Une Haïti sans crise politique semble être inconcevable. La classe politique fait tout pour ne pas être d’accord sur rien. Sinon, elle rate toujours l’occasion de se mettre d’accord sur l’essentiel. Le processus électoral en cours est le dernier exemple prouvant notre refus catégorique de nous mettre ensemble dans l’intérêt commun. Nous refusons de nous courber aux règles que nous avons établies. Nous affaiblissons nos institutions pour qu’elles ne soient pas en mesure de jouer leur rôle. Dans ce contexte, nous passons notre temps à tourner en rond comme nous le faisons depuis l’après 86, même avant. L’espoir de sortir de la crise semble être anéanti à chaque compétition électorale. Cette fois sera-t-elle la bonne ? Tous ceux qui sont fatigués de la crise politique voudraient que la réponse soit oui dans la mesure où il y a péril en la demeure. Un simple coup d’œil sur beaucoup de quartiers de Port-au-Prince et de certaines villes de province le prouve. Les détritus nous font la guerre. Nos institutions préposées au ramassage d’ordures ont failli à leur mission. Sans se soucier de sa répercussion sur la santé, la mauvaise pratique de brûlage des ordures prend, dans ce cas, de l’ampleur. Un fait inquiétant dans un pays où l’offre en soins de santé est très limitée. Si quelques hôpitaux publics ont été construits ces dernières années, on se questionne sur leur fonctionnement. On peut imaginer la réponse quand on sait que l’HUEH, le plus grand centre hospitalier du pays, marche avec des béquilles. La longue grève des médecins résidents des hôpitaux publics en début d’année pour exiger de meilleures conditions de travail n’a rien changé. La crise politique qui monopolise notre attention fait reléguer ces sujets importants au second plan. Pourtant aujourd’hui, l’offre limitée de notre système de santé devrait interpeller les autorités haïtiennes, le secteur privé des affaires, l’université, bref toutes les couches de la société. Le nombre d’Haïtiens qui se font soigner en République dominicaine ainsi que les appels récurrents à l’aide pour se rendre à Cuba pour le traitement d’un cancer ou d’autres maladies doivent attirer l’attention. On pourrait dire autant de notre système éducatif qui peine à fournir les ressources humaines nécessaires pour amorcer le développement du pays. Quel que soit le domaine considéré, le constat est, sans l’ombre d’un doute, alarmant. Face à un tel constat, il faut éviter que le processus électoral en cours débouche sur une nouvelle crise politique. Car il est temps de passer à autre chose.