L’arithmétique électorale américaine donnera une victoire à Hilary Clinton !
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Fernando Estime,
Politologue, Spécialiste des Relations Internationales,
Directeur de Recherche à la Louverture Institute for Diplomacy and Global Affairs
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« Aussi simple que cela, si tu veux devenir Président des États-Unis, occupe-toi d’avoir le bon nombre : 270 ». Il était opportun de commencer cette analyse prévisionnelle des élections présidentielles américaines par cette petite phrase qui a elle seule est anecdotique de la situation électorale américaine.
En effet pour le commun des mortels, les élections américaines sont compliquées à comprendre : entre des primaires et des caucus fratricides qui n’en finissent pas, des investitures dignes de rock star, une campagne à la « Demolition man » (ou Demolition Woman) à coup de super-PAC et de millions de dollars dépensés en vue de dénigrer l’adversaire, des débats surmédiatisés qui ne changent que très rarement les choses (presque pour la galerie), une élection au second degré dans un scrutin uninominal à un tour pour un Président qui sera élu en fait que par 538 personnes. Autant dire, un véritable tour de Babel pour les non-initiés !
Autre paradoxe quasi-unique du système électoral américain, les Etats-Unis sont le seul pays démocratique au monde où un candidat peut avoir beaucoup plus de vote que son adversaire et ne pas être élu président. Oui et cela est déjà arrivé au moins 4 fois dans l’histoire des élections américaines. En effet en 2000, le candidat démocrate Al Gore a obtenu près de 500.000 voix de plus que son concurrent républicain Georges Bush et c’est ce dernier qui fut élu Président car il avait le bon nombre 270. Le candidat républicain a atteint la barre de 270 grands électeurs au collège Electoral. L’affaire était donc réglée.
En parlant d’élection présidentielle américaine, j’aime bien provoquer en disant qu’il n’y aura pas d’élections aux Etats-Unis. Car de fait, les élections ne se joueront que sur une partie restreinte du territoire américain, rien que 8 à 10 États de la Fédération des Etats-Unis d’Amérique qui compte 50 États + le District de Columbia. Ces États qu’on appelle affectueusement les Swing States, car n’étant fidèles à aucun des deux grands partis démocrate et républicain. Quelqu’un ici peut me rappeler la dernière fois que le Texas ou l’Alaska a voté un candidat démocrate à la présidentielle ? Pas la peine de réfléchir, cela n’est jamais arrivé.
Donc c’est ainsi, chacun sait que le Texas votera le candidat du Grand Old Party quel qu’il soit et les 55 grands électeurs de la Californie iront au candidat du parti démocrate. Aussi simple que cela ! Hillary Clinton ne gaspillera pas un centime pour faire campagne dans l’État du Texas car sachant que cela ne servira à rien, il n’aura pas un seul grand électeur du Texas même avec 40% des votes. Car une autre règle (donnée importante) des élections américaines est : THE WINNER TAKES ALL (le gagnant gagne tout). Quand un candidat remporte la majorité des voix dans un État, il remporte du même coup la totalité des grands électeurs de cet État (à l’exception de l’État de New-York). C’est comme ça!
Le tour d’échauffement chez les républicains dans le cadre des primaires s’est résumé en un “Donald Trump Show”, tellement le milliardaire à tour à tour écraser ses 16 autres concurrents dont des poids lourds comme le Gouverneur Jeb Bush (frère et fils de Président), les étoiles montantes du Sénat comme Marco Rubio et Ted Cruz ainsi que d’autres Gouverneurs qui au prime abord avaient l’air plus qualifiés, plus expérimentés avec des machines électorales beaucoup mieux huilées que le magnat de l’immobilier. L’Homme d’affaire a défié toute loi de gravité politique.
En effet, son avance sur ses principaux concurrents s’est accentué débat après débat, coup d’éclat après coup d’éclat. Rien n’a été en mesure d’enrayer la mécanique Trump y compris ses propositions les plus incongrues comme l’interdiction pure et simple d’entrée sur le territoire américain de toute personne de confession musulmane.
En dépit de cette ascension fulgurante, le chemin du milliardaire vers la Maison Blanche est plus qu’hypothétique. Pour un grand nombre d’analystes, Trump ne sera peut-être “jamais” Président des États-Unis, même si en politique, le vocable “jamais” ne peut être absolu. Toutefois en s’aliénant les faveurs de toutes les minorités du pays latinos, noirs, musulmans, asiatiques, Donald Trump complique sérieusement son équation électorale et de manière plus large, celle de n’importe quel autre candidat républicain à la Maison Blanche.
Autant qu’il est avéré que les élections présidentielles se gagnent au centre et non aux extrémités, le candidat du GOP donne presque l’impression qu’il adore polémiquer ou plus grave encore qu’il n’arrive pas à se tenir. Sur ce point, les incidents sont légions : de son acharnement sur un juge fédéral de l’Indiana qu’il juge partial en raison de son ascendance mexicaine à son manque d’empathie à l’égard de la famille Khan dont un des enfants a péri sous les drapeaux en Irak. Trump n’en fait qu’à sa tête ! Le Candidat républicain a un taux d’opinion défavorable qui avoisine les 65% dans des groupes électoraux aussi importants que sont les noirs, les latinos ou les musulmans ; alors qu’il est presqu’arithmétiquement impossible de se faire élire Président des États-Unis sans un vote substantiel des minorités.
De surcroît, il apparait de plus en plus évident que le milliardaire a une compréhension somme toute assez réduite des réalités géopolitiques mondiales en menaçant de ne pas défendre automatiquement certains pays membres de l’OTAN en cas d’agression contrairement aux engagements du Traité Atlantique ou le fait qu’il ne maitrise pas certains dossiers importants comme le dossier ukrainien. Pour le Président Obama, le magnat de l’immobilier n’est tout simplement pas digne du Bureau ovale de la Maison Blanche car n’ayant ni les compétences et encore moins le tempérament pour devenir Président des Etats-Unis.
En outre au petit jeu « the winner takes all », le candidat du parti démocrate Hillary Clinton semble tenir le « bon bout » de la corde, car les Etats qui voteront à coup sûr démocrate lui donnent au départ de fait un plus grand nombre de grands électeurs que le candidat du parti Républicain Donald Trump et le met beaucoup plus proche de la ligne d’arrivée, qui est le « nombre fatidique » de 270 grands électeurs au Collège Electoral. Pour être assuré de prendre un bail de 4 ans à la maison blanche, il n’aura besoin de fait que 2 ou 3 swings States alors que son challenger républicain doit lui réaliser le grand chelem.
Et là encore l’ARITHMETIQUE ELECTORALE risque d’être pas bon pour Trump même en gagnant 8 des 10 swings States si Clinton remporte l’Ohio et ses 18 grands électeurs et la Floride avec ses 29 grands électeurs dans le cas bien entendu, où Trump ne double pas Clinton sur sa gauche dans des Etats comme la Pennsylvanie ou d’autres Etats miniers avec une large participation des cols bleus. Mais tout compte fait, en « surfant » sur la coalition Obama de 2008/2012 et en maintenant dans les rangs les « jeunes révolutionnaires » qui ont soutenu le Sénateur Bernie Sanders dans les primaires, les démocrates sont en mesure de rééditer une nouvelle vague bleue pour la passe de 3.
Autant dire sans une catastrophe incommensurable (des vagues d’attentats successifs dans le mois précédent les élections par exemple, que Dieu nous en préserve) ou une déflagration (type Benghazi / wikileaks), Hillary Clinton sera le nouveau locataire de la Maison Blanche. Sans faire rêver, Hilary Clinton sera élue président des Etats-Unis en novembre. Je prends les paris.
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