Le 7 février 2019 aurait pu passer inaperçu sans ce cri insurrectionnel retentissant, jusqu’au matin du 16, moment où j’écris ce texte. Les jeunes, qui occupent les rues, exigent que leurs revendications se transforment en actions gouvernementales ! Après 1804, 1843, 1867, 1908, 1946, et 1986 qui ont vu tant d’espoirs bafoués, tant de promesses mensongères, la horde des démunis veut la fin de l’injustice, perçue comme une transgression de leurs droits fondamentaux. Mis à l’écart de l’espace public, ils ne sont sollicités que périodiquement, selon les exigences du suffrage universel, pour acclamer ou plébisciter les chefs. Et lorsqu’on estime qu’ils «se sont trompés », les gardiens du statu quo n’hésiteront pas à appliquer des «corrections démocratiques ». Rappelez-vous 1987, 1990, où les choix populaires ont été oblitérés, dans le rouge de leur sang. Le 7 février 2019 aurait pu passer inaperçu si les plus démunis, parmi nous, n’avaient pas choisi de réclamer la fin de leur souffrance biséculaire. Le modèle de société à double vitesse, où certains sont assignés à la pauvreté, condamnés à vivre l’enfer, pendant qu’une autre partie en décalage de conditions de vie semble sur une voie parallèle menant au paradis.

Les jeunes veulent que les mots Égalité, Solidarité, Équité, Démocratie soient vrais, dans leur vécu. Mais la décision de changer sa situation doit-elle nécessairement s’exprimer par la colère et la violence ? Cette question a fait le tour des médias. Les associations de la société civile, le citoyen ordinaire, la doyenne Odette Roy Fombrun se sont prononcés. Les réactions étaient teintées de l’aspect légal, ou du côté légitime selon son appartenance sociale ou les intérêts défendus. Le « NOUS » haïtien ne s’exprimant pas encore. En fait, le principe fondamental veut que l’État exerce l’usage de la violence légitime afin de protéger la société. La question sous-jacente, a fortiori, serait : « Mais de quelle société s’agit-il ? » L’histoire nous démontre malheureusement que l’ordre établi ne repose pas toujours sur les notions universelles de justice et d’équité… Pensez à la rupture révolutionnaire  la France, la Révolution française, la révolution bolchevique en Russie et plus près de nous, la lutte contre l’apartheid, en Afrique du Sud. Ainsi, il nous faut regarder ce qui se passe chez nous avec des lunettes de solidarité patriotique pour dépasser notre myopie de classes et découvrir l’horizon du vivre-ensemble. Car apprendre à vivre ensemble, c’est apprendre à partager l’espace des 27 750 km2. Car le déni de l’autre que nous pratiquons depuis la naissance de notre nation est dysfonctionnel.