La raison face au pouvoir aveugle La propagande étouffe la raison Dans les conditions de la civilisation actuelle, la propagande occupe une place très importante dans la psychologie du genre humain au point qu’elle parvient même à capturer l’essentiel, soit la raison humaine fondée sur la science pour certains, et sur les croyances religieuses pour d’autres. Elle finit par produire un déséquilibre mental observable à l’échelle de la société humaine; et ce n’est pas la contre-propagande qui rétablira l’équilibre dans le dérèglement de la conscience, engendré par la propagande elle-même. De nature, la propagande et sa sœur jumelle [contre-propagande] comportent une forte charge d’émotion et conduisent à la même confusion mentale que l’on peut qualifier de déroute de l’intelligence humaine. Ce n’est pas sans raison que des structures militaires, politiques et économiques ont pris, sur le plan de l’histoire, une valeur universelle; alors qu’il ne s’agit que de boîtes à résonance qui ont été instrumentalisées à des fins politiques et économiques dans le cadre du capitalisme dominant. OTAN, ONU, OMC, OEA sont au nombre desdites structures mises au service du grand capital. Quand la propagande s’accompagne de la force brutale des armes, elle devient alors une loi générale dans la conscience des hommes. S’interroger sur la situation actuelle du monde nous semble une bonne démarche intellectuelle susceptible de faire découvrir la vérité, et de se faire aussi une opinion sur ce qui se passe réellement dans le guignol des puissances impérialistes occidentales. En substance de ce qui vient d’être dit, il semble opportun à l’auteur de livrer son opinion sur le phénomène spirituel de la raison, et, en particulier, sur la passion qui est un sentiment humain dont l’intensité des effets conduit souvent à la déraison et même à des inhumanités qu’on n’aurait jamais pu imaginer dans une situation normale où la conscience objective comme la conscience historique s’imposent aux passions et aux tentations liberticides des institutions capitalistes, en particulier l’institution religieuse dominante, l’Église, qui est le dépositaire historique du capitalisme chrétien quand elle échangea la rémission des péchés contre argent = commerce des indulgences. « La raison du plus fort est toujours la meilleure », écrivait Jean de Lafontaine dans sa fable: Le Loup et l’Agneau. Est-on jamais assez édifié sur le contexte historique dans lequel le fabuliste français s'adonne à la littérature, genre poétique? Contrairement aux exégètes classiques qui interprètent le créateur français dans sa production littéraire prodigieuse, l’auteur se propose d’aller au-delà de la tradition et il a choisi la maxime précédente pour soutenir ses arguments. Il n’écarte pas pour autant l’avis du philosophe Platon qui, déjà, avait cru devoir interpeller des animaux dans les récits, qui vont s’illustrer dans des scènes dramatiques. Comme il en a conscience également que le genre poétique se conçoit et s’exprime particulièrement sous forme de narration imaginaire dans laquelle les acteurs sont représentés le plus souvent par des animaux. Néanmoins, il pense qu’une étude historique des circonstances dans lesquelles Jean de La Fontaine écrivait son immense œuvre s’impose à la conscience intellectuelle moderne. En voici sa conception de la politique de l’époque: Contraint d’exercer la plume sous le masque d’un animal dont il en a profité pour comprendre sa nature, ses réflexes et son anatomie. Jean de Lafontaine expose, dans l’exactitude, la nature cruelle et injuste des hommes. Et, en cela, associer le nom de Dieu à l’homme, ce serait alors insulter ou profaner le saint nom de la Providence divine. Car il nous a paru invraisemblable ou impossible qu’un être saint, dit uni en trois personnes (Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit), ait fait une créature à son image et à sa ressemblance qui soit dépourvue de la sagesse et de la morale divines; mais qui, au contraire, fait preuve d’une forte propension à la violence et la cruauté. Que de crimes et de cruautés sont commis en Ton Saint Nom! Les croyants comme les chrétiens devraient envisager de rendre visite à un devin (divinò) pour s’enquérir du temps qu’il fait dans le Ciel de la Providence, au lieu de se cantonner naïvement dans l’antienne selon laquelle « Le Seigneur reviendra après l’accomplissement des prophéties bibliques ». Alors que, aujourd’hui, l’épée, le sabre, les vieux fusils et les chevaux de la civilisation antique ont disparu pour faire place aux mitrailleuses, missiles à propulsion nucléaire, aux bombes atomiques et aux bombardiers qui assurent la protection des bateaux de la marine. Sous la génération de ces fleurons de l’armement militaire, deux guerres mondiales impérialistes ont eu lieu (1914 – 1918 & 1939 – 1945), et elles se sont soldées par plus de 100 000 000 de morts. Ce n’est pas la raison du Loup qui est la meilleure, c’est au contraire la quantité d’abus et d’injustices qu’il est capable de commettre contre l’Agneau par sa force brutale, son physique étant peut-être trois fois supérieur à celui de sa proie. Malgré que sa victime ait tenté de le convaincre de sa raison et de son innocence, son bourreau le Loup n’en a cure d’entendre ces litanies, et il l’emporte dans son antre. Nos fauves se nourrissent essentiellement de la chair et donc de celle de leurs semblables, la chair humaine étant pour eux un défi compte tenu de l’intelligence naturelle de l’homme. En conséquence, ils mourraient de faim s’ils espéraient y compter: car l’expérience apprend qu’un marmot qui se trouve égaré dans ces lieux dangereux est un événement qui arrive chaque Saint-Sylvestre. Ces bêtes fauves consomment entre trois à cinq kilogrammes de viande par repas, et, pour continuer à exister, ils doivent indispensablement partir à la chasse des gibiers tout aussi innocents qu’incrédules. On comprend bien que, dans cette situation contraignante où la faim est déterminante dans la survie des fauves, ce sont les plus petits qui seront toujours les victimes. A-t-on jamais vu un lion se mesurer à une bête de sa taille dans la forêt, ou dans la jungle des fauves? Non. Un tel fait d’arme ne s’est jamais produit au théâtre des bêtes. Ce n’est pas l’inspiration de Jean de Lafontaine qui l'a conduit à peindre des animaux, mais il était forcé de s’exercer en art animal afin d’en faire ressortir l’incohérence, l’intolérance et la brutalité des hommes. Parce que, à son époque, le pouvoir politique comme les activités intellectuelles et artistiques étaient strictement et minutieusement contrôlées par la Sainte-Église catholique romaine, alors toute-puissante. Sa sainte doctrine (magistère) était imposable d’abord à la curie romaine, au monarque et à ses sujets vassaux, ainsi qu’aux ouvriers de la pensée de l’époque. Le Magistère de la Sainte Église devait être observé au pied de la lettre, sans restriction d’une virgule. S’il advenait qu’un individu, quelle qu’ait pu être sa notoriété, pêchât contre cette loi divine et sacrée soit par résistance morale, soit par désobéissance ou par hérésie, il était en effet condamné soit à l’échafaud, au billot, ou au bûcher: des peines de mort, les unes plus affreuses que les autres. L’homme de lettres de Lafontaine en était averti, il savait pertinemment ce qui pourrait lui advenir s’il s’écartait de la ligne idéologique tracée par son Église. De plus, il était parfaitement conscient des déboires et des fâcheux comportements dont le savant Galilée fut l’objet par-devant le tribunal du Saint-Office, formé essentiellement d’obscurantistes. Le fabuliste ne devait donc pas courir le risque, ni compter sur la clémence des pères de l’Église à cette époque sombre de l’histoire de la papauté. Notre fabuliste-poète était également au courant du revers qu’avait subi son compatriote René Descartes qui sentait le danger venir quand il s’autocensura lui-même en gardant son œuvre dans le placard : Traité du monde et de la lumière. Il est aussi l’auteur du « Discours de la méthode – Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences ». Comme on peut se rendre compte que le sous-titre du livre incite à une bonne promenade intellectuelle. Aussi énigmatique que cela paraisse, l’existence de l’Église est caractérisée par l’intolérance et la haine sociale. Si, dans les conditions de l’histoire moderne de la politique, l’Église n’a plus le pouvoir absolu d’antan, elle n’a pas pour autant rompu avec ses pratiques traditionnelles telles que l’intolérance religieuse dans le sens qu’à elle seule est échue l’autorité intellectuelle et doctrinale de l’Évangile; il y a aussi la passion qui est au cœur de ses travaux théoriques, notamment les décrets et encycliques papaux, et, surtout, le racisme anti-noir dont elle est la genèse avec son invention de la « malédiction de Cham » de qui l’espèce nègre descend, affirme-t-elle. En 1929, intervient le Concordat de Latran entre Mussolini et le pape Pie XI, lequel fait officiellement du catholicisme la religion d’État. Lors de la signature dudit Concordat, Pie XI qualifie le fasciste Benito Mussolini d’homme de la Providence (« Uomo della Providenza »). Ce même pape avait béni les armes du fasciste Mussolini qui partait en guerre contre l’Abyssinie (Voir guerre d’Éthiopie, 1935 – 1936) dans le cadre de l’introduction de l’Italie dans le concert des puissances coloniales de l’époque. Le pape Pie XII, successeur de Pie XI, déclare l’Espagne « La patrie élue de Dieu » le 16 avril 1939 après que le général fasciste Franco eut remporté la victoire sur les Républicains (voir guerre civile espagnole de 1936 – 1939). Il devait aussi recommander aux alliés de ne pas affecter de soldats noirs aux portes du Vatican, après la libération de Rome en juin 1944. En réaction des attaques des miliciens nazis contre des synagogues et magasins juifs, l’évêque de Freiburg, Monseigneur Gröber, déclare en 1938: « On ne peut refuser à quiconque le droit de sauvegarder la pureté de sa race et d’élaborer les mesures nécessaires à cette fin. » Sources: https://sites.google.com/site/legrosmensongedelabible/chronologie; users.skynet.be/radoux/eglise.htm: Deux sites dans lesquels on peut lire le florilège de l’antisémitisme et du racisme du clergé catholique. L’auteur est loin d’être dans la catégorie des anticléricaux ou antireligieux, ni d’ameuter les gens contre leur Église, ou leur foi chrétienne. Mais il tient à apporter des informations dans un débat axé sur la liberté de conscience, la liberté d’expression pour ainsi dire. S’il est sûr que l’Église exerce une grande influence sur la culture nationale, il n’est pas si sûr que ses apôtres connaissent son histoire dans ses dérives dangereuses qui portent atteinte à la morale humaine tout court. Sa présente théorie de la raison et de la passion est produite pour aider à la compréhension intellectuelle du phénomène que représente l’Église au cœur de l’humanité. Il en profite pour clore le premier sujet de l’article sur cette note lucide de Pamphile de Lacroix qui fut le seul général français sorti indemne de la bataille de la Crête-à-Pierrot (4 – 24 mars 1802): « La raison ne parle aux passions que lorsqu’elles se taisent. », lisant « Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint-Domingue » à la page 132. Écrit à l’absurde, ce livre porte en lui la nostalgie et les splendeurs d’antan d’une île qui fit la prospérité de la bourgeoisie française et celle de l’Europe réunies. Son auteur devait même reconnaître que s’il l’avait écrit 16 ans plutôt, la couronne de France n'aurait pas perdue cette île aux richesses infinies. Mais cet autre auteur avoue que le livre de Pamphile de Lacroix contient des informations utiles à un chercheur universel qui souhaite connaître l’alchimie des nègres africains transplantés dans Saint-Domingue. Son livre a paru en 1819 en France, donc il situe le désarroi et la débâcle des Français à partir du 18 novembre 1803. La propagande au service du capital. Nous avons tantôt dit que la propagande est devenue une loi générale dans notre monde actuel, malgré pourtant ses effets négatifs. Nous en distinguons trois formes principales qui dominent le comportement historique changeant de la société humaine: propagande religieuse, propagande politique et propagande économique. La première est née de la religion dont l’Église est le porte-drapeau historique. Elle en a fait usage avec une telle intensité, une telle ténacité qu’elle débouche sur la guerre incessante des religions d’une part, et, de l’autre, qu’elle devient la religion principale. Forte de sa capacité persuasive et de son attachement historique au capitalisme, l’Église amène l’État bourgeois capitaliste à faire d’elle la religion d’État. Comme elle a toujours été une Église blanche; elle a, en effet, développé dans sa propagande le racisme antinoir que le pontificat de Nicolas V consacra par le décret du 8 janvier 1454; que, par la suite, les philosophes occidentaux doteront d’un cadre littéraire avec, au centre, la littérature gobinienne. Rappelons que le décret papal n’autorise pas seulement les souverains de l’époque à soumettre les Noirs à l’esclavage, mais aussi leur ordonne de les dépouiller de leurs biens et royaumes. L’Église est donc ancrée dans le capitalisme primitif et moderne avec une passion obsessionnelle dont les crimes grandeur nature jalonnent toute son histoire. La seconde est exercée par des partis politiques ou militaires qui ont réussi à faire admettre dans l’entendement humain des conceptions imaginaires, qui finissent par déboucher sur la censure dans les régimes dictatoriaux. En Haïti, on a eu en 1957 un pouvoir dit noir fondé sur l’épiderme, mais dont la plupart des victimes furent des Noirs riches ou pauvres, cultivés ou incultes: ils étaient forcés à l’exil, ou jetés dans les prisons duvaliériennes en attendant qu’ils passent de vie à trépas. Pour les noiristes modernes qui vivent dans la nostalgie et dans les splendeurs d’une époque déchue, le docteur François Duvalier doit être rangé dans la catégorie des personnalités lunatiques pour avoir cru dans une idéologie fictive, et il doit avoir sa place dans un musée de l'horreur. La troisième incarne l’émotion dans son sens le plus élevé en vue de faire accepter que le capitalisme est la seule portion qui puisse guérir les maux apparus dans son système. Des maux et méfaits que le système a engendrés dans son application pratique: on comprend bien que, dans les conditions de l’impérialisme capitaliste, cette vertu de guérison qu'on lui prête est passablement théâtrale. Certes, la science médicale reconnaît qu’il existe des pathologies qui guérissent et d’autres qui ne le font pas; mais, pour espérer découvrir le remède et la posologie nécessaires en ce qui a trait à la seconde catégorie, il va falloir produire des études approfondies qui aillent au-delà des conventions admises. Le capitalisme crée simultanément des richesses et des pauvretés, ou des riches et des pauvres: il s’agit là d’un cas d’espèce au goût de dichotomie, de contradiction et de contraste, auquel les économistes (vision libérale) n’ont pas de réponse. Et comment? Puisque la société bourgeoise capitaliste n’a produit que ce qu’elle peut produire: Adam Smith (1723 – 1790), Thomas Malthus (1766 – 1834), David Ricardo (1766 – 1834) et John M. Keynes (1883 – 1946) restent et demeurent les seuls modèles des libéraux actuels. La conception économique de ces quatre médecins capitalistes a finalement donné naissance à deux institutions internationales qui pompent au propre et au figuré le sang des peuples pauvres à l’échelle du globe: FMI = Fonds monétaire international et BM = Banque mondiale. Dans sa prochaine livraison, votre fidèle serviteur promet au lecteur universel de revenir sur la propagande économique dans sa pointe extrêmement sensible, soit réclame commerciale et industrielle, son éclaireur = marketing/mercatique. Un phénomène historique dont les effets pervers tendent à déshumaniser le genre humain dans ce qu’il a d'essentiel: sa culture. En Haïti, nos jeunes gens des deux sexes, victimes de l’attrape-nigaud par la publicité, se trouvent dans la pénible obligation de s’acheter des produits éclaircissants qui leur coûtent de l’argent qu'ils ne possèdent pas d’ailleurs. Un véritable désastre qui résulte du déni intellectuel et culturel des uns et des autres.