Par : Robert Paret Dans l’introduction de ses réflexions intitulées « Une brève histoire de l’avenir », Jacques Attali, citant Lord Byron, dit : « Hélas, tout est illusion, l’avenir se moque de nous à distance, nous ne pouvons ni ressembler à nos souvenirs, ni oser nous accepter comme nous sommes. » C’est tout dire des mystères de la vie. Car justement, jusqu'à nos jours, l’homme, nombril du monde et principale justification de son existence, comme le pensent certains philosophes, demeure un méconnu que la science essaye de « déchiffrer », de mieux « décortiquer »dans sa complexité génétique et son idiosyncrasie. L’anthropologie et la sociologie se sont penchées sur son évolution à travers les âges jusqu'à révéler ses caractéristiques anatomiques et certains de ses traits caractériels et comportementaux. Darwin nous a enseigné le séquençage de cette évolution depuis son étape quadrumane jusqu’à son évolution bipède. Des recherches liées à la paléobiologie ont même permis de dresser le plan du génome humain, au point de parvenir à la reconstitution de l’individu dans son essence, par clonage, et selon desiderata. La philosophie prétend l’approcher dans ses secrets intimes et ses pulsions. Les arts et la littérature le placent en icône incontournable de la création, insaisissable dans sa grandeur comme dans sa petitesse. Malgré les découvertes et les certitudes qui le touchent parfois de très près, et peut-être, à cause d’elles, il demeure l’être le plus complexe et le plus mystérieux de la création. Toujours en perpétuelle mutation et en devenir. De ce fait, il n’est pas prêt à révéler tous ses secrets et toute la démesure de ses talents. Il restera encore, à n’en point douter, pour le temps et l’éternité, le seul receleur de ses insoupçonnables ressources et de ses remarquables vertus. En fonction de cette prodigieuse potentialité, de profondes réflexions continuent de préoccuper penseurs et philosophes : quelle est la limite de cette étonnante « machine? », s’interrogent-ils. Et comme se demandait un de mes amis philosophe : « Et si le point Omega, si cher à Teilhard de Chardin, n’existait pas, ne saurait exister ? Pourrait-il se trouver, en effet, une limite que l’homme ne pourrait franchir, qui lui interdirait d’avancer… un moment où la connaissance prendrait fin dans un monde fini ? Pourrait-il se trouver un mur qui empêche l’homme d’avancer ? ». Alors, serait remis en question, comme le pense Jacques Attali, l’avenir de l’humanité. La mise en garde qu’il lance dans sa « Brève histoire de l’avenir » aurait tout son sens, car comme il dit : « aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100». Et en cela, une mauvaise planification du futur pourrait tout compromettre et mettre en péril cette fabuleuse et passionnante aventure humaine. Du coup, l’homme se retrouverait « statue de sel donnant dos à l’histoire, contemplant pour l’éternité les cités foudroyées par le feu, mais où bouillonnent les pulsions, les échecs, les désirs et les réussites », comme le pense mon ami philosophe ! Les incessantes découvertes de la science et les révélations de plus en plus surprenantes de celle-ci, mettant en valeur les qualités innées de l’homme, réprouvent cette perspective. Les recherches et les inventions se rapportant à sa santé et son bien-être ne cessent de lui apporter plus d’assurance, de confort et de réconfort. Ces atouts lui permettent, à coup sûr, de reculer les frontières de «l’impossible ». J’en veux pour preuve les immenses progrès enregistrés en seulement moins d’un siècle dans deux champs courants de l’activité humaine : Le sport et la communication. Ces deux domaines se rejoignent sur un même critère : Le temps(Action et Réaction). Ils se trouvent confrontés au même facteur : la « rapidité ». De plus, ils nécessitent tous deux précision dans l’exécution et efficacité dans le résultat. D’où une exigence absolue dans la mise en œuvre et la méthode. Et fort justement, l’homme a décidé de relever ce défi, d’en faire le leitmotiv de ses ambitions. En cela il s’emploie sans répit à écourter les distances et les rapports que lui impose ce régulateur, à raccourcir l’écart qui le sépare du bonheur de la réussite, de la jouissance et de l’extase. Dans le domaine sportif, c’est du challenge que part la motivation de tout individu. C’est l’envie du dépassement qui stimule les efforts soutenus de certains athlètes d’exception, depuis la création des Jeux Olympiques des temps modernes, par le baron Pierre de Coubertin, à Athènes en 1896. C’est ce besoin de performance qui a obsédé ces héritiers des athlètes grecs de l’antiquité que furent : Jesse Owens, Carl Lewis, Mark Spitz, Florence Griffith-Joyner, Merlene Ottey et qui continue d’obséder certains autres encore en lice que sont : Michael Phelps et Usain Bolt, considérés, selon certains, comme des « extraterrestres », les parfaits « prototypes » d’une nouvelle race d’athlètes préparés sur mesure et prêts à aller encore plus loin et toujours plus vite. A défier le temps. En effet, l’ahurissante performance de Usain Bolt, lors du championnat du monde d’athlétisme 2009 de Berlin, courant les cents mètres plats en 9 secondes 57 et les deux cents mètres en 19 secondes 19, vient bouleverser tous les pronostics et relancer l’éternelle question : quelle est la limite de l’homme dans ses efforts physiques à toujours se surpasser ? Car tout être humain, tout-puissant qu’il soit, a quand même des limites qu’il ne saurait franchir. Il était difficilement imaginable de penser que ce sprinter exceptionnel puisse battre son précédent record de 9 secondes 69 sur cent mètres plats, établi à Beijing, aux olympiades de 2008. Il est tout à fait incroyable qu’il ait pu rabaisser, à ce point, son dernier chronomètre. Cet athlète a donné un nouveau sens au vocable «impossible ». Pourra-t-il à l’avenir grappiller encore quelques centièmes de secondes de ce record hors- norme ? Le doute est permis. Mais qui peut l’affirmer avec certitude ? Cependant, ce dont on peut être sûr, c’est qu’aucun athlète ne pourra repousser indéfiniment les limites de « l’impossible» malgré les avancées technologiques et techniques, les recherches concernant les infrastructures sportives, les nouveaux équipements mieux adaptés aux exigences des sportifs. Car il est vraiment impossible de penser que l’homme puisse être plus rapide que le son, plus fulgurant que l’éclair. Ce serait concevoir qu’un coureur puisse, un jour, parvenir à rabaisser le record des cent mètres plats de 9 à 1 seconde, voire en-dessous. Ce serait le voir franchir la ligne d’arrivée avant qu’il ne s’élance de son « starting block ». L’affirmation d’une telle éventualité relève de la fiction. Tout comme l’idée de croire que l’homme parvienne un jour aux confins de l’univers est une chimère. Du coup, cette perspective bouleverse les données et pose le problème de l’avenir même des J.O. Serait-on proche de la fin des olympiades ? Comment, dans ce cas, continuerions-nous d’avancer sans illusions et sans éphémérides ? Dans ce monde en perpétuelle mutation tout va plus vite et les distances se raccourcissent. L’un des plus importants vecteurs de ce changement est sans conteste la communication par le transport, dans sa forme actuelle. Qu’il se fasse par terre, par mer ou par air, ce moyen de déplacement des objets et des personnes a révolutionné la planète, en lui imposant un rythme de plus en plus accéléré. Les distances ont été à un point tel réduites que des lieux qui semblaient être autrefois d’un autre monde, et inaccessibles à cause de leur éloignement, sont maintenant des destinations connues ou en instance d’être explorées. On ose parler de nos jours de voyages interplanétaires qui seront envisageables dans moins de cinquante ans ! Nos ancêtres (qui ne sont pas les Gaulois) auraient peine à imaginer que l’on puisse se rendre, partant de Port-au-Prince, au Cap-Haïtien ou aux Cayes en quelques minutes ! New York ou Paris, en quelques heures ! Que dire du temps pour joindre l’Europe à l’Amérique ? Quand on sait les péripéties de la traversée de Christophe Colomb. Quel progrès à l’aune de l’histoire ! Quelles que soient les projections futuristes liées aux possibilités et aux ressources de la science, certains projets resteront, à n’en point douter, dans le domaine du rêve et de l’utopie. Car, comme pour les coureurs, on ne saurait envisager d’arriver avant de partir. Dans l’affirmation d’une telle éventualité, l’homme devancerait le temps et déchiffrerait l’énigme de la vie. Il se posera donc toujours la même question : Jusqu'à quelle limite peut-on ramener le temps ? « La science des limites indéfinies » saurait-elle nous dire si la vitesse peut anéantir le temps?