« Kote entèl ? Li ale Chili ! » Le slogan a eu son heure de petite gloire et même une meringue carnavalesque a cru bon ironiser sur nos milliers de compatriotes qui ont pris la route du pays de Beauséjour, de Pinochet et d’Allende pour parler des trois Chiliens les plus connus ici : le footballeur, le dictateur et le révolutionnaire.
Depuis la publication de l'article de notre édition de lundi avec les statistiques officielles sur les transferts de fonds opérés par les milliers d’Haïtiens qui vivent au Chili, 36 millions de dollars en 2016, on ne parle plus de nos « Chiliens » de la même façon. Si la perception n’a pas encore changé, nombreux sont ceux qui se disent qu’ils n’ont pas perdu leur temps.
Le Chili est une terre d’opportunités payantes. La diaspora haïtienne au Chili, car c’est bien de cela qu'il est question, est devenue la plus généreuse envers le pays après celle installée aux États-Unis. On ne sait pas combien de temps durera la lune de miel, mais, pour le moment, on en déguste les fruits.
Le marché haïtien de l’emploi assiste avec plaisir au transfert de main-d’œuvre qui s’opère sans frais pour lui. Le secteur privé se réjouit sans doute de cette nouvelle source de devises. L’État taxe les virements et se décharge de toute responsabilité dans l’exode.
Le Chili est demandeur, chaque passager paie son voyage sans rien demander aux pouvoirs publics. Le gouvernement et la société jouent aux heureux Ponce Pilate.
Sur ce pays où coulent de nos jours le lait et le miel, tenons-nous des statistiques pour évaluer la quantité et la qualité de la présence haïtienne ? Avons-nous ajusté nos représentations consulaires et diplomatiques en conséquence ? Réfléchissons-nous sur comment accorder conseils et appui à ceux qui partent, à ceux qui s'installent ? Sans doute non. Haïti, comme pour tous les autres épisodes de migration, se contente d’attendre et de récolter les devises.
À quand une politique migratoire digne de ce nom pour comprendre, réguler, optimiser la principale source de rentrée de fonds frais du pays ? Jusqu’à présent, l’administration Moïse-Lafontant se comporte comme ses devancières : elle jouit, sans effort, des ardeurs au travail de la diaspora comme d’une rente qui lui est due.
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