Pour l’Œuvre baptiste de la Gonâve qui compte – au regard de la typologie de la Convention baptiste d’Haïti - cinq églises (Mare-Sucrin, Pointe-à-Raquettes, Anse-à-Galets, Plaine-Conette, Fond-Plaisir) et quatorze stations (Étroits, Vieux-Barrière, Trou-Louis-Jeune, Trou-Louis, Sous-Platon, Petit-Palmiste, Lotoré, Nan-Café, Grande-Source, Plaine-Mapou, Petite-Source, Bois-Liane, Boucan-Lamarre et Dorval), il fut le bienveillant berger qui avait pris soin de nos âmes ; le généreux berger qui s’occupa, sans faillir, durant 40 ans, soit de 1962 à 2002, à nous maintenir sur les pas du Christ, le divin rédempteur.
Âgé de 81 ans, - ou, comme aurait dit le professeur Leslie Manigat, âgé de quatre fois vingt ans plus un -, le pasteur Reynold Jean-Baptiste a été rappelé dans la maison du Seigneur, après une vie bien remplie, faite, à l’instar de toute vie terrestre, de peine et de contentement, de pleurs et de joie. Mais quel que fût le scénario, il avait su garder sa sérénité. Il fut cornélien dans la douleur, humble dans le bonheur. À juste titre, nous pouvons avec assurance clamer qu’il resta toute sa vie un homme modéré dans le dire comme dans le faire, un homme pondéré qui était toujours dans la mesure tant il évitait l’exagération, l’outrance et l’exubérance. Ce fut un homme de bien !
Beaucoup de théoriciens en sciences sociales considèrent la vie comme un vaste théâtre dans lequel nous tenons tous, à la fois, plusieurs rôles. Une seule et même personne peut, à tout moment, changer de rôle en fonction du script. Vous et moi, nous sommes à la fois père ou mère, enfant, neveu ou nièce, cousin ou cousine, beau-fils ou belle-fille de quelqu’un d’autre. On peut être professeur à l’instant T et devenir à l’instant T+1 le patient, l’auditeur de quelqu’un d’autre. Tout ceci pour vous dire que les facettes de la vie de notre bien-aimé sont multiples et variées, mais celle que nous avons expérimentée dans toute sa vérité et sa splendeur se rapporte à l’œuvre pastorale du Dr Reynold Jean-Baptiste.
Mesdames, messieurs
Frères et sœurs en Christ,
C’est en 1962 que le jeune Reynold Jean-Baptiste débarqua à La Gonâve après avoir réussi ses trois années d’études au Séminaire théologique de Limbé, après avoir gardé durant quelques mois la chaire de l’église baptiste du Cap-Haïtien au titre d’assistant du pasteur Charles Stanford Kelly de la Home Mission, l’ancêtre institutionnel de la Convention baptiste d’Haïti.
À l’entame de sa mission à La Gonâve il n’avait que 25 ans. Un jeune célibataire qui s’était déjà pris d’amour pour Lucienne Toussaint, native du Trou-du-Nord, une commune qui tint bien haut le flambeau du protestantisme dans la région septentrionale du pays du temps de Turenne Gerbier, de Gemina Straight et d’Elie Marc.
À La Gonâve, il fut bien accueilli. Nos grands-parents le prirent pour leur fils, nos parents pour leur frère. Ainsi, en dépit de sa modestie légendaire et sa retenue proverbiale, et malgré lui, il put se fondre dans la communauté gonâvienne au point que sur la place publique de la ville d’Anse-à-Galets, on retrouva jusque dans les années 1990, un siège sur lequel était inscrit en grandes lettres et sur un fond multicolore, le nom du pasteur, l’une des personnalités de la commune.
Car, au-delà de la communauté évangélique baptiste, sa renommée avait traversé l’île entière et sa contribution à la formation évangélique et scolaire de plusieurs générations de jeunes gonâviens était actée. Même si nous savons qu’il n’a jamais été à la recherche de ces louanges encore moins de dithyrambes unanimes, exprimés publiquement par les autorités locales, de manière légitime, au nom de toute une population. Il fut d’avis que son travail étant approuvé par le Ciel, point n’était besoin qu’il fût glorifié sur la terre.
Homme de simplicité, il dédaigna les honneurs passagers de ce monde et réprouva les vendeurs du temple, les chercheurs d’or, les sybarites incontinents qui malmènent l’image du protestantisme haïtien, hier comme aujourd’hui, davantage aujourd’hui, tant qu’ils se sont mis à la quête frénétique de l’argent, de l’opulence, le plus souvent – malheureusement – au détriment de leurs ouailles.
Dans le champ évangélique, il se multiplia à la recherche des âmes pour Christ, au raffermissement de la foi de ses assemblées. Il fut pasteur, gestionnaire des écoles attenantes aux églises ; il s’investit dans l’administration de soins bucco-dentaires, dans la gestion de coopératives agricoles au bénéfice de quelques habitants d’Anse-à-Galets, de Mare-Sucrin, de Petite-Source, de Plaine-Conette et de Plaine-Mapou, notamment. Est-ce pourquoi, dans sa thèse de doctorat défendu en 1992 au Nothern baptist theological Seminary of Chicago, il promut l’idée que l’Église soit plus sensible aux situations des catégories défavorisées, que l’Église soit plus imprégnée des problèmes de ceux qui sont devenus - à cause de la cupidité de beaucoup - les damnés de la terre, ceux qui n’ont presque rien parce qu’on leur a tout pris.
En ce sens, il fut un chrétien intégral qui crut dans la solidarité fraternelle agissante ; de ce fait, il désapprouva cette fraternité verbeuse que raffolent les phraseurs, cette fraternité « aux bras croisés », une belle périphrase que nous empruntons à l’illustre pasteur Auguste Albert, une immense personnalité évangélique du Cap-Haïtien qui avait bien appris du Christ la belle leçon du don de soi, du sacrifice et de l’amour du prochain.
Jamais, le pasteur Reynold Jean-Baptiste ne se fatigua de son travail. À cheval, à bord d’un esquif, à moto, il visita, églises et stations, rencontra les leaders locaux et les encouragea à garder la foi et à servir Dieu avec la plus grande dévotion. Il s’était vu comme un collaborateur de Christ, par conséquent il crut avoir la mission non négociable d’œuvrer à la propagation de la parole de Dieu, contre vents et marées.
Pour cela, s’il fallait affronter la mer houleuse, traverser les plaines poussiéreuses, emprunter des sentiers rocheux et raboteux, sillonner des vallons boueux et vaseux, il était toujours prêt. Ces diplômes ne l’avaient pas alourdi au point de devenir paresseux dans la Vigne du Seigneur. Il savait qu’il devait fournir sa quote-part à la mission invariable du Christ : « Chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». Une mission confiée à tous ceux qui se font appeler chrétiens, c’est-à-dire les fidèles de Christ.
Mesdames, messieurs
Frères et sœurs en Christ,
Nous aurions pu dire davantage du peu que nous connaissions du pasteur Reynold Jean-Baptiste, homme du Nord, qui a vécu parmi nous à La Gonâve et qui était devenu gonâvien pour être resté attaché à la communauté évangélique baptiste de l’île.
Nous en appelons à votre bienveillance et à votre indulgence parce que nous venons de dire de lui tous ces bienfaits dans cette enceinte enrobée par une si grande affliction et un profond déchirement émotionnel à peine maîtrisé.
Nous avons été si long parce que nous ne savions pas comment faire court en cette occasion si pénible et douloureuse. Nous nous sommes dérobé à l’idée de parler de la mort de ce soldat de l’Évangile pour vous parler plutôt, et en peu de mots, de sa vie de berger telle que nous la connaissions.
D’une manière dissimulée, nous voudrions dire merci à Dieu d’avoir conduit vers nous, les baptistes Gonâviens, le Rév. Dr Reynold Jean-Baptiste, un chrétien convaincu, un leader évangélique éprouvé qui sut nous parler calmement et ranima en nous cet esprit de servir Dieu sans broncher.
Sous l’astreinte de cette peine commune, nous avions tenté de transformer ce temps de paroles funèbres en un temps de remerciements à Dieu qui avait donné au protestantisme haïtien, à la Convention baptiste d’Haïti, à l’Œuvre baptiste de La Gonâve un pâtre doté de si belles qualités humaines et spirituelles. Une fois de plus, nous en appelons à votre bonté.
Mesdames, messieurs
Frères et sœurs en Christ,
Nous, les baptistes de La Gonâve, en cette circonstance si grave, en cette occasion si contristée, nous nous réconfortons. Nous nous nous réconfortons à l’idée que la couronne tressée de nos mains malhabiles, placée sur le front de notre bien-aimé pasteur, ne lui sera enlevée quand le divin Maître aura à poser sur sa tête le glorieux diadème. Nous croyons en cela.
Mesdames, messieurs
Frères et sœurs en Christ,
Consolez-vous ! Enfants, parents, amis, consolez-vous ! Le pasteur Reynold Jean-Baptiste, cet illustre « illuminateur des âmes », n’est pas mort tant que l’Œuvre baptiste de La Gonâve existe ; il n’est pas mort tant que nous, ces enfants dans la foi, portons dignement l’étendard de l’Évangile. Il n’est pas mort tant qu’il continue à motiver les pasteurs de l’Œuvre, Garius Dolis, le premier, mais tous les autres : Anderson Sainvil, Mario Sainvil et Andressain Sinéus. Il n’est pas mort tant que nous continuons à perpétuer sa mémoire, à marcher dans la voie qu’il nous a tracée.
Merci.
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