En raison de graves dommages causés par l'ouragan Matthew dans la plupart des régions du pays les 3 et 4 octobre 2016, les élections n'ont pas pu avoir lieu le 9 octobre comme prévu par l’arrêté présidentiel convoquant le peuple dans ses comices. Un nouvel arrêté convoque les électeurs haïtiens le dimanche 20 novembre prochain. Ces joutes doivent permettre l’élection d’un président de la République et compléter les deux branches du Parlement qui, depuis janvier dernier, fonctionnent avec un effectif réduit.
Les données disponibles au niveau de l’institution électorale révèlent que des pas de géant ont été franchis par les autorités établies dans la réfection des voies d’accès dans les centres de vote, la livraison de cartes électorales aux électeurs qui les ont perdues lors du passage de l’ouragan Matthew et la réhabilitation des centres de vote dans les régions affectées par les récentes catastrophes naturelles. A l’occasion d’une audition du directeur général de la Police nationale d’Haïti, lundi dernier, devant la commission Justice et Sécurité du grand Corps, Michel-Ange Gédéon a donné la garantie que toutes les dispositions sont prises sur le plan sécuritaire pour permettre le bon déroulement de ces joutes avec un effectif de 12 900 policiers, dont 9 400 de la PNH. Ce qui veut dire que la balle est dans le camp du président provisoire Jocelerme Privert.
En Haïti, les violences enregistrées le jour des élections sont souvent l'oeuvre des partisans du parti au pouvoir ou des proches de l'équipe dirigeante. Ce ne sont pas les partis politiques de l’opposition ni leurs proches qui planifient les violences. Le 29 novembre 1987 et le 9 août 2015, deux dates inoubliables dans l'histoire électorale haïtienne, ce sont des proches des gouvernements établis qui avaient commis des actes répréhensibles sur des électeurs à l'occasion de ces joutes. Dans cette conjoncture qui prévaut à quatre jours des élections, le président provisoire n’a aucun intérêt à provoquer lui-même les actes de violence ni à cautionner une quelconque perturbation venant d’un parti politique qui lui serait proche. Le mandat du président provisoire était limité à l'organisation du second tour de la présidentielle et des législatives complémentaires. Les recommandations du rapport de la Commission indépendante de vérification et d'évaluation des élections de 2015 ont occasionné la prorogation du mandat du président en raison de l'annulation du premier tour de la présidentielle. La réussite des élections du 20 novembre prochain doit ouvrir la voie au fonctionnement régulier des institutions conformément à la Constitution en vigueur.
Depuis quelques mois, un groupe d’hommes revendique le pouvoir et nourrit l’idée de conduire le pays vers une transition dans le but de parvenir à l'élaboration d’une nouvelle Constitution. Ce groupe trouve l’adhésion d’une minorité de diplomates étrangers en poste à Port-au-Prince et se cache derrière la déclaration fantaisiste de l'ancien chef civil de la MINUSTAH, Edmond Mullet, faisant savoir que la Constituion de 1987 est une source d'instabilité. Au lieu de mettre en cause la gestion catastrophique du pays par ceux-là qui étaient au timon des affaires, ledit groupe entend promouvoir une nouvelle société pour mettre fin au sous-développement qui caractérise notre pays. Ce groupe veut-il semer la panique ?
Haïti a tellement de défis à relever qu’on ne saurait se ranger sur la voie de certains politiciens assoiffés de pouvoir. L’organisation des élections du 20 novembre doit être considérée comme une priorité nationale dans la perspective de voir émerger une nouvelle équipe d’hommes et de femmes capables de mettre le pays sur la voie de la modernité. La reconstruction du pays sur les plans physique, mental, environnemental et économique et la recherche d’un consensus autour d’un pacte de gouvernabilité, entre les forces politiques représentées au Parlement, sont les conditions indispensables pour trouver le chemin de la croissance économique afin de mettre un terme à l’exode de nombreux jeunes dans les différents pays de la région. La science et la technologie sont à la portée du monde moderne. Mais pendant les trente dernières années, les différents gouvernements qui se sont succédé n'ont jamais formé une commission pour réfléchir sur la voie à suivre en conséquence.
Ces hommes et femmes, qui veulent créer le chaos par n’importe quel moyen, dans le seul but d’arriver au pouvoir, auront-ils les moyens de leur politique ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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