Ils sont si nombreux que certains, déçus, ne les comptent plus. Sur le plan politique, on retient cependant que ce 9 août 2016 ramène le premier anniversaire des élections législatives de l’ère Opont et consorts. Emaillées de violences perpétrées par des partis proches du pouvoir Tèt Kale et de l’opposition, ces législatives, les plus chères de l’histoire du pays, ont mis à nu des failles organisationnelles importantes. Il n’y avait pas assez de mandats par exemple pour tous les mandataires, ces « grands électeurs », ces jokers, des coquins de tout bord. Le CEP Opont, sous le feu des critiques, couvé, couvert par l’international, n’avait pas encore épuisé sa petite réserve de crédibilité. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, avaient, de bonne foi, plaidé quelques-uns, surpris par la suite par l’acceptation de BCED dans un département comme l’Artibonite où le CEP avait annulé les élections et fixé à 70 % le nombre de PV à recouvrer pour valider les joutes là où il y avait du grabuge. Les sanctions à petites gouttes des auteurs de brigandage, la démission du conseiller Néhémie Joseph, évoquant sa volonté de s’écarter du CEP où l’on ne respectait pour le moins la loi, n’avait pas mis la puce à l’oreille ce ceux qui, peu importe les risques, les évidences, voulaient tenter leur chance à la présidence, avec, dans la manche, la carte de la contestation. Par manque de courage, pragmatisme, dépit, et surtout l’absence de clairvoyance…, le pays a manqué l’occasion d’être exigeant, de se battre pour la démocratie, même si certains avaient pris leurs distances avec le processus et annonçaient qu’on allait dans le mur de la contestation, du chamboulement. Cela n’a rien empêché. La grande arnaque concoctée en douce le 25 octobre s’est réalisée. Après que presque cent millions de dollars avaient été claqués, que le spectre grimaçant du dekoukay pointait son nez, il fallait le bidouillage du 5 février pour éviter des casses, assurer une sortie tranquille à Michel Martelly, mais consacrer le saut en arrière de la démocratie avec l’élection au second degré du président Privert par des élus issus de ces élections controversées. Ces actes manqués en 2015 et début 2016, quand il fallait mettre un terme au jeu de dupes, dialoguer pour corriger les fautes, en vue de sécuriser le présent et préserver l’avenir, dans la stabilité, expliquent que le pays soit encore, plus d’un an après, sur le sentier des élections à l’issue, par principe, incertaine au pays des Saint-Thomas et des « malfèktè, les kabrit Tomazo ». Qu’est-ce qui peut garantir que 2016 ne sera pas 2015 ? Pour rester sur le plan politique, en 2016, le CEP de Berlanger, en ce qui a trait à l’impression des bulletins, a raté l’occasion de souligner que l’institution électorale n’est pas sous le diktat du PNUD, des Nations unies. N’est-il pas utile que le pays, placé sous le chapitre 7 de la charte de l’ONU, connaisse les limites de l’autodétermination de ses institutions ? Si il est dénoncé par certains, pourquoi l’accord signé sans qualité constitutionnelle par le Premier ministre Gérard Latortue avec les Nations unies n’est-il pas au cœur de l’actualité ? N’est-ce pas une autre opportunité ratée ou au moins non exploitée ? Le CEP, qui n’a toujours pas communiqué le nom de la firme ayant gagné l’appel d’offres pour l’impression des bulletins, a peut-être raté l’occasion de rapatrier cet aspect-là du processus électoral. Pour beaucoup, l’institution électorale a perdu une bataille morale face aux imprimeurs locaux, tenus à l’écart en 2010, 2015 et 2016. D’un acte manqué à l’autre, le pays ne peut pas se permettre de rater l’élection présidentielle. Rien ne dit que l’avenir sera rose. Mais, au moins, ou pourra sortir d’un mauvais cycle aux lourdes conséquences économiques et sociales. Ce sera tant mieux que cela nous arrive enfin, car il n’est jamais trop tard…