Islam Louis Etienne
« Les idéaux qui ont guidé ma route et qui m’ont donné le courage d’affronter la vie, jour après jour, avec gaieté ont été la gentillesse , la beauté et la vérité. »
Albert Einstein
Le Cap-Haïtien est une ancienne ville coloniale dotée de maisons en bois style gingerbread avec des toitures en ardoise .Les anciennes maisons détenaient aussi des jalousies. Dans le temps, on dormait avec des portes ouvertes .Seules les jalousies étaient fermées C’étaient une structure en bois qui épousait tout le contour de la porte et qui garantissait la sécurité de la maison. Les jalousies ont maintenant disparu de la circulation. Ce style colonial qui a fait la force et la beauté de la cité, non connu par les Capois d ‘aujourd’hui, devient un véritable mirage. Le problème de la surpopulation et de la sécurité les a obligés à avoir d’autres choix de vie et à adopter de nouveaux comportements.
Autrefois, on circulait à pied dans la ville pour couvrir toutes les distances, de la Barrière-Bouteille à Cormier dans toutes les circonstances et pour toutes les occasions. Le Cap-Haïtien était une ville piétonne. Les rares voitures de la ville appartenaient aux grands dignitaires et entrepreneurs et à quelques chauffeurs de taxi bien connus. La brouette était un atout incontournable pour le transport. Les cultivateurs transportaient leurs produits à dos d’âne. Ils passaient la nuit dans des « cailles cafés » .C’étaient des espaces prédisposés à cette fin mais ils étaient gérés par la municipalité de la ville. Le nettoyage des rues commençait très tôt dans la journée.
La ville était gardée dans un état constant de propreté. Les élèves se rendaient à l’école par groupes .Il y avait aussi très peu d’écoles dans la ville .On portait des sacs de cuir et on chaussait des bottes en semaine et des souliers découverts pour la messe du dimanche. Les médecins ne recommandaient jamais au Capois de faire du sport parce que tout le monde marchait .Les enfants des familles les plus fortunés roulaient à bicyclette. En semaine, avant huit heure, c’était une véritable marrée humaine qui arpentait les rues de la ville pour aller à l’école. On faisait cet exercice 4 fois par jour .Maintenant, la réalité est tout autre et les priorités ont changé.
Dans la nouvelle configuration de la ville, la moto devient un élément majeur considérable et indiscutable C’est le transport par excellence .Elle joue un rôle de premier plan, d’abord pour son importance dans le transport et pour la facilité avec laquelle elle évite les embouteillages ; ensuite par son taux élevé de représentation. On trouve une station dans les principales artères de la ville et des prix différents sont demandés pour couvrir la même distance. Le prix de la course dépend du conducteur. La moto est une véritable arme à double tranchant : elle est à la fois utile et dommageable. On doit maintenant établir des normes et procédures non seulement pour son fonctionnement mais encore en cas de dommages pour réparer les torts causés.
Le lecteur qui ne connaît pas la ville peut ne pas comprendre la réalité que nous voulons décrire. Les rues de la ville sont très étroites. La circulation a aussi changé de format. D’une circulation piétonne on est passé à une circulation automobile intense avec la même quantité de routes et un nombre incalculable de piétons qui utilisent la chaussée en même temps pour aller dans leurs activités respectives. Avec la douane qui est ouverte au commerce extérieur, la ville est bondée de véhicules. Elle en a beaucoup plus qu’elle ne peut contenir. La circulation devient un véritable casse-tête aux heures de pointe. Lorsque deux véhicules arrivent en sens inverse, il reste très peu d’espace pour la circulation même si la rue était complètement débarassée. Les anciennes maisons n’ont pas été construites avec un parking. Les propriétaires des véhicules les garent sur les deux côtés de la rue. Avec le développement anarchique des marchés, les marchandes occupent littéralement les trottoirs lorsqu’elles n’utilisent pas aussi une partie de la rue pour exposer leurs produits. Donc, il reste très peu d’espace pour la circulation automobile dans les deux sens, pour les piétons et pour les motocyclettes. La circulation au Cap-Haïtien représente une équation à plusieurs inconnues pour les responsables de la municipalité et pour la police.
En plus de tout cela, il y a le plat de résistance : dans plusieurs artères pris d’assaut par les marchés, on trouve d’une part des bouquets de fatras en permanence pour décorer la zone et d’autre part une station de motos pour augmenter les difficultés et réduire davantage le rythme de la circulation. Cette décoration se réalise de façon régulière et constante, car immédiatement après le ramassage de ces ordures, la zone redevient au même et semblable état. Les produits (gobelets et assiettes) en carton non biodégradables, interdits d’importation par le gouvernement haïtien, représentent la plus grande partie de ces détritus. Ce qui prouve clairement que l’État haïtien n’a pas les moyens de sa politique ou bien qu’il fonctionne à plusieurs vitesses. Ce qui est interdit à la capitale ne l’est pas dans les villes de provinces. Ces produits sont importés, inspectés par les autorités de la Douane, livrés, stockés, vendus et utilisés par les débiteurs des produits de consommation de tout type et de tout acabit sans la moindre inquiétude. Ce qui est bizarre et étonnant, les gens qui auraient dû les empêcher d’entrer dans le pays et les confisquer le cas échéant pour faire respecter la loi, les utilisent correctement pour leurs besoins personnels. Le service de la voirie (techniquement sous-équipé) malgré sa bonne volonté est largement dépassé par les événements .Dans ce cas précis, la volonté ne suffit plus.
Aux grands maux, les grands remèdes
Plusieurs études ont été réalisées par différentes institutions tant locales qu’internationales sur les conditions de réhabilitation de la ville du Cap-Haïtien, transformée depuis quelque temps en un véritable bourbier par suite de l’irresponsabilité et de l’incompétence de certains de ses dirigeants qui n’ont pas tout à fait maîtrisé son histoire et son passé . Ces études sont restées des lettres mortes dans les tiroirs comme d’habitude. Nous prenons malheureusement l’habitude de ne suivre aucune directive et de n’écouter aucun conseil, même ceux qui pourraient aider à résoudre certains problèmes jugés sérieux et importants. Dans tous les cas de figure, c’est le pays qui paie le pot cassé. L’abattement agressif et successif des arbres constitue l’un des plus grands maux du pays. Selon certains de ces rapports nous coupons annuellement 53 300 arbres pour alimenter les institutions qui l’utilisent comme matière première.
Rien ne laisse croire que la dégradation de l’environnement représente une préoccupation encore moins un sujet de conversation pour les dirigeants capois, et pourtant c’est un problème majeur et inquiétant. Le bois est de plus en plus sollicité, coupé, vendu et utilisé à un rythme vertigineux sans aucune manifestation ni protestation des pouvoirs publics pour stopper l’hémorragie et sauver ce qui reste de la forestration. Aucune alternative sérieuse, raisonnable, compétitive et à la portée de toutes les bourses n’a été ni communiquée ni envisagée alors que les institutions qui l’utilisent comme matière première ne cessent de se multiplier, les habitants ne cessent de le couper comme moyen de survie et nos habitudes de cuisson n’ont pas changé. Une grande dégradation inquiétante de la ville du Cap-Haïtien est constatée ; le déboisement de la montagne s’intensifie et les constructions anarchiques dans les zones marécageuses se multiplient à un rythme accéléré. Les risques d’inondation et les conséquences qui en découlent sont très élevés. Les canaux d’évacuation qui existent toujours sont obstrués et les fatras à profusion ne sont ni ramassés régulièrement ni gérés après la collecte. Le Capois s’autodétruit inconsciemment. Il ne s’offre aucune arme sérieuse et concrète et aucune autre alternative pour lutter contre une saison pluvieuse, voire contre une catastrophe redoutable. La faille Septentrionale traverse la ville du Cap-Haïtien .C’est une leçon vieille comme le monde et l’humanité .Le dernier tremblement de terre du samedi 7 mai 1842 qui avait détruit la moitié de la population capoise avait accusé une magnitude de 8,1 sur l’échelle de Richter.
Cela fait plus d’un siècle et demi depuis que cette faille emmagasine de l’énergie sans la libérer. Plus le temps passe, plus la magnitude sera importante et plus la ville devrait être prête à accueillir un événement de cette importance. Calmes comme une mer endormie, sages comme image, quiets comme une roche, provacants comme un bikini, les dirigeants capois ont affiché toute leur nudité dans une indifférence déconcertante sur un sujet aussi préoccupant. Ils ont cependant caché l’essentiel sans se préoccuper du danger imminent qui les guette parce que la catastrophe ne choisit pas sa victime mais elle provoque des inquiétudes certaines qui dévorent et minent les gens avisés de la population.
Pour sauver la ville du Cap-Haïtien, il ne suffit plus à cette phase des débats de planter seulement des arbres mais il faut aussi une volonté politique et manifeste des autorités municipales de se mettre en partenariat avec les institutions connexes travaillant et ayant une expertise confirmée dans le domaine sur le terrain pour aménager et revitaliser le bassin versant du Cap-Haïtien de la montagne « Mornes du Cap-Haïtien ». Le problème environnemental est un problème épineux et imminent qui doit être résolu sans délai pour éviter la catastrophe en cas de saison pluvieuse ou de tsunami. Les zones marécageuses et à hauts risques doivent être les premières activées. Des décisions radicales, fondamentales et définitives doivent être prises sans aucune hésitation pour le bien-être de la population. L’éducation citoyenne est aussi un atout fondamental à utiliser, à développer et à entretenir dans toutes les zones de grande fréquentation et de grande affluence en employant tous les moyens de communication de masse disponibles. La ville du Cap-Haïtien est comparable à un volcan qui peut entrer en éruption à n’importe quel moment. Prévenir vaut mieux que guérir !
On ne saurait attaquer le problème de fatras sans poser dans son intégralité celui du marché qui prend l’allure d’un véritable fléau. Il a déjà absorbé et englouti plus de la moitié de la ville. Si l’hémorragie n’est pas stoppée, la ville du Cap-Haïtien sera entièrement transformée en marché. Le problème de fatras deviendra alors plus important, plus complexe et plus sérieux à résoudre. Les solutions ne seront plus à portée de la main. Les membres de la municipalité capoise doivent s’armer de courage et d’autorité pour établir un plan d’urgence en prenant des mesures drastiques et certainement impopulaires au début mais importantes et impérieuses pour la collectivité pour sauver la ville et libérer les trottoirs. Certaines rues sont littéralement fermées à la circulation. Les trottoirs n’existent plus pour les piétons qui sont exposés aux risques d'accidents de voiture. La mairie ne perçoit aucune taxe provenant de ces nombreuses activités. Les marchandes deviennent chaque jour un peu plus nombreuses. Elles poussent comme des champignons dans le désert sans un véritable étalage de produits .Certaines ne vendent pas plus qu’une marmite de pistache grillée ; d’autres un bocal de surettes. Le statut de marchandes doit être clairement défini. Elles doivent être non seulement identifiées mais encore enregistrées. L’enregistrement présuppose une base légale de données pour le paiement de la taxe de marché et pour l’impôt sur le revenu.
La solution du problème de la circulation passe fondamentalement par la diversification du trafic en multipliant des centres d’intérêts fondamentaux similaires à ceux du centre-ville en dehors de la ville avec la capacité
d’accueillir et d’attirer le plus grand nombre de preneurs comme l’hôpital, l’école et le marché. Si les centres d’intérêts sont divergents et diversifiés, la circulation serait aussi déconcentrée aux heures de pointe. Chacun prend la direction qui correspond à ses besoins qui ne sont plus concentrés seulement au centre-ville. Les responsables d’État doivent se mettre ensemble pour concevoir et développer cette synergie indispensable à la sauvegarde de l’image et des intérêts de la ville. La construction de deux autres marchés dont l’un avant la Barriere-Bouteille à l’entrée de la ville et l’autre au Fort Saint-Michel devient une nécessité. Les deux doivent être réalisés loin de la route principale pour éviter les problèmes de circulation. Des mesures coercitives doivent être envisagées pour obliger les marchandes à occuper l’espace mis à leur disposition en déterminant les conditions d’admission et de fonctionnement. L’espace doit être propre, décent et attrayant avec toutes les commodités de base et la sécurité nécessaire pour le stockage des produits contre le vol et les incendies. Le regroupement des marchandes aurait permis de résoudre partiellement le problème de fatras. Tant que les marchandes seront aussi éparpillées dans tous les recoins de la ville, le problème de fatras restera et demeurera entier; mais une fois fixées et rassemblées, il sera plus facile de garder en état de propreté constante les différents foyers où les déchets seraient accumulés et entreposés. Les marchés et les fatras constituent les deux faces de la même médaille. La transformation des déchets peut être aussi un projet d’envergure à envisager dans un autre texte. Pour conserver le style colonial, l’État doit montrer sa force et ses griffes pour empêcher de remplacer le bois par du béton.
Des mesures d’accompagnement doivent être aussi prises pour gérer la circulation et la rendre plus fluide et leurs utilisateurs plus confiants et plus confortables. On doit diversifier et déconcentrer le flot d’activités convergées vers le centre-ville. La construction d’un lycée, d’un hôpital et d’un marché en dehors de la ville en entrant aurait diminué considérablement la pression sur le centre-ville. La finalisation de la route intérieure reliant le Fort-Saint-Michel au haut du Cap-Haïtien sans passer par la ville du Cap-Haïtien aurait réduit la pression chez tous les utilisateurs qui pourraient éventuellement avoir besoin des services de l’une de ces entités. Il faut aussi imposer le constat et fixer les responsabilités dans tous les cas d’accidents, qu’il s’agisse de motos ou de véhicules; déterminer les aires de stationnement des motos, le nombre de passagers à transporter en même temps, le prix des courses par kilomètre de route, vérifier régulièrement les pièces d’identité des conducteurs et de l’engin ; engager la responsabilité directe du conducteur en cas de préjudice, de dommages et de poursuites, déterminer les conditions dans lesquelles les enfants en bas âge peuvent utiliser les service de la moto, distinguer les motos affectées au trafic des motos privées; institutionnelles et même celles affectées au service de la police; faire les mêmes exigences et les mêmes obligations à tout le monde sans distinction et partout sur le territoire national pour montrer qu’effectivement la République d’Haïti est une et indivisible.
Islam Louis Etienne
Septembre 2016
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