Au palais national, entouré du chef du gouvernement, des ministres, de son chef de cabinet et de ses conseillers, le président Jocelerme Privert a fait une adresse à la nation le mercredi 15 juin 2016, vingt-quatre heures après l’expiration de son mandat de 120 jours. La photo de famille de ce Conseil des ministres était aussi explicite que les mots du président provisoire : il est en poste, en contrôle, il a l’appui du gouvernement qui est au travail. Ceux qui rêvaient d’une scission, ceux qui ont manoeuvré, les parlementaires en verve de lettres et de communiqués en ont eu pour leurs frais. Privert joue les prolongations. Rien n’est constitutionnel, rien n’est dans l’accord qui l’a porté au pouvoir, rien n’est illégal non plus, dans le choix de l’ancien président du Sénat de ne pas abandonner la barque de l’exécutif parce que des contingences politiques empêchent le Parlement de se réunir en Assemblée nationale pour statuer sur son sort, tout comme tout le monde sait pourquoi les élections de 2015 sont dans les limbes. C’est la faute des uns et des autres et un consensus mou qui nous imposent les corrections et les retards du processus électoral. L’accord du 6 février était pourtant clair, Privert ne devait passer que 120 jours au pouvoir. L’accord était aussi explicite sur le fait que si pour une raison quelconque à l’expiration du délai prévu le président provisoire n’avait pas atteint l’objectif d'organiser les élections pour remettre le pouvoir à un président élu, il devrait remettre son sort à l’Assemblée nationale. Depuis leur entrée au Parlement le deuxième lundi de janvier de cette année, les parlementaires ne font que faire recette et grappiller des bénéfices. Ils sont allergiques au travail de contrôle et à l’action de légiférer que l’on attend d’eux. Cela n’étonne personne qu’ils soient incapables de se réunir en Assemblée nationale. Il leur revient cependant l’obligation de se ressaisir et de s’asseoir enfin pour accomplir les tâches et être à la hauteur des responsabilités qui leur incombent. En l'absence de manifestations de rue, devant l’évidence qu’il n’y a pas de leader à la moralité éprouvée ni à vision honorable parmi les anti-Privert les plus farouches, la communauté internationale, la société civile, les acteurs silencieux de la crise regarderont le temps passer encore quelques jours avant de se décider à prendre parti. Mais que ni Privert, ni ses alliés, ni ses ennemis ne se méprennent, le temps qui passe n’est pas à leur avantage sans une vraie solution à l’horizon. Devant le spectacle de nos politiciens qui piaffent devant la table garnie des ressources publiques, l’option de la table rase n’a jamais paru si séduisante. Le dégoût, voilà ce qu’inspire la classe politique haïtienne en ce mois de juin 2016. Mais un pays ne peut se permettre un tel sentiment. Il faut faire avec ce que l’on a et transformer les pires matériaux en les meilleures réalisations.