Il y a un produit qui attire tous les regards depuis des années. Qui n’y a pas goûté sur une cour de récréation ? Qui n’y regoûte pas pour retomber en enfance ou pour calmer une faim tenace dans un embouteillage ? Le produit, inchangé depuis des décennies, est notre fameux papita.
30 ans de cela, un sachet de papita se vendait 50 centimes de gourde. Un dollar américain valait 5 gourdes à l’époque.
Ce 7 juillet 2017, le sachet de papita se vend 15 gourdes. Le dollar américain vaut 64 gourdes.
Le sachet de papita a vu son prix en gourde multiplié par 30. La valeur du dollar a été multipliée par 12.8.
Le sachet de papita, qui se vendait l’équivalent de 10 cents américains, vaut aujourd’hui 23 cents américains, soit 2.3 fois plus.
Le papita, de fines tranches de banane plantain, frites et salées, puis insérées dans un petit sachet en plastique transparent, n’est peut-être pas un indicateur fiable de la hausse des prix et de comparaison de l’évolution des deux monnaies qui ont cours dans le pays depuis un siècle, mais il demeure un étalon comme un autre.
Pour certains, il permet de voir de façon concrète comment on gruge le consommateur. Le prix du sachet en gourde a été multiplié par 30 en trente ans. Le marchand de papita devait vendre 10 petits sachets pour se faire un dollar américain en 1987. De nos jours, 5 petits sachets lui rapportent US $ 1.17.
Pour d’autres, le papita peut être vu comme un indice de décapitalisation des petits entrepreneurs en Haïti car ils ne font pas, et personne ne leur propose, des études de marché ni ne bénéficie d’aide à la fixation des prix. Le sachet de papita aurait pu se vendre $ 1.28 pour respecter la prise de valeur du dollar.
La fixation des prix n’étant pas une science aussi simple qu’une multiplication, il y a sans doute des dizaines de considérations à évaluer pour trouver l’explication rationnelle qui porte les marchands de papita à fixer leur prix. Dans un sens comme dans l’autre, cela a des implications pour eux, pour les consommateurs.
En plus de l’inflation et de la décote de la gourde par exemple, le papita est-il en concurrence avec un pate kòde ? Avec un fritay ? Avec un sachet de bonbons salés importés ? Le papita est-il un produit à part qui a une valeur propre ? Quelle est la valeur ajoutée de chaque paquet de papita, au-delà du prix de la banane, du sachet, du sel, de l’huile, du feu, de la main-d’œuvre, du transport, de la disponibilité ?
Qui en Haïti a mené enquête ou étude sur les petits métiers, sur les petits commerces ? Qui proposera un jour la création d’une association des fabricants, des marchands, des revendeurs de papita ? Qui proposera une coopérative qui leur permettra d’acheter en gros, d’avoir une marque, de respecter des normes et, pourquoi pas, d’exporter ?
Papita, tablette noix, douce Macos et autres produits prisés par les Haïtiens ne sont pas reconnus comme tels. Ils ne sont pas valorisés. Personne ne voit l’économie, la production, le marché et les emplois qui, par milliers, ne sont pas comptabilisés dans nos gros livres.
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