La reprise de la séance en Assemblée nationale pour statuer sur le sort du président Jocelerme Privert annoncée en grande pompe pour ce jeudi n’a pas eu lieu. Les parlementaires donnent ainsi raison à ceux qui croient que la plupart d’entre eux ne sont pas à leur place. La séance de ce jeudi devrait être la continuation de celle du 28 juin après que le qorum a été infirmé par les parlementaires du groupe minoritaire. Plus de 15 jours après, nos élus – jusqu’à preuve du contraire – n’arrivent pas à dépasser leur divergence, à s’entendre sur une feuille de route, un ordre du jour, des priorités…
Cela fait aussi un mois que nos parlementaires, qui sont appelés à jouer un grand rôle dans la stabilité du pays, ne parviennent pas à dire si oui ou non Jocelerme Privert doit continuer à diriger le pays. Pourtant, ce sont ces mêmes parlementaires qui avaient voté l’accord qui leur donne la responsabilité de se prononcer sur le sort du président provisoire. Dans les médias, chacun donne son opinion. On sait qui veut que le président Privert reste en poste, on sait aussi qui veut qu’il parte. Sauf que tous n’ont pas le courage de venir soutenir leur position en assemblée comme le veulent les lois de la République et les règlements intérieurs des deux chambres. Le problème, la majorité qui soutient Privert est trop fragile pour imposer sa position, la minorité est trop jusqu’auboutiste pour accepter la loi de la majorité. Pour notre malheur, mais pour le bonheur de ceux qui font leur beurre de l’instabilité du pays.
Il n’y a pas de doute que la situation actuelle arrange certains. On ne sait pas si les parlementaires qui ne s’étaient pas présentés à la séance d’aujourd’hui appartiennent à cette catégorie. Mais une chose est sûre, ils sont des alliés de l’instabilité. Ces élus prodiguent au président Jocelerme Privert, au Premier ministre Énex Jean-Charles, au ministre de la Justice et aux autres membres du gouvernement les arguments pour se justifier face à la montée de l’insécurité, à la dévaluation de la gourde, à l’insalubrité de nos rues, à la fermeture des hôpitaux publics depuis plus de trois mois…Être dans l’attente de la confirmation du Parlement n’est pas une raison suffisante pour ne pas s’attaquer à nos maux, mais personne ne peut empêcher le chef de l’État de l’évoquer ni au pays d’en pâtir.
Revenons à nos parlementaires. Certains d’entre eux ont accompli de bonnes actions au cours des derniers jours. Les membres de l'Alliance parlementaire pour Haïti (APH) ont fait don d’un million de gourdes à l’hôpital Sainte-Thérèse de Hinche. 12 sénateurs du groupe majoritaire promettent de verser deux mois de salaire au CEP pour la tenue des prochaines élections. N’est-ce pas une noble décision dans les deux cas ? N’y a-t-il pas de quoi applaudir ? Oui. C’est bien de donner de l’argent à un hôpital public, c’est bien d'octroyer son salaire pour financer les élections, mais à quoi ça sert si on ne fait pas le travail pour lequel on est payé ? À quoi ça sert si l’État investit des millions de nos maigres ressources dans un Parlement qui n’aide pas à la stabilisation du pays ?
C’est bien de faire des dons, mais c’est plus important d’aider au renforcement de l’État afin que la lutte contre la corruption soit une réalité. Ainsi, le pays pourra s'offrir les moyens pour financer ses projets. Messieurs les parlementaires, on ne vous demande pas de faire des dons de votre personne, ni de vos convictions, faites simplement votre travail, celui pour lequel nous vous payons si cher.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.