Depuis les événements de 2004 qui avaient contraint l’ancien président Jean-Bertrand Aristide à abandonner le pouvoir, aucun autre mouvement de contestation de cette envergure n’avait été orchestré par des opposants contre une équipe au pouvoir. Manifestations de rue suivies de grève générale, paralysant toutes les activités dans l’aire métropolitaine et dans les villes de province, constituent des actions d’un passé lointain. Des observateurs s’accordent à dire que le mouvement revendicatif des jeunes de PetroChallenge a permis à l’opposition radicale de saisir l’opportunité d’enclencher cette offensive contre Jovenel Moïse, sous couvert de demander des comptes sur la dilapidation des fonds PetroCaribe. Au bon moment, l’opposition, en multipliant des actions contre l’équipe au pouvoir, a failli renverser l’héritier de Michel Joseph Martelly. Les deux journées de grève générale observées à travers le pays ont créé la panique dans le camp du pouvoir. Depuis son accession au Palais national le 7 février 2017, c’est la première fois que Jovenel Moïse faisait face à une réelle menace de perdre son fauteuil.

Après le blocage du pays et la paralysie des activités pendant les deux journées de grève, l’opposition n’a pas su tenir la population en éveil par des mots d’ordre pour la poursuite de la mobilisation. Ce vide laissé par la bande à André Michel de la journée de mercredi, tenant compte du nombre important de ménages évoluant dans le secteur informel, et en raison du panorama de l’économie haïtienne, l’instinct de conservation pousse les uns et les autres à braver le danger des menaces pour la reprise graduelle de la vie et des activités dans les différentes sphères de la société. Ce premier pas ayant été franchi mercredi, les activités ont augmenté en intensité jeudi et vendredi. Ce n’est pas le message sans saveur du président Jovenel Moïse à la télévision mercredi soir, ni les notes de soutien de l’ambassade américaine et du Core Group, lesquelles ont paru jeudi matin, qui ont empêché le navire de Jovenel Moïse de couler. C’est surtout le vide laissé par l’opposition, qui, au lieu d’inviter la population à se ravitailler le mercredi, en annonçant d’autres initiatives, a préféré garder le silence. L’intervention du sénateur Evallière Beauplan sur une station de radio de la capitale mercredi matin, demandant aux jeunes de différents quartiers de verser de l’huile sur la chaussée des différents tronçons de rue pour bloquer la circulation des véhicules, a vite soulevé l’indignation des uns et des autres.