Depuis quelques jours j’ai arrêté d’écrire, me disant à moi-même : qui lit vraiment mes réflexions ? En fait, qui, en Haïti, se donne actuellement le temps de lire un article de deux pages ? D’ailleurs, à force de tripoter son téléphone cellulaire, de parcourir les réseaux sociaux en quête de rumeurs, canulars et «zins» de toutes sortes, en fin de journée l’esprit et les yeux sont fatigués et totalement épuisés. Vu qu’écrire est resté mon unique arme de défense, en observant le PetroCaribe Challenge qui risque de se ramener à un «Rara-Petro Caribe», je ne trouve aucun autre moyen de crier haro sur nos habituels et éternels tourbillons sociopolitiques.
Nos mouvements sociopolitiques, comme les nordés ou les alizés balayant systématiquement notre territoire, se forment et se soulèvent par saison sans qu’on ne s’explique trop le pourquoi, le comment et le timing. Mais pire, sans le moindre changement de direction. Seulement nous pouvons être unanimes à reconnaître que les conséquences sont toujours désastreuses, les mêmes cibles sont touchées : les pouvoirs politiques ébranlés, des mouvements de population laissant au passage les tessons de la brisure, les déchirures, les ruptures et sans répit, comme par vagues, on se remet au réassemblage et rapiéçage automate des mêmes tares, des mêmes déchets en attente d’un autre mouvement similaire pour les mêmes raisons, avec les mêmes ingrédients, les mêmes acteurs et/ou leurs enfants ; sauf les slogans ont changé en faveur d’autres plus entraînants et puis … et puis les mêmes casses, le même abîme à piocher avec fracas le fond.
Le mouvement baptisé PetroCaribe challenge est mu par un cri, c’est comme le souffle ranimant un tison,mais à lui seul ne suffit pas pour rassembler les brindilles sèches, créer le grand brasier, disposer des pièces de bois forts, plus réticents à devenir cendres, agencer de manière à laisser circuler l’air et à raviver la flamme. Le cri s’est fait écho aux quatre coins du monde «Où est l’argent de PetroCaribe ?»
On sent le souffle et sa puissance portant cette réquisition, mais où sont les têtes pensantes pour définir une stratégie, une tactique pour qu’on n’étouffe pas le dossier, pour qu’on ne s’essouffle pas trop à battre le macadam ? Où sont les mains expertes rassemblant les éléments de dossiers et de preuves et orientant les procédures ? Est-ce qu’il ne serait pas nécessaire de commencer à constituer des cabinets d’experts ? À organiser un petro-tamboula pour dignement constituer un fonds capable de répondre aux actes de procédure ? «Où est l’argent de PetroCaribe ?» ce pourrait être le cri d’éveil d’une grande léthargie avec une volonté certaine et inaliénable d’une réponse claire et déterminante.
Cependant, l’éveil contre le vol et le pillage du fonds PetroCaribe pourra se révéler une arme à double tranchant pour cette génération. Il peut permettre la reconquête de l’estime de soi du peuple haïtien, tisser la patience et la foi dans l’organisation des mouvements et de l’engagement à la justice, au changement vers la dignité, le développement et la paix ; mais, si comme les autres mouvements tout se termine dans la débandade, la perception d’une culpabilité collective, l’essoufflement, l’amalgame, la banalisation du dossier ; eh ben ce sera foutu ! la dégringolade va s’accélérer, l’indignation va pousser à la pire dépravation et à la plus grande migration des jeunes.
Tout le monde ne peut être au front sur le macadam à s’époumoner. PetroCaribe, c’est un dossier complexe impliquant au moins cinq États (Haïti, Venezuela, Cuba, République dominicaine et États-Unis d’Amérique), des accords bi et multilatéraux avec en devises de transaction le dollar. Plus d’une vingtaine de firmes et de contracteurs impliqués dans des contrats et marchés divers avec l’État haïtien ou l’État vénézuélien en plus des banques haïtiennes et étrangères garantes de ces contrats, des personnes physiques et morales venant soit comme maîtres d’ouvrage, maîtres d’ouvrage-délégués, soit comme maîtres-d’œuvre.
Maintenant dans la stratégie de demander des comptes qui identifie les garanties, leur montant et les banques garantes ? Quels sont les avances et les décomptes ? Où sont passés les montants des pénalités sur retard, elles se chiffrent à combien? Combien d’organes de l’Etat par besoin, expertise ou fonction sont directement et indirectement impliqués ? Qui pêche par inaction, par action ou par négligence?
Ressources humaines nécessaires pour mener à bien ce combat
a) Il faut identifier au sein de l’État des professionnels de bonne volonté et de bonne foi pouvant se porter, même subtilement, garants de la vigie et de la sécurité des lieux et des archives pour empêcher la distraction des dossiers et l’incendie des lieux liés aux archivages des éléments du dossier.
b) Que la société civile articule des actions citoyennes, administratives et judiciaires pour l’obtention et/ou la passation d’informations utiles, pour l’initiation des actions conservatoires de préservation des éléments de preuves et de protection des témoins ou d’acteurs désirant collaborer aux diverses enquêtes .
c) Des clercs capables de couvrir les réseaux sociaux de tous les éléments d’informations sur l’existence des receleurs, des voleurs, des pilleurs, des transactions et des biens suspects et des prête-noms .
d) Des groupes de la société civile capables d’agir par clameur publique et par enquête médiatique pour pousser les commissaires du gouvernement à agir.
e) Que les médias se mettent de la partie et cessent leur faux jeu de démocratie à donner micro aux présumés prédateurs, pilleurs et voleurs de l’État pour des campagnes de charme.
Où est l’argent de PetroCaribe ? C’est la question pour laquelle nous tous nous devons conjuguer nos efforts pour trouver des réponses. Pas de diversions, pas d’amalgames, pas d’allusions aux autres dérives ou autres rapports sans suite. Une telle attitude suinte la démagogie ou cette résignation au déni de justice du « Nou Tout Koupab ». Non, je regrette, il faut commencer quelque part et cette fois-ci qu’on saisisse la balle PetroCaribe au bond, qu’on avance dans la transparence et l’honnêteté jusqu’à la victoire finale.
Et là, le peuple doit se montrer à la hauteur de ses idéaux, les amuseurs public nous ont fait danser, chanter et rouler saouls dans la boue. Si nous nous éveillons aujourd’hui, que ce soit pour de bon ! On ne peut tout ensemble embrasser au risque de tout mal étreindre. Mais focalisons-nous sur cet ultime combat. Donnons un assaut à la dimension du préjudice subi et qu’à jamais les générations d’après n’oublieront.
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