Haïti a à sa tête un président élu. Jovenel Moïse a prêté serment ce mardi 7 février et a délivré sa première adresse à la nation, depuis le palais national après une célébration œcuménique. Devant Dieu et devant les hommes, il est le président de tous les Haïtiens. Dans son message de circonstance, il n’a pas fait l’économie d'appeler à l’union, à la collaboration de tous. « M ap bezwen tout moun alawonnbadè, tout ansyen kandida, ni moun ki te vote kont mwen yo avèk sak te vote pou mwen yo », a clamé le président. Comme pendant la campagne électorale, le président Moïse a promis le changement. Il a même rappelé qu’il a été élu à cette fin. « Nou banm yon manda pou mwen fè chanjman. Mwen pral fè chanjman ! » La grande question est de savoir avec quelle équipe et quels moyens. Comme cela est une habitude à chaque investiture, il n’y a pas encore d’indices concrets sur le nom du prochain Premier ministre, des ministres ou des membres du cabinet particulier du président. Il y a des rumeurs et ceux qui avaient espéré une annonce forte du chef de l’État sur sa prochaine équipe ou l’orientation de celle-ci pendant le premier discours ont été déçus. Même discrétion sur les moyens financiers pour soutenir le changement. PetroCaribe est une portion congrue qui n’a laissé que des dettes et des chagrins. Le budget de l’État n’est pas extensible. De nouvelles taxes n’ont pas été annoncées. Les Dominicains surveillent comme le lait sur le feu ce que nous voulons faire pour que nos frontières cessent d’être une passoire. Il n’y a pas encore d’annonce du président d’une tournée chez nos grands bailleurs de fonds. Aucune institution internationale ne prête à Haïti depuis près de dix ans. La dernière tentative de nous mettre à l’argent des Chinois a fait long feu. Le sort du prêt pour rénover l’aéroport international de Port-au-Prince est mis sous les boisseaux depuis des mois. Le vrai changement n’ira pas loin avec des dons et la charité. « Nou kapab si nou vle. Men se mantalite nou pou chanje », a déclaré ce mardi le président Jovenel Moïse. C’est vrai. Mais c’est un chantier tout aussi ardu que tous les autres et, là encore, on ne sait pas si ce sont les trois journées de prières sollicitées ou les états généraux sectoriels promis dans le discours qui vont donner le coup d’envoi de ce changement de mentalité. Il reste quatre ans et trois cent soixante-quatre jours au président pour implémenter sa vision. Il devra lentement se hâter pour réussir sans peine. Boileau, dans son Art poétique, n’a-t-il pas prescrit avec raison: Hâtez-vous lentement et sans perdre courage ; Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage ; Polissez-le sans cesse, et le repolissez.