La facture pétrolière a été revue à la hausse. Les coûts des transports publics aussi. Le gouvernement cherche cependant à contenir la hausse des salaires. Ses deux alliés sont les syndicats de transporteurs publics (potentiels déclencheurs de grève) et les patrons du secteur textile (qui promettent des milliers d’emplois supplémentaires).
Pour passer la période difficile, Jovenel Moïse a fait son choix. Il mise sur l’avenir. Il dorlote chauffeurs et patrons. Le gouvernement espère que l’équilibre social pourra être maintenu à ce prix.
Mercredi, le chef de l’État a installé deux piliers de sa politique. Une commission pour moderniser les transports et une nouvelle mouture du Conseil supérieur des salaires. De part leur composition, les deux instances sont déjà réputées proches des syndicats de chauffeurs et des patrons de la sous-traitance.
Alors que le gouvernement intervient sur le front social, il négocie avec le Fonds monétaire international (FMI). Le président Jovenel Moïse et son premier ministre Jack Guy Lafontant donnent des gages de bonne gestion pour espérer des aides en retour dans les mois à venir. Le gouvernement étreint, comme celui de Jocelerme Privert, la ceinture de chasteté dite du « Cash management ». Au jour le jour, les dépenses publiques seront limitées aux entrées du gouvernement. Le recours au financement monétaire sera réduit à ce qui est convenu avec le FMI.
En conférence de presse mercredi, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Jean Baden Dubois, entouré des sénateurs membres de la Commission Finance, a félicité le gouvernement pour sa discipline et son engagement. La BRH déploie depuis des semaines des efforts considérables pour redonner un peu de couleur à la gourde. Cela donne des résultats. Le taux de référence du change gourdes-dollars est revenu à ce qu’il était en mai 2016, soit autour de 62 gourdes pour un dollar américain. La performance est remarquable. Il est signe du ralentissement de l’économie aussi. De la contraction des dépenses publiques.
Mais, il y a un mais, les prix après l’emballement -lorsque le dollar valait 70 gourdes- tardent à redescendre à un niveau acceptable. Le différentiel entre le taux à l’achat et celui à la vente du dollar n’a jamais été aussi élevé. Plusieurs commerçants continuent d’imposer leur taux de change, soit 67, 68, 69 gourdes pour un dollar, ignorant les taux affichés dans les banques.
Comme cette forme de spéculation, le gouvernement ne peut pas grand-chose.
La tentative du ministère du Commerce et de l’Industrie d’imposer l’affichage des prix en gourdes n’a pas encore donné de résultats.
Alors qu’il n’a pas d’argent pour mener grande vie, alors que le budget rectificatif déposé devant le Parlement a été réduit comparé à celui de l’administration Privert-Jean-Charles, le tandem Moïse-Lafontant est encore incapable de procéder aux révocations entrevues depuis que le premier ministre avait fait un bilan désastreux de l’état de l’administration publique et des sureffectifs dans plusieurs secteurs.
Les temps sont durs. Le gouvernement devrait lancer la machine, mettre en marche des projets, multiplier les investissements, pour réveiller une économie en sommeil depuis la fin des temps euphoriques de l’administration Martelly-Lamothe, mais il ne dispose pas des ressources financières pour le faire.
Les temps sont durs. Le gouvernement ne peut qu’espérer que cela passera vite et que d’ici octobre cela ira mieux. Un pays ne peut pas avancer au rythme du cash management et de l’équilibre social supporté par les plus pauvres.
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