La séance d’interpellation du ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, François Anick Joseph, a échoué hier mercredi au Sénat de la République, faute de quorum. La bande à Youri Latortue, groupe minoritaire à la Chambre haute, n’a pas pu convaincre l’autre groupe de sénateurs sur la nécessité de débattre de la mauvaise distribution de l’aide aux personnes victimes de l’ouragan Matthew dans les départements du Sud, des Nippes et de la Grand’Anse. Les critiques fusent de toutes parts sur la distribution de l’aide par la Direction de la protection civile, alors que les besoins se font de plus en plus sentir dans les zones inaccessibles où les habitants vivent dans des conditions extrêmement difficiles, situation aggravée notamment par l’absence de soins de santé. Les sénateurs interpellateurs, constatant l’affaiblissement de l’assemblée depuis le scandale provoqué par les agissements du sénateur de l’artibonite Carl Murat Cantave sur son collègue Steven Benoît, voulaient se refaire une santé en évoquant ce dossier d’intérêt national. Selon toute vraisemblance, l’interpellation du ministre François Anick Joseph ne constituait en aucun cas une preuve de la défense des intérêts des personnes sinistrées. Il s’agit d’une bataille entre deux groupes de sénateurs pour assurer une certaine suprématie sur la scène politique. S’il en est autrement, les sénateurs devraient d’abord convoquer le ministre sur les manquements de la Direction de la protection civile dans la chaîne de distribution de l’aide et proposer des mesures de redressement en vue de permettre à la population victime de recevoir l’assistance nécessaire. L’interpellation pourrait venir après le constat du non-respect des suggestions des sénateurs et la persistance de la mauvaise distribution de l’aide par la Direction de la protection civile. L’échec de cette séance d’interpellation va creuser davantage le fossé qui sépare ces deux groupes au niveau du Sénat. Il sera de plus en plus difficile pour le bureau de réaliser une séance. Etant donné que le mandat de l’actuel bureau arrivera à terme en janvier prochain, après le renouvellement du tiers du Sénat et les élections complémentaires dans les départements où les élections sénatoriales étaient perturbées le 9 août 2015, tout porte à croire que les deux groupes ne vont pas permettre à l’assemblée des sénateurs de se réunir au cours de ces deux derniers mois de l’année 2016. La bataille pour le contrôle du bureau en janvier 2017 vient de commencer. Il y a, d’un côté, les sénateurs proches du président provisoire, dont l’actuel président du Sénat Ronald Larêche et, de l’autre, les anti-Privert emmenés par le duo Latortue-Cantave. La nouvelle configuration de l’assemblée après les élections sénatoriales permettra aux observateurs de se faire une idée de la gestion de la Chambre haute. Sur les 22 sénateurs en fonction, 8, dont le mandat arrivera à terme en janvier 2017, quitteront le Sénat , 14 resteront en poste, en attendant l’arrivée des 16 autres qui devront porter à 30 l’effectif du Grand Corps. Dans un sens comme dans l’autre, le nouveau président de la République pourra faire pencher la balance pour dégager une majorité lui permettant de tirer son épingle du jeu. Des sénateurs, alliés d’un groupe présentement, pourraient changer de camp à la fin du processus électoral conséquemment aux intérêts des blocs politiques qui seront constitués.