J’ai toujours eu une fascination pour les intellectuels. Cette quête permanente d’universalité, ce double conflit, d’abord introspectif et ensuite envers le monde dans lequel ils évoluent. Ceci est le recul nécessaire pour prendre conscience d’une situation. Cette capacité d’avoir de la perspective et de garder leur indépendance et leur authenticité à tous coups, eux qui sont orientés uniquement vers la vérité.

Albert Jacquard, brillant diététicien et humaniste français, dont les travaux ont mis en miettes les théories racistes et racialistes, était un de mes intellectuels préférés. Jean Paul Sartre quant à lui est sans doute l’homme dont la probité et l’intégrité m’ont le plus marqué. Ce sont d’ailleurs deux qualités indispensables, réclamées à un intellectuel. J’avais à peine 17 ans, en 1979, lorqu'à la télévision une image m’interpella. Sartre serrant la main d’un homme, Raymond Aron, son ennemi d'une trentaine d’années de polémique. La raison de leur rapprochement ? Ils s’étaient réconciliés autour d'une cause commune : les boat people asiatiques (Vietnam et Cambodge). Je venais d’apprendre qu’il y avait des choses plus grandes que notre ego.