Imaginez que le Parlement ne vote pas d’ici novembre certaines lois, vous serez dans l’incapacité de recevoir un transfert. Imaginez qu’il vous coûtera plus cher pour en envoyer un à vos enfants à l’étranger. Que le pays aura des difficultés pour importer certains produits. Imaginez une longue liste non limitative d’autres mauvaises nouvelles.
Si, par manque d’action de notre part, les huit banques étrangères qui correspondent avec nos institutions financières décident de cesser leurs relations avec Haïti, 93% de nos exportations, 75% des transferts reçus de l’étranger, 72% des transferts vers l’étranger seront affectés de manière significative. Haïti et les Haïtiens seront dans de beaux draps.
Ces chiffres plus que toute autre illustration expliquent bien le « De-Risking ». Et c’est de cela que responsables de la Banque centrale, ministres du gouvernement, banquiers et avocats ont entretenu des représentants du Parlement, vendredi, lors d’une rencontre au sommet sur les risques que court le pays si dans les prochaines semaines des actions ne sont pas prises.
D’ici novembre, Haïti doit voter la loi d’application pour l'Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), voter la loi modifiant la loi de 2013 sur le blanchiment des avoirs et le financement du terrorisme et adopter, si possible, le nouveau code pénal. Des responsabilités qui reviennent au Parlement.
Le gouvernement, dans le même délai, doit travailler au renforcement des institutions impliquées dans la lutte contre les stupéfiants, dans la lutte contre le financement du terrorisme, dans le blanchiment des avoirs et dans la lutte contre le crime financier organisé.
Comme à chaque fois, il faut que le couperet soit à cinq centimètres de notre cou pour que tout le monde comprenne que le pire va se produire, si on ne se secoue pas. Cela fait des années que ces mesures sont réclamées par les instances régulatrices des transactions financières dans le monde à tous les pays du monde. Nous avons beaucoup traîné les pieds et ce que nous n’avons pas fait en trois ans, il faudra l’accomplir en moins de douze semaines.
L’affaire du couperet du « De-Risking » est une nouvelle illustration de notre nonchalance. Celle des autorités politiques, celle des parlementaires et celle des banquiers, les premiers concernés.
Bien entendu, ceux qui risquent de payer le plus lourd tribut demeurent les citoyens et les citoyennes de ce pays en commençant par les plus pauvres. Le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Jean Baden Dubois, a expliqué vendredi que si nous ne mettons pas nos devoirs au propre, l’augmentation du risque pays aura une forte incidence sur les coûts des transactions et aura des répercussions sur les prix de tous les produits et même sur l’emploi.
Haïti doit tout faire pour ne pas figurer sur la liste des nations à risque pour le système financier mondial. Nous ne pouvons pas nous retrouver mis en quarantaine par les institutions financières internationales. Ce serait comme un deuxième embargo commercial. Avec toutes les conséquences que nous connaissons.
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