Les autorités ont saisi une importante quantité d’armes à la douane de St-Marc, jeudi, en milieu de journée. Les photos ont inondé les réseaux sociaux et le décompte a donné froid dans le dos. L’enquête est ouverte pour identifier l’importateur, le destinataire et l’objet de cette grande importation illégale et clandestine d’armes et de munitions. « Ce n’est pas pour aller au bal qu’un bonhomme fait entrer 30 000 cartouches dans un pays avec des armes automatiques », a expliqué Himmler Rébu, secrétaire d’Etat à la Sécurité publique, présent à St-Marc. La saisie, effectuée à un mois des élections présidentielle et législatives du 9 octobre, a mis de l’eau au moulin des théoriciens. Pour eux, ce sont des armes importées pour semer le trouble. Ici où les élections sont souvent émaillées de violence, les thèses les plus alarmistes ne peuvent pas être rejetées du revers de la main. L’enquête dira peut-être le fin mot de cette affaire d’armes. Entre-temps, reste la question qui hante. Si cette cargaison a pu être interceptée, combien ont pu parvenir à leurs destinataires en Haïti où nos frontières sont poreuses ? Nul ne le sait. Pendant que la défaillance de l’Etat dans la surveillance du territoire et dans la répression de l’importation illégale de produits létaux s’invite dans l’actualité, il n’est pas inutile d’esquisser le profil des passeurs et des destinataires des cargaisons d’armes et de munitions. Sont-ils des criminels ? Quels sont leurs contacts avec les marchands d’armes étrangers ? Sont-ils connectés au grand banditisme, au narcotrafic qui a une logistique importante en Haïti, pays où transite une partie importante de la cocaïne vers les Etats-Unis ? Ces trafiquants contournent-ils des directives étatiques, violent la loi en faisant ces importations pour alimenter le marché haïtien, demandeur d’armes et de munitions ? Il y a beaucoup de questions et pas autant de réponses pour le moment pour dissiper les préoccupations pour la sécurité publique et la stabilité du pays. D’un autre côté, un fait est certain. Ces trente dernières années, les compagnies de sécurité privée ont poussé comme des champignons et beaucoup de familles se sont armées pour assurer leur sécurité. La législation n’a pas suivi pour autant. Les pouvoirs publics n’ont pas compris qu’il faut organiser et réguler la vente d’armes et de munitions dans le pays pour que le père de famille n’ait pas à recourir au même fournisseur que le bandit de grand chemin pour acheter une arme et des munitions. Parce que ce commerce est juteux, il y aura toujours des têtes brûlées et des criminels prêts à prendre des risques. C’est comme pour le commerce d’alcool aux Etats-Unis dans le temps…