Le président Jovenel Moïse a rencontré une trentaine de directeurs de médias, jeudi au palais national. Depuis son investiture le 7 février dernier, c’est la première rencontre formelle entre le président et les directeurs de médias. Les présidents des deux associations du secteur, l’Association des médias indépendants d’Haïti (AMIH) et l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), ont aussi pris part à la rencontre.
Après un tour de table pour s’enquérir de la lecture des patrons de médias de la situation du pays et un diagnostic des organes de presse par certains concernés, le président Moïse a fait part de ses attentes et a répondu à des questions.
Oui, la livraison des passeports s'est grandement améliorée. En Haïti et en République dominicaine, on est en train de répondre à toutes les demandes. Pour ce qu'il est du sort des Haïtiens sans papiers en République dominicaine, Haïti a obtenu un nouveau délai qui expire le 21 juillet.
Oui, le budget rectificatif sera bientôt déposé au Parlement. Il a été adopté ce jeudi en Conseil des ministres. La convocation en Assemblée nationale extraordinaire sera acheminée aux parlementaires pour les suites nécessaires. Le président est confiant qu’avant le 30 juin le budget pour le prochain exercice fiscal sera déposé à son tour devant le Parlement.
Non, il n’y a pas eu d’achat de nouveaux équipements lourds pour équiper la caravane du changement qui travaille dans l’Artibonite. Le secteur privé a fait des prêts de tracteurs et de camions, l’État a eu recours à deux locations d’équipements, tout le reste appartient au Centre national des équipements (CNE), a déclaré le président.
Non, il n’y a pas eu de dépassement de budget. Les 197 millions de gourdes, le budget de la caravane, proviennent de fonds disponibles dans les allocations des ministères. Il n’y a pas eu de dépenses supplémentaires même si des travaux additionnels sont en passe d’être réalisés avant le départ de la caravane pour un autre département géographique.
Oui, le CNE a des équipements dans la nature. Sur plus de 500 tracteurs et camions, moins de deux cents sont en service. Le président a avoué qu’un député gardait chez lui plus de 12 camions et des tracteurs. Le CNE se bat pour les récupérer. D’autres biens du Centre national des équipements ont été repeints et vendus, a déploré le chef de l’État.
Égrenant les kilomètres de routes réhabilités, les milliers de mètres cubes de déblais sortis des canaux, le linéaire drainé et curé, les milliers d’hectares qui vont entrer en production et l’appui des importateurs de riz qui acceptent de venir investir dans l’Artibonite, le président s’est montré satisfait des résultats obtenus et anticipe une augmentation substantielle de la récolte de riz d’ici la prochaine récolte. La caravane qui prendra fin avant fin juin a accouché de résultats tangibles, selon Jovenel Moïse.
Signe suprême du succès de l’initiative, le président a cité le cas d’un étranger, importateur de riz, qui cultive lui-même au Guyana le riz qu’il vend en Haïti, qui s’est dit prêt à venir planter du riz en Haïti pour satisfaire le marché local.
Comme d’habitude, le président est apparu calme et serein. Il a écouté. N’a rien promis. Il dit attendre des médias un cahier des charges du secteur. Les présidents d’associations vont se charger de la tâche de séparer les demandes ponctuelles des impératifs pouvant faire avancer la presse en général. Tout un chantier.
Pendant toute la rencontre, le président Moïse était accompagné de son chef de cabinet, Wilson Laleau. Plusieurs de ses conseillers l’entouraient. Assis, derrière son dos, en rang d’oignons, les quatre porte-parole de la présidence semblaient apprendre autant que les directeurs de médias des propos du président.
Cela est apparu particulièrement flagrant quand le président a abordé sa rencontre avec le secrétaire à la Sécurité intérieure des Etats-Unis, John Kelly. Invité par ce dernier à se rendre à Miami, le président s’y rendra dans une quinzaine de jours.
Un confrère feu-follet, à la fin de la rencontre, voulait à tout prix demander aux porte-parole si ce n’est pas une faute de goût pour le président de la République de répondre à l’invitation d’un simple ministre américain, même pas du secrétaire d’État. Il s’est contenu.
Selon lui, les porte-parole n’auraient rien à dire sur la question. Comme sur bien d’autres.
Tout le paradoxe de la politique de communication de l’administration Moïse-Lafontant est là. Les postes sont occupés, mais les missions ne sont pas toutes remplies. Seul le président existe pour le moment.
Dans un avenir proche, il est prévu que les patrons de médias rencontrent le premier ministre, a promis le président. Ce jour-là on en saura plus sur la marche de tout le gouvernement. Pour le moment, seule la présidence existe.
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