les théoriciens de la complexité, ce « qui ne se régénère pas dégénère » ; la situation actuelle de la société haïtienne l’exprime clairement. En fait, toute élite qui se montre incapable de construire l’espace démocratique qui devrait permettre par la dynamique des discours de transcender la divergence des intérêts particuliers qui détermine les luttes sociales, en vue de l’établissement d’une communauté de culture vivable, devrait disparaître. Que ce soit en politique, sur le plan éducatif, particulièrement en économie, la notion de crise garde la plus haute fréquence d’utilisation pour décrire la réalité du pays. Il y a moins de deux ans, notre ministre de l'économie de l’époque soutenait publiquement la nécessité de déclarer un état d’urgence économique ; bien que la situation n’ait été améliorée, le débat s’est éteint aussi rapidement qu’il était soulevé dans l’espace public. Alors, comment comprendre que, durant les cinq dernières années, les professeurs des écoles nationales, récemment les personnels de l’Université d’État d’Haïti, des policiers et, de nos jours, les médecins résidents des hôpitaux publics, à un moment ou à autre, se soient trouvés incriminés pour avoir trop fait durer des grèves qui ne sont cependant que l’expression de la pathologie de la société ? Comment sortir de cette tendance à incriminer, à tout moment, ceux qui se soulèvent alors que ce n’est qu’une résultante de la dynamique de nos structures sociales inégalitaires ? Outre le fait qu’il y avait lieu, aux yeux du ministre, la nécessité d’appeler à un état d’urgence économique, Wilson Laleau devait, dans une autre intervention, montrer « clairement qu’Haïti, qui dépense chaque année près de 35% de plus que ce qu’elle possède, vit définitivement au-dessus de ses moyens. [Et] les conséquences doivent survenir un jour » (2). Par ailleurs, un autre intervenant, qui lui fait partie de la soi-disant classe économique haïtienne, allait compléter dans la foulée qu’ : « il faut que les Haïtiens, les hommes et femmes politiques […] acceptent de faire des choix difficiles et non populaires pour changer les paradigmes. Il faut radicalement inverser la tendance dans la production et les investissements […] » (3). Dans les deux cas, le ministre avait raison dans ces affirmations, car c’est qu’« il faut admettre que la politique économique des 30 dernières années est un échec » (4) ; néanmoins, il est loin de faire partie de ceux qui seraient prêts à soulever les vraies questions. Il y a, en effet, deux autres questions fondamentales qu’il fallait poser à ce ministre et à cet intervenant. Particulièrement, monsieur le Ministre, qui sont ceux et celles dans cette collectivité qui vivent véritablement au-dessus de ses moyens, mais sur le compte de la société ? Les petits fonctionnaires publics, les policiers, les médecins des hôpitaux publics, les professeurs des universités et écoles publiques qui dans tout le pays empruntent à tout moment le chemin des médias pour exiger de l’État des arriérés de salaire pour ne pas entrer en grève, les ouvriers et ouvrières des parcs industriels qu’on ne paierait que 240 gourdes par jour pour huit heures de travail ? Par ailleurs, « dans ce pays en proie aux problèmes économiques, à l’absence de service public, à l’insécurité et à la corruption » (5) depuis quand l’État prenait des mesures populaires et que ces mesures étaient prises pour améliorer véritablement les conditions de vie de la population ? En fait, si nous ne refusons de répondre, avant tout, aux questions précédentes, c’est que nous refusons d’admettre que « le modèle de développement, véhiculé en grande partie par l’international durant ces cinquante dernières années, aliène économiquement l’État haïtien » (6), et qu’à partir de là, « […] la charpente économique de l’État haïtien […] n’arrive pas à entreprendre un programme d’actions global d’envergure nationale » (7). En ce sens, pour nous donner bonne conscience, nous n’aurons bien entendu pour échappatoire que d’incriminer ceux qui se révoltent. Et, bien que l’État se soit trouvé incapable d’assurer le minimum à la population, n’empêche qu’il soit devenu un « […] instrument pour accumuler, pour redistribuer la richesse plutôt que de faciliter sa création » (8) ; en fait (9) : L’État est devenu non seulement un lieu d’enrichissement pour les politiciens, mais aussi pour d’autres non directement liés à l’appareil étatique. Il s’en est suivi une société oligarchique, au sens où elle incite à la création de coalitions qui se succèdent dans le contrôle du fonctionnement de l’État. Bref, le mal est que, d’une part (10) : la société haïtienne n’a pas réussi un développement réel parce qu’elle n’a pas su organiser une accumulation, elle n’a pas accumulé parce qu’elle n’a pas su garantir une répartition équitable. Aujourd’hui, le développement n’est possible que par l’inclusion et celle-ci à son tour n’est possible que par l’élaboration de conquêtes sociales réelles, pérennes et irréversibles […]. D’autre part, nos chers hommes politiques dans leur incapacité de fournir une alternative se sont accommodés en tentant par tous les moyens de sécuriser leur propre situation aux dépens des intérêts de la nation, en s’octroyant, en toute indécence et arrogance, des salaires et des pensions abusives qui défient l’entendement par rapport à notre désastre économique (11). En ces moments de crise, toute tentative d’oblitérer cette réalité ou, du moins, toute action palliative ne feront que reporter les tensions. Durant les mois d’octobre et novembre de l’année 2015, juste à la fin du mandat du président Martelly, ses ministres et lui avaient décidé de s’octroyer une sortie, on ne peut plus honorable, en fait pour se récompenser eux-mêmes, pour avoir si bien servi l’État en aggravant pendant ces cinq dernières années notre situation économique, ces derniers voulaient, dans leur indécence bien connue, augmenter les taxes sur la population, tout en s’offrant parallèlement un «parachute doré» avant de faire marche arrière (2). Mais ce président n’avait nullement attendu la fin de son mandat pour manœuvrer l’accaparement et la dilapidation des fonds de l’État avec ses hauts fonctionnaires. En effet, dès son arrivée, notre fameux chanteur, « […] a quadruplé les per diem que son prédécesseur Préval recevait pour les voyages à l’étranger en les portant de cinq mille (5000) dollars américains à vingt mille (20 000) dollars américains » (13). Et à partir de ce moment, il ne pouvait plus rester dans le pays. En fait, (14) : […] les 40 voyages effectués par le président à l’étranger de juin 2011 à juin 2015 qui totalisent 191 jours en quatre ans. Cette comptabilité des voyages n’est pas exhaustive. [Toutefois] avec des frais journaliers (per diem) de vingt mille (20 000) dollars américains, ces 40 voyages à l’étranger ont permis au président Martelly d’encaisser personnellement la rondelette somme de trois millions huit cent vingt mille (3 820 000) dollars américains. Une comptabilité, uniquement pour les frais journaliers du président, qui ne prend pas en compte toutes les délégations, donc qui ne représente rien du coût total des voyages. Dans le dernier budget national (2015-2016), la présidence devait bénéficier d’une allocation budgétaire d’au moins un milliard cent quatre vingt treize millions six cent soixante quatorze mille sept cent quarante (1 193 674 740) gourdes pour seulement 168 personnels réguliers, une somme plus importante que le budget de l’Université d’État d’Haïti qui n’était que de un milliard quarante six millions huit cent trente sept mille sept cent cinquante et un (1 046 837 751) gourdes pour assurer toutes ses responsabilités avec des milliers de personnels réguliers. Cependant, malgré tout ce que ce monsieur aurait fait durant son mandat à l’économie par sa mauvaise gouvernance, selon des déclarations publiques tout au début du mois de mai du sénateur de l’Ouest Stevens Benoît, l’ancien président Martelly, pour se récompenser de nous avoir rendu ses bons et loyaux services, aurait augmenté la pension d’un ancien président pour la porter à 250 000 gourdes et celle d’un ancien premier ministre ou des anciens ministres à 150 000 gourdes. Donc, si « la rémunération est le mot clé de la grève. Les frais et salaires ne sont pas satisfaisants dans le secteur médical public » (15), ne convient-il pas aussi de débattre de la nécessité de ces frais, salaires et pensions que l’État octroie à ces hauts fonctionnaires alors que notre système de santé, ainsi que notre système éducatif sont sous-financés, que nos médecins résidents ne peuvent pas vivre avec le ridicule « […] intéressement de 7630 gourdes par mois » (16) ? En effet, depuis la rentrée parlementaire de janvier 2016, en moins de quatre mois, chaque sénateur de la République aurait déjà coûté plus de six millions (6 000 000) de gourdes à l’État. Et pour vous permettre de vous faire une meilleure idée de combien nous coûte un député, nous vous rapportons les notes suivantes (17) : - le salaire mensuel brut d’un député de la République est de 97 200 gourdes; - il doit bénéficier de frais mensuels de 29 000 gourdes pour ceux qui ne sont membres d’aucune commission et 34 000 gourdes pour les membres d’une commission quelconque […]; - Le député de la République a doit chaque mois à 10 000 gourdes pour des cartes de téléphone et 25 000 gourdes pour son carburant; - depuis la 48e législature, les députés reçoivent 20 000 dollars américains comme subvention pour l’achat d’un véhicule de son choix dont il est le seul propriétaire; - Pour sa deuxième résidence, le député reçoit d’autres frais qui serait entre 450 000 à 500 000 gourdes l’an; - frais pour le fonctionnement de son bureau. Ce bureau peut avoir entre trois et six employés avec un salaire compris entre 10 000 et 40 000 gourdes. - Normalement, le député peut avoir deux consultants à sa disposition; ces deux consultants reçoivent entre 50 000 et 60 000 gourdes; - […] le député reçoit 70 000 gourdes pour les fêtes patronales de sa circonscription; - il a aussi doit à un per diem de 600 dollars par jour lors de voyages à l’étranger. Outre que nos hauts fonctionnaires et parlementaires font tout pour bénéficier de tous les privilèges possibles aux frais de la princesse qui, elle, risque de mourir d’inanition, ils refusent d’aborder en profondeur les problèmes du pays et de minimiser les revendications des petits fonctionnaires publics, des professeurs, des policiers et des médecins. En effet, malgré la grève qui dure des semaines dans les principaux centre hospitaliers publics du pays, au lieu d’effectuer des réallocations budgétaires pour solutionner la crise, dans le budget rectificatif, ces derniers auraient effectués une réduction significative du budget du ministère de la Santé publique et de la population (MSPP), par ailleurs, malgré les importantes sommes qui étaient déjà destinées à la Primature et la Présidence (1 648 701 291 et 1 193 674 740), ces instituions sont parmi les premières à bénéficier des augmentations dans le budget rectificatif, soit au moins 9% pour la Primature et 13% pour la Présidence. En fait, le président Martelly et acolytes, avant de partir, auraient déjà dépensé une part considérable des sommes qui leur auraient été destinées, ainsi, les nouveaux arrivés, Jocelerme Privert/Enex Jean-Charles et alliés, ont décidé d’augmenter leur part. Il ne faut pas les vouloir, ils doivent eux aussi nécessairement nourrir leur propre coalition de vautours malgré la misère de la population. N’est-il pas plus qu’urgent que la société globalement demande que cela cesse et que la gestion des ressources de l’État soit assurée avec plus de rationalité, que la distribution des revenus soit fait dans un certain souci d’égalité en vue d’en finir avec l’exclusion et de réduire les inégalités qui poussent des millions d’Haïtiens dans la pauvreté ? N’est-il pas temps de prendre conscience que la lutte des professeurs, des policiers, des médecins résidents et petits fonctionnaires de l’État pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires sont des revendications qui nous concernent tous, que leurs luttes sont aussi les nôtres ? N’est-il pas le moment aussi pour la société haïtienne d’exiger collectivement une élimination de certains privilèges des hauts fonctionnaires et des parlementaires et l’utilisation de ces fonds dans « la mise en place d’une couverture universelle en santé avec l’application de schémas assurantiels pour ceux qui peuvent cotiser et d’assistance sociale pour ceux qui ne le peuvent pas, [ce qui] reste et demeure la seule solution réelle » (17) ? Depuis toujours, les salaires exorbitants et privilèges excessifs que s’accordent des parlementaires et hauts fonctionnaires publics sont un sujet de débat dans la société, mais, à chaque fois, vu que le peuple a assez lutté, la majorité s’enfoncent dans une indifférence suicidaire, ceux de la classe moyenne qui peuvent se payer certains services s’accommodent dans un individualisme scandaleux. Par ailleurs, ces privilégiés qui vivent au-dessus des moyens de l’État et leurs thuriféraires ou bénéficiaires indirects sortent à chaque fois leur seul argument, que dans tous les pays du monde, un haut fonctionnaire et un parlementaire a droit à des privilèges, de plus qu’il ne serait pas normal que des anciens parlementaires et hauts fonctionnaires aillent vivre dans la pauvreté après avoir servi l’État. Mais, dans leur misérable raisonnement, ils oublient qu’Haïti n’est pas tous les pays du monde, en outre que personne ne devrait vivre dans la pauvreté, et qu’ils sont les premiers responsables de la misère. Donc, contre tous ceux qui, dans leur lecture simpliste de la grève des médecins des principaux centres hospitaliers du pays, ne parlent que pour incriminer les médecins pour la situation des malades qui seraient délaissés par ces derniers. Ce n’est pas la grève qui serait la démonstration du niveau d’immoralité dans lequel nous vivons, encore moins que ces médecins à travers le déroulement de la grève témoignerait un soi-disant manque de respect pour la vie humaine, mais le fait que les élites s’accommodent des structures inégalitaires et exclusives qu’elles ont créées. Le fait qu’un individu tombe malade et meurt est une vérité générale, de ce fait, prévenir des solutions durables à travers une couverture de santé universelle demeure la seule réponse judicieuse d’une élite responsable. Ils sont au moins quatre (4) groupes d’employés grévistes dans les hôpitaux publics. Ce sont, avec leurs salaires respectifs (18) : les internes (3 965 gourdes), et les médecins résidents [qui seraient de 4 catégories], soit : les résidents I (8 385 gourdes), les résidents II (8 450 gourdes), résidents III (8 580 gourdes), les résidents IV (8 580gourdes). De concert avec le ministère de l’Économie et des Finances, [le ministère de la Santé publique leur] aurait proposé de porter leurs salaires respectifs à : 10 000, 14 000, 15 000, 16 000, 17 000 gourdes […]. [Un ajustement qu’ils auraient refusé]. L’ancien président Martelly (qui avait déjà un salaire qui représenterait plus de 80 fois celui d’un ouvrier) se serait permis de porter la pension d’un ancien président à 250 000 gourdes et celle d’un ancien Premier ministre à 150 000 gourdes. En ne considérant qu’ils seraient seulement trois (Jean-Bertrand Aristide, René Garcia Préval et Joseph Michel Martelly) à bénéficier de cette somme ; si on éliminait cette pension de ces derniers qui sont à l’origine de notre situation actuelle, la somme de 750 000 gourdes que la République économiserait pourrait payer, chaque mois, avec seulement 20 000 gourdes comme salaires, pas moins de 32 médecins résidents ou 62 internes avec 12 000 gourdes de salaire pour ces derniers ; les 150 000 gourdes qu’il aurait attribué comme pension aux autres anciens hauts fonctionnaires, si on arrêtait de verser cette pension à un seul ancien Premier ministre, l’État pourrait payer au moins 7 médecins résidents ou 12 internes dans les hôpitaux publics. Par ailleurs, nous avons déjà, en moins de quatre mois, déboursé plus de six millions (6000 000) de gourdes, pour chaque sénateur. Si seulement on réduisait de moitié cette somme, avec trois millions (3 000 000) de gourdes divisé par 4 mois, soit encore 750 000 gourdes, on aurait pu payer au moins 32 médecins résidents ou 62 internes de plus, chaque mois. En ce qui concerne les députés, si on éliminait seulement les $ 20 000 US que l’État n’a commencé à attribuer à ces élus qu’à partir de la 48e législature, en considérant qu’ils seront 118 à siéger à la Chambre basse après la fin du processus électoral, en multipliant les 20 000 dollars américains par 118 députés, nous obtenons deux millions trois cent soixante mille dollars (2 360 000) américains, étant donné que c’est une dépense pour chaque législature, mais que l’État débourse dès la rentrée parlementaire, si on le considère comme une dépense annuelle, en la convertissant en gourdes avec un taux de 62 gourdes pour un dollar américain, puis en divisant le résultat par les 12 mois de l’année nous obtenons douze millions cent quatre vingt treize mille trois cent trente et trois (12 193 333) gourdes, cette somme pourrait permettre à l’État de payer chaque mois, au moins 609 médecins résidents un salaire de 20 000 gourdes par mois ou au moins 1016 internes un salaire de 12000 gourdes par mois. Nous reconnaissons que la question de la rémunération est déterminante dans la paralysie des hôpitaux publics, mais qu’elle est loin d’être la seule cause, et loin de soutenir qu’un médecin pourrait vivre avec seulement 20 000 gourdes par mois et un interne avec seulement 12 000 gourdes par mois ; mais avec les calculs effectués, en prenant en compte qu’au moins une dizaine d’anciens présidents et une vingtaine d’anciens premiers ministres sont les premiers à jouir des fonds de pension du pays (la subvention aux fonds de pension s’élevait à six cent vingt-trois millions huit cent quatre vingt neuf mille cent huit (623 889 108) gourdes ) dans le budget (2015-2016), c’est-à-dire que nous continuions de récompenser les responsables de nos malheurs actuels, si seulement on éliminait les pensions de ces hauts fonctionnaires et réduisait les privilèges que jouissent ces derniers lorsqu’ils sont en fonction y compris les privilèges des parlementaires (30 sénateurs et 118 députés) ; sans l’établissement de nouvelles taxes, le pays aurait déjà assez de moyens pour augmenter considérablement le nombre de professionnels de santé disponible sur tout le territoire national, et nous devrions aussi trouver assez de moyens pour financer une couverture de santé universelle dans le but de permettre à la population d’en avoir enfin véritablement droit. En somme, contre le discours social qui se développe et qui ne tient qu’à incriminer les médecins des hôpitaux publics, et aussi face à ceux qui soutiendraient que l’État n’aurait pas les moyens pour mieux répondre aux revendications des médecins ou encore que ces derniers avaient été formés par l’État, comme pour dire qu’ils devraient accepter pour cela de vivre avec moins de 250 gourdes par jour. Nous avons voulu prouver que, contrairement à ce qu’ils pensent d’une part, la question à laquelle la société doit répondre dépasse la grève elle-même qui la soulève et que l’État dispose bien des moyens pour proposer mieux aux grévistes, que la solution exige une meilleure répartition des ressources. Et, d’autre part, qu’il est inconcevable que nous continuons d’accepter la gestion actuelle des hauts fonctionnaires. Enfin, qu’il est temps que les élites construisent au-delà des intérêts particuliers un espace consensuel qui bannit l’exclusion sous toute ses formes, un espace inclusif qui donne légitimité à la parole de tout un chacun dans le respect mutuel, en vue d’une communauté de culture viable qui tend chaque jour à réduire les inégalités pour l’épanouissement de toute la collectivité en proposant des solutions pérennes aux problèmes auxquels nous faisons face, sinon nous ne ferons avec les solutions provisoires que reporter nos tensions actuelles en léguant nos difficultés aux générations futures sans leur laisser les moyens suffisants pour les résoudre. Louis-Jacksonne Lucien, étudiant en sociologie à la Faculté des sciences humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Tel : 3 662 12 45, mail : lucienlj@yahoo.fr Note :