Le tourisme est une activité planétaire. C’est l’une des plus grandes industries mondiales comptabilisant aujourd’hui environ 1,2 milliard de personnes qui sillonnent annuellement notre planète, 12% du PIB mondial, créant 1/11 d'emplois dans le monde et générant des recettes d'exportation de 1 500 milliard de dollars américains.
Le tourisme est donc facteur de développement et de création de richesse, un phénomène économique et social de premier plan. Mais qui pratique le tourisme et qui en profite vraiment ?
Pour la Journée mondiale du tourisme, célébrée chaque année le 27 septembre, le thème retenu par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), est l’ « Accessibilité universelle en faveur d’un tourisme pour tous ».
Tout d’abord, qu’est-ce que l’accessibilité en matière touristique ? De manière très simple : avoir accès sans difficulté à quelque chose ou à quelqu’un. Autrement dit, il s’agit de créer les conditions pour que tout le monde, dans la logique d’un droit humain, puisse en jouir. Dans sa note du 22 septembre 2016, l’OMT précise que l’exigence d’accessibilité universelle ne se limite pas aux seuls groupes formés par les personnes handicapées, les personnes âgées et les familles voyageant avec des enfants en bas âge. À un moment ou à un autre, chacun d’entre nous finit par apprécier les avantages résultant d’une meilleure accessibilité du cadre de vie et des services, que ce soit dans le contexte du tourisme ou en dehors.
le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, dans son message officiel, a déclaré: « Dans le monde, 1 milliard de personnes handicapées, ainsi que les jeunes enfants, les personnes âgées et toute autre personne ayant des difficultés à se déplacer, doivent encore affronter des obstacles pour pouvoir accéder aux éléments fondamentaux du voyage, comme des informations claires et fiables, des transports et des services publics efficaces et un environnement physique dans lequel il est facile de se déplacer. Dans de nombreux lieux touristiques, rien n’est fait pour accueillir les malvoyants, les malentendants, les personnes à mobilité réduite et celles souffrant de troubles cognitifs, en dépit des technologies modernes. »
Selon le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), Monsieur Taleb Rifai : « Il est de la plus haute importance que tous les pays et toutes les destinations, ainsi que les acteurs du secteur, veillent à ce que l’environnement physique, les systèmes de transport, les installations et services publics et les circuits d’information et de communication soient accessibles à tous. » Aussi, ajoute-t-il, «l'accessibilité universelle devrait être une composante centrale de toute politique de tourisme durable et responsable».
« Toute personne a le droit d’accéder aux loisirs et au tourisme dans des conditions d’égalité », c’est ce qu’a déclaré Ban Ki-moon. Ce n’est pas encore le cas en Haïti. Non seulement l’environnement physique n’est pas encore tout à fait à niveau en Haïti, mais aussi les produits et services touristiques sont très discriminatoires et inaccessibles à cause, entre autres, des facteurs prix, moyens de transport et sécurité, qui limitent la participation.
De plus, en analysant l’accessibilité universelle sous l’angle de la représentativité sociale du tourisme, c’est-à-dire une grande participation de la population dans la chaîne de valeur et une redistribution équitable de la richesse, il y a un effort colossal à faire en Haïti pour que le tourisme soit effectivement accessible à tous.
Le fait est qu’en Haïti, à côté du chômage et de la pauvreté, la marginalisation et l’exclusion sont la base d’un système caractérisé par une inégalité criante qui garde à l’écart du tourisme des pans importants de la population.
Il suffit de regarder les investissements publics et le comportement général des grands opérateurs pour comprendre que le tourisme en Haïti n’est pas intégré à l’économie nationale ni n’est fait l’objet d’une dynamique de développement sans exclusion.
Selon le Réseau national des promoteurs du tourisme solidaire (RENAPROTS), quelque chose doit changer. Le tourisme, comme activité sociale et économique, doit être aussi à la portée du paysan et de la masse. Il doit aussi servir leurs intérêts à la fois comme producteurs de biens, comme fournisseurs de produits, et comme prestataires de services.
Ils n’y parviendront pas s’il n’y a pas d’investissement de l’État dans les infrastructures essentielles (route, énergie, santé, eau et assainissement, communication), dans la production, dans la formation et l’éducation, la sécurité et l’environnement, la création de facilités accessibles à eux.
C’est seulement à ce prix qu’ils pourront renforcer leur capacité à devenir des acteurs et à se positionner pour profiter au maximum des revenus et des autres retombées touristiques. C’est aussi par ce biais qu’ils pourront « accéder aux loisirs et au tourisme dans des conditions d’égalité ».
Face à ces grands écarts, le RENAPROTS plaide pour un État stratège et accessible qui s'implique de manière impartiale dans le secteur, par des investissements transversaux et par la mise en place de mécanismes de régulation pour jouer pleinement son rôle régalien.
Ces dispositions permettront aux opérateurs de réduire les coûts et de rendre les produits et services plus accessibles au plus grand nombre, et en même temps au tourisme haïtien de devenir compétitif dans le bassin de la Caraïbe dominé aujourd’hui par les pays voisins.
Le RENAPROTS plaide pour une politique publique sectorielle orientée vers les communautés à l'intérieur du pays, riches en attractions et en opportunités alternatives capables de séduire le touriste en quête d’exotisme, d’authenticité et d’originalité.
Il plaide également pour l'exigence d'un contenu haïtien d’au moins 30% dans les choix des investisseurs, au moins dans la construction, l’ameublement, la décoration et l’alimentation, capable non seulement d'imprimer au secteur une âme haïtienne, mais aussi de générer plus d'emplois et de revenus décents à effets multiplicateurs. Le RENAPROTS invite donc le Parlement haïtien à légiférer sur la question.
Dans le code d’investissement, il est clairement indiqué que des avantages incitatifs seront aussi accordés tant pour l’acquisition de matériel et équipements fabriqués dans le pays que pour des investissements en milieu rural permettant de dynamiser l’économie locale, de créer des emplois et de fixer la population sur son territoire dans des conditions décentes, etc.
Enfin, le RENAPROTS invite ses membres présents sur le territoire national à continuer leurs efforts dans le secteur, à intensifier leurs partenariats avec les producteurs dans les communautés d'impact et à négocier des alliances stratégiques.
Dans ce contexte électoral, le RENAPROTS invite aussi les candidats et candidates à l'un ou l'autre des postes électifs du pouvoir d'État à prendre fait et cause, dans leur programme, pour un tourisme inclusif et accessible qu'ils s'engageront à respecter dès qu'ils seront au pouvoir.
Abner Septembre
Coordonnateur du RENAPROTS
3231-8871 / 3420-2091 / absept60@gmail.com
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