Plusieurs délégations haïtiennes quittent le pays ce vendredi pour aller rendre un dernier hommage à Fidel Castro, le père de la Révolution cubaine. Castro et Haïti, Cuba et nous avons connu une histoire compliquée pendant des années. Si, avant la Révolution, il y avait déjà des Haïtiens à Cuba, après il y en a toujours eu. Des braceros, des artistes, des touristes, de petits commerçants, puis des exilés, des étudiants, des politiques et même des communistes. L'idéologie, on la porte dans sa tête ou dans son cœur, n'est-ce pas?... Quand le président Jean-Bertrand Aristide décida de renouer les relations diplomatiques avec l'île sœur la veille de son départ du pouvoir le 6 février 1996, cette décision eut l'effet d'un coup de tonnerre. Cela marquait un tournant majeur. Certains l’interprétèrent comme un pied-de-nez aux Américains qui venaient de réinstaller l'ancien prêtre au pouvoir, d'autres comme un cadeau empoisonné pour son successeur. Ce juste retour au cours naturel de l'histoire entre deux pays qui n'ont jamais eu de différends majeurs permit au président René Préval d'initier une coopération Sud-Sud qui célèbre vingt ans sans nuage cette année. Si on retient la formation, tous frais payés par Cuba, de centaines de médecins haïtiens et la mise à la disposition d'Haïti de personnel de santé cubain dans les coins les plus reculés de notre territoire, la coopération est bien plus large que cela. Tourisme, tourisme médical, professionnels cubains qui peuplent nos usines et entreprises, commerce, échanges de toutes sortes et la magnanimité du Venezuela de Hugo Chavez sont autant de fruits de la coopération cubaine avec Haïti. La manne PetroCaribe qui finance aussi une partie de la coopération cubaine n'aurait pas le même sens, le même poids si Cuba et les frères Castro n'avaient pas, encore et encore, plaidé la cause haïtienne. En retour, Haïti a été aux côtés de Cuba dans bien de combats et il faut souligner le rôle d'intermédiaire joué par le président Michel Martelly dans les dernières négociations qui ont permis le rapprochement entre les États-Unis d'Amérique de Barack Obama et le dernier pays communiste du continent. Ce dimanche, c'est le président Jocelerme Privert, accompagné de René Préval, qui portera le drapeau haïtien lors du dernier hommage à Fidel Castro à Santiago de Cuba. Fidel Castro n’a jamais caché que les ouvriers agricoles de son père avaient éveillé chez lui la fibre sociale et on ne sait pas combien d’Haïtiens et de descendants d’Haïtiens, humanité souffrante, avaient rejoint les cohortes de la guérilla des barbudos. Nos compatriotes ont été de grands bénéficiaires de la Révolution cubaine qui les établirent dans des droits nouveaux. On ne sait pas si la chorale «Desandann» chantera sa peine quelque part à Camaguey dimanche, ni s'il y a encore le disque de Martha Jean-Claude «Canciones de Haïti», enregistré en 1956 avant la révolution et sa fameuse Chanson-Lettre de Cuba résonnera dans la ville. Martha Jean-Claude, la première partie pour Cuba dans les années 50, la première revenue en 1986, elle, qui, au stade Sylvio Cator en 1991, avant tout politique, a retissé les liens d’amitié entre les deux pays par la culture. Un fait est certain, Haïti pleure aussi ce héros emporté par l'âge après une vie bien remplie. Haïti doit cependant pleurer encore plus toutes les leçons non apprises de ce pays frère où le dénuement heureux et débrouillard remplace dignement l'indigence servile.