Il a plu des cordes vendredi soir sur Port-au-Prince et d’autres régions du pays. Ces pluies torrentielles – comme une grâce divine pour les croyants – sont venues mettre fin à un concert d’armes automatiques au Bicentenaire et dans les quartiers avoisinants. Avant la rentrée des classes ce lundi 3 septembre, des gangs armés voulaient peut-être rappeler que toutes les dispositions n’ont pas été forcément prises pour garantir cette rentrée comme le prétendent les autorités. Si des dizaines de milliers d’enfants ont hâte de reprendre (ou de prendre) le chemin de l’école, il n'est pas certain pour beaucoup d’autres. Pour des raisons diverses. Pour des raisons connues depuis plusieurs années. D'autres parents et leurs enfants sont encore dans l’incertitude pour une raison spécifique : des gangs armés prennent leurs quartiers de résidence en otage. Ils le font quand ils le veulent. Après quelques semaines de répit, les vieux démons réapparaissent. Les gangs ont paralysé vendredi toutes les activités et coupé du coup toute connexion par voie terrestre entre Port-au-Prince et quatre départements. Comment des bandits armés peuvent-ils bloquer quand ils veulent la seule voie d’accès à quatre départements du pays ? Espérons que la police nationale résoudra ou améliorera la situation pour ne pas gâcher cette année scolaire placée paradoxalement sur le thème « Une école inclusive pour une nation solidaire.»
Le thème de l’année académique est beau. Beau à entendre. Une école inclusive, c’est le souhait de plus d’un. Donner les mêmes chances de réussite à tous nos enfants. Sans poser des actions concrètes avec cette école à plusieurs vitesses que nous avons, cela ne restera qu’un rêve, que le titre d’une fable ou d’une poésie. L’un des principaux chantiers que se donne le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle cette année est de « voir tous les enfants haïtiens bénéficier d’un seul et même enseignement, vaincre les inégalités de naissance ou d’origine et offrir à tous la possibilité d’accéder à une même éducation scientifique, historique, morale, briser la barrière de langues et créer les places assises indispensables pour tous les enfants qui sont encore en dehors du système ». Avec un gouvernement qui liquide les affaires courantes, quel sens peuvent avoir de si belles phrases quand l’on sait que le ministre n’est pas là pour longtemps, à moins qu’il soit reconduit ? Au-delà des discours, le chantier est si vaste que l’on se demande s’il n’y a pas une pointe d’exagération dans les propos du ministre démissionnaire. Les ministres se sont succédé et ont passé la plupart de leur temps à gérer les arriérés de salaire des enseignants, à construire ou rénover des salles de classe et à organiser des examens officiels. Plus d’enfants ont certes accès à l’école, mais la réforme du système éducatif dont on parle depuis quelques décennies n’a jamais démarré. Nous entamons une nouvelle année scolaire avec les mêmes défis.





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