Vingt-quatre heures après son investiture comme président de la République, Jovenel Moïse n’a pas tardé à entrer en consultation avec les présidents des deux chambres sur le choix du nouveau Premier ministre, étant donné qu’il n’y a aucun parti majoritaire au Parlement. Le groupe majoritaire, l’Alliance des parlementaires pour Haïti (APH), constitué à la Chambre des députés de 64 membres, est un bloc politique incontournable. Cependant, ce bloc ne peut prétendre proposer un Premier ministre au président, si l’on s’en tient au respect des prescrits de notre Charte fondamentale.
Le poids du bloc APH à la Chambre basse ne représente aucune garantie à la Chambre haute. Seul un parti politique représenté majoritairement dans les deux chambres peut proposer au chef de l'Etat une liste pour le choix d’un Premier ministre. Tel n’est pas le cas pour l’instant. Toutefois, le président de la République ne saurait prendre la liberté de choisir son Premier ministre sans l’appui de cette entité, qui contrôle la Chambre basse. Les pourparlers entre Jovenel Moïse et les représentants des blocs politiques dans les deux branches du Parlement constituent la voie idéale pour parvenir au choix d’un nouveau Premier ministre.
En prenant l’initiative de faire circuler le nom du président de la Chambre des députés, Cholzer Chancy, comme éventuel Premier ministre, les parlementaires s’appuient sur le bloc majoritaire et le soutien qu’ils avaient fourni à Jovenel Moïse à l’occasion de la présidentielle. Rien ne laisse prévoir que l’adhésion des parlementaires du PHTK à Cholzer rejoint celle du directoire du parti. Si les objectifs du parti sont différents de ceux des parlementaires sur le choix du Premier ministre, l’initiative du président de la Chambre des députés ne durera que l’espace d’un matin. Plus les jours passent, plus les parlementaires deviennent de plus en plus prudents sur ce choix. La prestation de serment de cinq nouveaux sénateurs élus prévue la semaine prochaine, dont quatre vont grossir les rangs du groupe des sénateurs du PHTK et alliés, pourrait compliquer davantage ce choix au niveau de la Chambre haute.
Dans un sens comme dans l’autre, Jovenel Moïse va procéder au choix d’une personnalité pour devenir Premier ministre dans les jours qui viennent. Il doit s’assurer que ce choix reflète les attentes des groupes majoritaires au Parlement. Il doit multiplier les pourparlers avec les blocs politiques dans les deux Chambres, quel que soit le nom qu’il aura retenu. Avec le support des parlementaires du parti qui l’a porté au pouvoir et celui de ses alliés, il doit pouvoir convaincre les uns et les autres sur l’opportunité de son choix. La nomination de ce nouveau Premier ministre ne doit pas être l’origine d’une opposition contre son pouvoir au sein du pouvoir législatif.
Choisir une personnalité qui répondra aux attentes des parlementaires et qui doit être capable d’assurer une gestion rigoureuse des faibles ressources de l’Etat demeure l’objectif majeur que le président de la République doit pouvoir atteindre dans cette conjoncture controversée.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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