Un bien, un mal. C’est ainsi que l’on voit la journée du jeudi 22 juin 2017 dans la vie de la Police nationale d’Haïti. Un bien, car, après des mois de filature et d’enquête, les limiers de la PNH ont réussi à mettre la main au collet de deux des présumés violeurs impliqués dans le viol collectif d’une demoiselle dans les hauteurs de Pétion-Ville, en décembre 2016.
De partout, instantanément, un ouf de soulagement a suivi l’annonce de l'arrestation. La nouvelle a fait le tour des téléphones du pays, WhatsApp aidant. On s’en est réjoui, on a félicité la police, on a voulu voir la tête des jeunes qui s’étaient assemblés en bande pour perpétrer un viol en réunion, une tournante, yon tren, yon gèdè, yon bibil, comme on nomme en français ou en créole cette pratique.
Leur photographie puis une vidéo allaient très vite voler la vedette à la nouvelle. Et le mal prit la place du bien. Sur les premières photos, les deux présumés coupables sont méconnaissables. Visiblement battus pour ne pas dire maltraités ou torturés. Le visage en sang. Des hématomes visibles. Le regard hagard. Les deux jeunes hommes avaient sans aucun doute possible passé un sale quart d’heure entre le moment de leur capture et celui de leur exhibition devant les caméras des policiers qui ne tardèrent pas à partager leur trophée.
Dans la vidéo qui s’ensuivit, on voit les deux jeunes hommes incités à se frapper, à se mordre, à s’embrasser, sous les yeux de policiers, dans l’enceinte d’un poste de police. Comme le viol avait été filmé, on a l’impression que les policiers ont voulu rejouer l’insoutenable scène à l’envers. Les violeurs-filmeurs sont devenus des battus filmés.
Si le commissaire chargé du poste a condamné l’action de ses hommes, si le directeur général de la PNH a sorti une note officielle le jour même pour dénoncer les policiers, si trois membres de la PNH sont en isolement et qu’une enquête soit ouverte, cette nouvelle bavure a permis de mettre à nu l’acceptation de la violence par plusieurs couches de la société haïtienne.
Nombreux sont ceux qui ont jugé normal le comportement des policiers sous prétexte que les présumés violeurs sont coupables ou qu’ils n’avaient pas eu de scrupule à commettre le crime qui leur est reproché. Certains réclament même le « œil pour œil, dent pour dent » contre eux.
Faut-il rappeler que la police ne prononce pas de sentence ? Ne décide pas des verdicts ? Que la police n’a pas à frapper ni à humilier personne même si dans le jargon des « papas », comme les policiers se nomment entre eux, il est admis de « donner de l’affection » à des présumés coupables condamnés d’avance ?
Pour que le respect des droits humains, de tous les humains et de chacun de leurs droits, devienne un réflexe naturel dans les rangs de la police, le travail de pédagogie en cours doit se poursuivre.
Là où on doit s’inquiéter, c’est au niveau de la société haïtienne en général où personne ne se coltine cette tâche. Le chemin est encore long avant de voir l’indignation se généraliser devant un abus indécent et une violation flagrante d’un droit humain.
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