La destruction du grand Sud par l’ouragan Matthew nous met sous les feux des projecteurs de fort mauvaise manière. Au-delà d’énormes pertes en vies humaines et matérielles enregistrées, cette catastrophe nous rappelle notre irresponsabilité. Matthew voulait bien nous faire le rappel quand il a choisi de frapper notre grenier (la Grand’Anse), une partie de notre vitrine (le Sud) et notre plus jeune département (les Nippes).
Comme à chaque catastrophe - qui nous met à nu ces derniers temps -, nos "amis’’ de loin comme de près se mobilisent à notre chevet avec tout ce que cela comporte pour notre image de peuple. Dans les médias internationaux comme sur les réseaux sociaux circulent les messages de compassion et de pitié. Les propos stéréotypés aussi. Si certains se montrent offusqués par les éternels rappels des médias internationaux de notre « statut de pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental », d’autres s’en foutent, préférant porter le débat sur l’aide aux sinistrés.
Les 4 et 5 octobre en cours comme le 12 janvier 2010, la nature s’est déchaînée contre nous. Nos faibles infrastructures, nos moyens de subsistance ou de survie en ont fait les frais. Des enfants, des jeunes comme des vieillards sont enterrés sans vivre le rêve d’une Haïti meilleure. Le plus dur, l’Etat peine à assister les survivants. Si, à Port-au-Prince, les plus hautes autorités jurent de prendre le contrôle de l’aide, on se demande par quel moyen. Qu’on aime ou non le gouvernement, on a qu’à prier pour que le miracle ait lieu.
Comme toutes les catastrophes naturelles ou humaines qui nous frappent ces dernières décennies, Matthew nous met dans de beaux draps. On dirait même qu’il nous place devant le fait accompli quand on considère que le pays est dirigé par un gouvernement provisoire avec des ministres quasiment effacés. Un gouvernement qui, même avant la catastrophe, peinait à assainir les rues, à lutter contre le choléra, à assurer le bon fonctionnement des hôpitaux publics ou encore à assurer la protection des vies et des biens, pourra-t-il devenir efficace après Matthew ?
Si, avant le passage de Matthew, l’administration Privert/Jean-Charles se donnait pour tâche de s’assurer de la tenue des élections dans de bonnes conditions, aujourd’hui, elle se doit de redonner vie aux départements meurtris par la catastrophe et assurer une bonne gestion de l’aide internationale pour éviter le fiasco de l’après-12 janvier 2010 en mettant hors jeu les professionnels nationaux et internationaux du détournement de l’aide. Voilà le miracle que le gouvernement doit impérativement opérer.
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