Pourquoi les pays qui disent qu’Haïti n’a pas besoin d’armée, ont une armée ?
Cette question est, jusqu’ici, demeurée sans réponse alors que toutes les nations soucieuses de leur indépendance ont, au cours des âges, entretenu - et entretiennent encore de nos jours - une armée permanente fondée sur un système de recrutement militaire ou conscription avec des effectifs suffisants et instruits conservés sous les drapeaux et maintenus sur le qui-vive pour parer à toute éventualité en attendant l’appel de réserves mobilisées.
« L’armée, c’est la colonne vertébrale d’un pays. C’est sa force et sa grandeur. On y connaît des rapports solides, directs, fraternels. On y apprend la discipline, l’honneur, le courage, le respect du chef, la rigueur, l’amour de la patrie. »
Faiblesse et partialité
Notre société, on ne saurait le nier, a besoin d’être réformée. Les passions ont tellement émoussé le patriotisme que chacun semble voir avec indifférence le triomphe de l’anarchie. Un nombre impressionnant de compatriotes ont pu renoncer à la grandeur. Nous prenons peu à peu l’habitude de l’humiliation au point qu’elle nous enveloppe comme une seconde peau, et la peur, l’intérêt et le désespoir l’emporteront peut-être pour des mois et, qui sait, des années encore. Nous boirons le calice jusqu’à la lie. Que de forces tirent à hue et à dia ! Le pays n’est plus qu’un pauvre jouet sur l’océan des aventures et, comme une fourmilière crevée, s’agite dans le désordre en feignant de continuer à jouer son rôle.
Est-cela la souveraineté ?
À cette situation résultant d’un ensemble d’éléments bien définis responsables d’accidents divers, un redressement s’impose comme une absolue nécessité pour dissiper la puissance active et éviter toute décomposition dans l’évolution prochaine des événements. Le désir de souveraineté d’une nation est la condition même de son existence. C’est d’abord en soi et de soi qu’on attend le salut pour assister à la remontée de la nation de l’abime. Les jours sans clarté passeront immanquablement. Tout recommence toujours. Les hommes passent, un régime en emporte un autre, mais la patrie reste et c’est par son armée qu’elle reprendra sa place.
Qu'en est-il de la citoyenneté?
Même ceux qui ont bénéficié d’une instruction gratuite depuis la maternelle en passant par les lycées jusqu’aux facultés, ne consentent pas, tous les cinq ans durant la journée des élections, à donner leur concours dans un bureau de vote sans rémunération. Quels sont ceux qui nourrissent l’ambition de payer à la patrie l’impôt du sang ? Dans un pays en proie à des abérrations pareilles, l’armée ne serait-elle pas pour lui la meilleure école de fusion où se pratiquent les grands principes d’égalité et de fraternité et où se confondent les différentes conditions sociales sans aucune aigreur à personne ; où les faveurs ne s’accordent qu’au mérite, à l’intelligence, à la bravoure, au plus digne en un mot ?
Erreurs de navigation, dérive
Ce n’est qu’après la démobilisation de l’armée qu’on s’est rendu compte qu’il fallait une réponse militaire à la situation de détérioration interne du pays. Les anciens militaires éparpillés à travers la République, suppléaient amplement à la carence. Par leur présence, ces braves assuraient, à visage découvert, la sécurité dans les villes de province livrées à elles-mêmes, à la satisfaction de la population et jouissaient de la sympathie de tous. Les revendications énumérées dans leur dossier ne prêtaient pas à conséquence. Il valait mieux s’occuper d’autres plus urgentes et surtout plus sérieuses. Or il n’y a pas de détail mineur, d’acte sans importance quand on dirige. Un grain de sable suffit pour enrayer tout un mécanisme.
Ne pouvions-nous compter que sur la MINUSTAH ?
Une fois de plus, nous ne pouvons suffire à nous-mêmes. Sans le concours de l’étranger qui est guidé par son intérêt, nous ne pouvons rien régler. La Minustah, mal nécessaire composé de morceaux d’armées venus d’un peu partout, nous a apporté, en plus du choléra qui n’est, paraît-il, qu’un dommage collatéral, un détail, « abse sou klou », le simulacre de la stabilité qui prévaut aujourd’hui :
- chiffres impressionnants de morts par balle divulgués par la police nationale ;
- vols à main armée avec implication de policiers ;
- kidnapping et vols de voitures ;
- insécurité pernicieuse, cambriolages, attaques de bandits sur les routes, rançonnage des passagers ;
- grèves dans les hôpitaux publics et mobilisation des professeurs, des tribunaux, des greffiers, à l’OAVCT, à la FAES , des travailleurs de la sous-traitance, accompagnées de manifs occasionnant des bris de glaces des voitures ‘les chiens aboient et la caravane passe’…
Même la Chambre basse est en panne de ses élus ! Les députés du peuple ont brillé par leur absence aux trois séances hebdomadaires prévues par le règlement, (Le Nouvelliste du 21 juillet 2017). Dans l’état actuel des choses, le pays n’est pas prêt à recouvrer un état de grâce après le départ de cette force étrangère qui aura lieu dans trois mois. On ne s’y est jamais préparé et il ne faudra pas confondre vitesse et précipitation !
À ceux qui disent : À quoi bon l’armée ? Avons-nous besoin d’une armée ?
Méditons sur les paroles du général BARDIN* :
« Les armées permanentes sont un mal devenu nécessaire. Un gouvernement qui n’entretiendra pas une force respectable ferait peut-être, aux jours du péril, de vains appels au peuple, car les constitutions militaires ne s’improvisent pas. »
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Une nouvelle Constitution, pourquoi faire ?
Pendant les 30 années de son existence, la Constitution de 1987 a été violée un nombre incalculable de fois sur des articles différents. C’est la plus longue, certes, mais c’est parce qu’elle entre dans trop de détails qui pourraient faire l’objet de lois susceptibles d’être modifiées plus facilement ce qui réduirait aussi le nombre de viols. A titre d’exemple, tous les articles du chapitre I des Forces armées du Titre XI de la force publique se trouvent déjà dans les règlements militaires, comme proposé au Titre VIII de la Constitution de 1950. Ces coupures serviraient à restreindre le nombre d’articles – qui font d’Haïti un petit pays détenant la plus longue Constitution (298 articles) comparée à celle de la France (89 articles)./.
Gisèle Apollon
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