Après le prêtre devenu ministre ou le ministre ancien prêtre, la directrice poursuivie par un juge ou le juge devancé par la directrice, après le discours et le selfie ravageurs, c’est au tour du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) d’être au devant de tourments sans nom. La démission de la grande vedette du RNDDH et ses accusations graves de collusion mettent l’organisation, fer de lance de la lutte contre la corruption et autres dérives antidémocratiques, dans ses petits souliers.
Il pleut des vertes et des pas mûres au pays de la banane.
Toutes ces nouvelles chaudes, qui font la joie des réseaux sociaux et des commentaires sans conséquence, dessinent le profil d’un pays mal en point. Nous avons de gros déficits d’efficacité, d’honnêteté et de prévoyance à combler.
En parlant de déficit, ceux de l’économie nationale ont porté les services consulaires de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à fixer à 75 gourdes leur taux de référence pour un dollar américain. Ce tarif est en vigueur pour les actes à payer au consulat.
Ce n’est pas la première fois que l’ambassade des USA en Haïti fixe son taux de change. A chaque fois, cela est une indication de leur vista de l’économie haïtienne. La décote de la gourde, si on lit entre les lignes définies par ce nouveau taux, ne pourra pas, dans les prochains mois, rencontrer la promesse faite par les autorités de freiner sa dépréciation.
La décision de faire payer 75 gourdes pour un dollar indique que les experts américains de notre économie croient que la gourde va continuer à perdre des points face au dollar. C’est un désaveu des mesures annoncées et des espérances officielles.
Aujourd’hui, le taux de change effectif ne dépasse pas 70 gourdes pour un dollar, mais la mesure du consulat va servir de ligne directrice pour tous ceux qui spéculent, qui investissent, qui font du change. Ce n’est qu’une question de temps pour que le seuil soit atteint.
Comme une mauvaise nouvelle arrive rarement seule, la publication par l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (IHSI) de l’indicateur conjoncturel d’activité économique (ICAE) pour le 1er trimestre de l’exercice fiscal 2016-2017 démontre un ralentissement certain de l’économie haïtienne comparée à la même période l’an passé.
Ce ralentissement a sans doute permis de freiner ces derniers mois le rythme de dépréciation de la gourde. Si l’économie repart, comme nous importons presque tout, la course au dollar reprendra et le billet vert s’appréciera. Si l’économie continue de stagner ce ne sera pas une bonne nouvelle non plus. Avec moins de dollars disponibles et des besoins incompressibles, le billet vert vaudra plus cher.
Tout est dans la vitesse, mais la trajectoire semble être tracée pour qu'un dollar s’échange pour de vrai à 75 gourdes.
L’administration Moïse-Lafontant peut se consoler que les nouvelles loufoques occupent l’actualité, mais tôt ou tard, les préoccupations sérieuses vont reprendre le dessus. Les nouveaux responsables ont tout intérêt à bien gérer le temps de grâce et à chercher les voies de relance de la machine Haïti.
La gourde est mûre. Le billet vert va continuer à la cueillir.
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