Jamais les préoccupations de nos mandataires n’ont été autant manifestes dans le passé. Car maintenant, plus que déterminés, ils déclenchent des enquêtes sur le comment et le pourquoi des allocations de nos fonds, infirment le quorum à notre Parlement, explosent la population de fonctionnaires de nos institutions publiques, et promeuvent la détention préventive prolongée dans nos centres carcéraux. Jamais les sujets cruciaux n’ont été aussi présents au centre de leurs discussions pour animer l’oralité des débats politique, économique et social. Car, ces jours-ci, ils s’occupent de l’organisation des élections présidentielle et législative, intentent des supposées actions en justice contre des potentats de la république et aggravent les conditions de vie combien précaires de la population en raison de l’augmentation du prix de l’essence sur le marché national.
Quotidiennement des points saillants des actualités politique et économique viennent enjoliver les menus de nos gazettes. Entre-temps, il est question de se concentrer sur l’élaboration de notre budget national. Par conséquent, ce qui nous vient hâtivement à l’esprit, c’est de nous tourner vers l’internationale, puisque nos recettes fiscales nettes sont inadéquates par rapport à nos dénuements. Chaque année, nos gérants se pointent au rendez-vous d’un gala à ne pas rater le coche, auquel ils doivent être bons cavaliers de la communauté internationale afin d’être gratifiés des 60% de contribution de l’internationale à notre budget national. Sans peine de tenir compte de la relance de notre industrie minière dont la valeur estimative s’altère considérablement, en raison de la variation à la baisse inéluctable du prix des produits pétroliers et de l’once d’or sur le marché international ainsi que la substitution du pétrole à d’autres sources d’énergie comme solaire ou éolienne par exemple, nos dirigeants s’empressent à s’organiser en assemblée ministérielle et parlementaire pour élaborer et voter ce budget national « minable ».
Les ressources minières en Haïti sont estimées à une valeur de premier ordre, soit une somme de vingt milliards de dollars us environ. Des études et des recherches ont permis, selon le Bureau des mines et de l’énergie, la mise en évidence de gisements d’or, d’argent, de cuivre, de bauxite, de carbonate de calcium, de lignite, de marbre, de jaspe, de pouzzolane, de pétrole etc.C’est ce qui témoigne la diversité richissime de notre sous-sol. Nous accentuons, cependant, notre analyse sur le pétrole. Les compagnies auxquelles sont livrés des permis de prospection, d’exploration et d’exploitation sont pour la plupart américaines et canadiennes. Les enjeux sont donc de taille. Avec ses 19 permis de prospection et 27 permis d’exploration, répartis sur un espace de 2 818 km2 , la compagnie américaine Newmont Mining Inc., basée à Colorado, détient le gros lot. Ensuite viennent les compagnies VCS Minning et son partenaire SONO Global, basées respectivement à Delaware et à Nevada, avec leurs 3 permis de prospection et 1 permis d’exploitation, lesquels sont répartis sur un espace de 225 km2. En troisième position se place Eurasian Minerals Inc. qui, basée à Vancouver, contrôle un espace de 50 km2 et possède un seul permis d’exploitation.
Ressources Majescor Inc. et son partenaire Cooper-Gold Inc., les deux basées à Montréal, sont en possession de 2 permis d’exploitation s'étendant sur un espace de 45 km2. Tous ces permis ont été octroyés en 2012 et ont été effectifs juste avant l’adoption d’une résolution par l'Assemblée nationale qui faisait état d’une interdiction d’octroi de permis.
Il est nécessaire de noter que l’octroi de ces permis d’exploitation a généré d’intenses débats, notamment parmi les membres du Sénat haïtien en janvier 2013. Suite à l’octroi de ces permis d’exploitation, le Sénat a convoqué le directeur général du Bureau des mines, M. Ludner Remarais et le ministre des Tavaux publics de l’époque, M. Jacques Rousseau, afin d’expliquer leurs démarches. À l’issue de cette audience, le Sénat a voté une résolution demandant la cessation de toute activité d’extraction des ressources minières du pays sans consultation du Parlement. Cette résolution prend son sens dans l’interprétation que font les sénateurs d’un article de la Constitution qui stipule que tout traité ou toute convention internationale doit être approuvé par l’Assemblée nationale (article 139) et que cette disposition s’applique aux conventions minières. Pourtant, une interrogation vient susciter notre curiosité. Quels types d’accords peuvent-ils, selon les sénateurs, bénéficier de la grâce du Parlement? Accords en forme simplifiée ou en forme solennelle? Se référant, en tout cas, à l’ouvrage de droit international public du professeur Paul REUTER, l’argument selon lequel, tout traité doit être approuvé par l’Assemblée nationale, ne tient pas debout. Puisque tout traité ou toute convention en forme simplifiée n’exige pas nécessairement l’approbation du Parlement.
Bref, le fondement de notre idéation n’est que, jusqu’ici, la plaidoirie pour une relance de notre industrie minière. Parce que :
Haïti, en tant que pays le plus pauvre de l’hémisphère, ne doit plus assister en fidèle spectateur à la baisse inexorable des prix des produits pétroliers sur le marché international, alors que l’exploitation de notre sous-sol pourrait nous permettre de financer des projets durables, pour qu’enfin notre pays soit doté du statut émergent d’ici à 2030; sans compter la dette PetroCaribe qu’il faut honorer dans un futur proche. Il faut, de surcroît, souligner que d’autres facteurs liés à la dévaluation de nos mines, notamment les gisements de pétrole, entrent en ligne de compte. C’est le cas d’une prolifération en nombre incalculable de découvertes de gisements de pétroles localisés surtout au niveau des pays de l’OPEP ainsi que les conditions importunes d’extraction et de traitement de nos extraits. Par ailleurs, Jean Pierre Fevennec nous fait savoir dans son texte « L’avenir du Pétrole », qu’au Vénézuéla, plus près de nous, les réserves potentielles sont estimées à 300 milliards de barils. Les conditions d’extraction des produits pétroliers dans ces pays sont extrêmement favorables aux compagnies d’exploitation. Pour Ainsi dire, ces pays constituent pour nous de potentiels concurrents en raison du volume de pétroles produits. Ainsi, l’abandon de nos mines par les compagnies au profit des pays à conditions favorables d’exploitation serait une fatalité pour notre industrie minière. En outre, le pétrole, avec sa subrogation par d’autres sources d’énergies notamment l'éolienne et le solaire, s’achemine tout droit vers sa létalité en termes utilitaires, d’où la nécessité d’une prise en charge de notre industrie minière.
« Ayiti twò rich pou’l pòv » pour citer J. Perry, nous le croyons fervemment. Trop longtemps, nos insouciances laissent dépérir les potentialités de notre pays. L’exploitation de nos mines serait donc un moyen certain conduisant Haïti vers le chemin du développement, si et seulement si avec la rente de leur exploitation nous pouvons :
d’abord, élaborer un plan de développement applicable pour les vingt-cinq prochaines années et reposant sur des axes prioritaires comme l’agriculture, l’éducation, la santé, les infrastructures, la création d’emploi et l’environnement;
ensuite, mettre en œuvre une stratégie de recouvrement de nos dettes envers les partenaires d’Haïti;
enfin, escorter le secteur privé des affaires dans un processus de multinationalisation de nos firmes nationales en augmentant la taille de leurs chiffres d’affaires par des prêts.
Toujours, Haïti sera une terre de transit qui dit à ses enfants « allez vous-en! Hors de mon chemin! », ne serait-ce que par la convergence de nos forces et la saisie de notre dignité de peuple. Tel est le cas de nos frères qui se laissent dévorer par les animaux sauvages dans les forêts chilienne et brésilienne.
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