En bon démocrate, quand on se bat pour la tenue d’élection, il faut logiquement s’attendre à manger la soupe à la grimace en cas de défaite et sabler le champagne de la victoire quand elle se concrétise. La victoire, bien entendu, dans la vérité, sans altération de la volonté populaire.
Ici, hélas, l’intelligence dans la victoire comme dans la défaite n’est pas cultivée dans le but de renforcer les institutions, de construire le niveau minimum de cohésion sociale indispensable à toute société pour faire face à ses défis.
Egrener le chapelet de nos défis, de nos malheurs, hier comme aujourd’hui, est inutile parce que tout le monde sait. On sait qu’Haïti, dans les classements internationaux sur la compétitivité, sur l’indice de perception de la corruption, la pauvreté, est parmi les plus mauvais élèves. Et Matthew ,« abse sou klou », n’est pas de nature à améliorer les choses.
Cela dit, on l’a vu ces derniers jours dans toute son acuité, la cohésion sociale, presque un leurre avec ce niveau effarant d’inégalités socioéconomiques, souffre aussi d’un autre gros déficit : la confiance. La presse, les partis politiques, les responsables des pouvoirs publics, les organisations de la société civile traînent un important déficit de confiance dans ce pays de plus en plus déchiré, polarisé.
Sur ce déficit général, surfent l’instabilité politique, le doute, le dégoût, le recours systématique au discrédit, l’incapacité à construire le consensus minimal.
L’intérêt collectif est trop souvent relégué au second plan. Nos hommes, nos femmes, nos institutions peinent à prendre de la hauteur. Combler ces déficits, plus qu’on ne le croit, est essentiel pour l’avenir.
Entre-temps, dans les prochains jours, le pays joue gros. Il peut devenir un pays normal après avoir financé les élections avec ses propres moyens ou repasser dans les sentiers tortueux déjà arpentés ces trente dernières années. Et aggraver ses déficits…
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