«Haiti is closed for business ». Hier encore, un ancien Premier ministre haïtien déclarait : « Haiti is open for business » [Haïti est ouvert au monde des affaires]. Dans son imaginaire, le pays renaissait des cendres du séisme, de l’épidémie de choléra et des dégâts de l’ouragan Matthew. Des investisseurs étrangers optimistes, après avoir obtenu de juteuses exonérations d'impôts, avaient nettoyé les plages et érigé des hôtels et des clubs. Quelle imagination ! « Open for business », en effet. Il semble que c’était hier. Mais c'était irréfléchi et fugace. Les rêves ne reflètent pas la réalité. En un sens, les portes des commerces étaient ouvertes, mais personne ne surveillait les magasins. La valeur d’une gourde est l’équivalent d’une « zorèy bourik ». Les tanks d'essence des véhicules sont vides. Les employés des ambassades, des banques et des bureaux de change sont restés à la maison. Le résultat ? "Haiti is closed for business." C’est dommage ! En tant qu’aquinois haïtien vivant et travaillant à l'étranger, j'ai néanmoins investi en Haïti dans l'industrie saisonnière du tourisme. J'ai construit un hôtel agréable, propre et abordable à Aquin, recruté et formé un personnel fiable, créé une base de clientèle, et un lieu de rassemblement attrayant pour les touristes et les résidents. En juillet dernier, toutes les chambres étaient réservées. Alors, devinez ? En raison des turbulences politiques de juillet dernier, des barrages routiers continuellement érigés par des manifestants, et de fréquentes alertes et avertissements négatifs aux voyageurs, mes clients locaux et étrangers ont annulé leurs réservations. J’ai dû réduire le nombre de mes employés.
L’économie touristique régionale du Sud a titubé, puis chuté et finalement a été emportée par les vagues. Ce mois de février 2019, c’est du déjà-vu. Les manifestations antigouvernementales se sont répandues à travers le pays. L’insécurité bat son plein. Le transport a disparu. Une gourde est maintenant une mini-gourde. Le gouvernement et le commerce sont paralysés. Les élèves sont absents de l'école. Les articles de consommation essentiels sont rares ou ont disparu. Les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Le pays est "lock", pas « open ». Il n'y a pas de lumière au bout du tunnel. Au lieu de vivre dans un paradis des Caraïbes, des millions d'Haïtiens se sentent comme des millions de Vénézuéliens. Le gouvernement central a déclaré l'état d'urgence, mais ce n'est pas une nouvelle pour les Haïtiens, mais plutôt une vieille histoire. À quoi sert une déclaration sans un plan ? Malgré cela, il n'y a pas de plan. La « barque de l’État central » coule au large. Pour le peuple, il y a quelques grosses embarcations de sauvetage, nommées après les dix départements, et plusieurs petites embarcations de sauvetage portant les noms d’arrondissements, de communes et de sections communales. Tous les millions d'Haïtiens qui étaient autrefois des passagers de la barque de l'État doivent maintenant monter à bord des canots de sauvetage et se sauver. Cette crise du gouvernement central est en effet une urgence, mais pas comme un ouragan qui frappe aujourd’hui et disparaît le lendemain, pas comme un tremblement de terre qui vibre pendant une minute, puis disparaît pendant un siècle, pas comme une épidémie qui tue certains mais pas tous.
Au lieu de cela, cette crise est chronique, comme un ouragan suspendu au-dessus de nos têtes et qui reste stationnaire, ou un séisme qui ne cesse de trembler, ou une épidémie qui ne cesse de tuer. Fuyant l'urgence de la « barque de l'État », les Haïtiens à bord de leurs canots de sauvetage décentralisés ont besoin d'une formule en trois parties pour leur survie : préparation, réponse et mitigation. La préparation est la première priorité… alimentation, santé, sécurité, éducation, emploi, communication, mobilité. Pour cela, les « dirigeants des embarcations de sauvetage » ne se trouveront pas dans celles du gouvernement central, mais celles des départements, arrondissements, communes et sections communales. Prenez la nourriture, par exemple. Chaque année, des centaines de jeunes agronomes sortent des universités haïtiennes. Des milliers d'agriculteurs maintiennent les terres en bon état. Des dizaines de milliers d'emballeurs, de chauffeurs et de marchands travaillent à fournir de la nourriture aux gens. Ce sont les « leaders des bateaux de sauvetage » pour la préparation alimentaire. Prenez la santé, par exemple. Les médecins et les infirmières d’Haïti sont les « leaders des bateaux de sauvetage » pour la préparation à la santé. Des enfants doivent être vaccinés, les femmes enceintes doivent être aidées lors de l'accouchement, les fractures doivent être réduites. Des moustiquaires doivent être distribuées et installées. « Fermé pour affaires » ne signifie pas « ouvert aux moustiques !» Prenez la sécurité publique, par exemple. La police locale, les pompiers et les équipes communautaires pour la réponse aux urgences sont des « leaders des bateaux de sauvetage » pour la sécurité publique. Identifiez-les, coopérez avec eux, soutenez-les. Les personnes à l'abri de la criminalité, des incendies, des accidents, etc., peuvent survivre. Les communautés en sécurité peuvent survivre même lorsque la « barque de l'État » a fait naufrage. Les Haïtiens peuvent survivre à cette urgence, car les attend une flotte d’embarcations de sauvetage décentralisées - structures et ressources des départements, arrondissements, communes et sections communales.





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