L’insécurité grandissante, la dégradation économique et la mauvaise gestion de l’État sont autant de facteurs effrayants qui nous incitent à envisager une éventuelle destruction de l’État-nation d’Haïti. Et, les prétendus leaders et les partis politiques sont les principaux instigateurs et auteurs de cette tragédie.
En premier lieu, tout a commencé avec la distribution des armes à certains groupes durant le règne de Lavalas pour neutraliser ses opposants. Cette pratique qui a perduré même au-delà des administrations lavalassiennes a empoisonné le système de sécurité haïtien et a affaibli la capacite de la Police nationale d’Haïti à remplir ses fonctions.
À partir de cette déviation cautionnée par les représentants de l’État, les hommes d’affaires et d’autres politiciens ont fini par adopter la même stratégie. Dans la mêlée, les anciens militaires n’ont pas remis leurs armes après leur démobilisation par Jean-Bertrand Aristide. Et, les différentes tentatives de désarmement ont soldé par un échec. Aujourd’hui, les groupes armés pullulent partout avec la complicité flagrante des politiciens.
Donc, l’élimination physique des opposants politiques est l’œuvre de l’idiotie et des incompétents. Quand on possède un bagage intellectuel limité, voire insignifiant, on assoit son pouvoir sur la démagogie, la force, la terreur et la criminalité. Pourtant la démocratie requiert constamment la participation, la tolérance, la pluralité d’idées et la suprématie institutionnelle.
Deuxièmement, les partis politiques poussent comme la vermine qui s’attaque à la bonne gouvernance et au progrès économique en Haïti. Chaque leader, quelque limité qu’il soit, vise le palais national ou le Parlement. Et, il ou elle trouve toujours un moyen d’attirer des esprits innocents à leurs vaines causes et à leurs objectifs mafieux.
Sans la présence de cette myriade de partis politiques, les élections de 1990, de 1995, de 2000, de 2006, de 2011 et de 2016 auraient privilégié des leaders ayant une meilleure compréhension du fonctionnement de l’État, de la gestion, de la gouvernance, de l’économie, des institutions, de la politique internationale, de la globalisation, de la justice sociale et de la façon de sauvegarder nos valeurs historiques et morales.
Les gangs, la corruption, la pauvreté, le gaspillage, le vol des deniers publics et la perte de notre dignité sont le résultat d’une accumulation d’erreurs des politiciens estropiés que les élections ont produits. Aujourd’hui, nous pleurons nos erreurs et, dans certains cas, notre silence et notre complicité. L’élite intellectuelle en est responsable en majeure partie.
Riches, pauvres et la classe moyenne, décimée par les fausses politiques publiques subissent les mêmes expériences de la terreur des gangs armés. Les intellectuels et les moins éduqués font face au même problème lié au manque ou à l’absence totale de services publics adéquats, ciblés et efficaces.
Nous avons trop longtemps trivialisé la question de la gouvernance en Haïti. On nous fait croire que n’importe qui peut être président, sénateur, député et ministre. Tout se résume à la question de chance. Pourtant, la gouvernance est un art qui se réserve aux plus intelligents, aux intellectuels, aux visionnaires et aux plus soucieux. Donc, sur cette base, les partis politiques se forment et se divisent, créant ainsi un effet nucléaire dans le système électoral. Avec ce comportement égoïste, les élections déboucheront toujours sur un Michel Martelly ou un Jovenel Moïse, un Jean-Bertrand Aristide ou un René Préval. Comment peut-on s'attendre à un résultat positif d’un président ou d’un Premier ministre qui n’a jamais reçu aucune formation académique et pratique dans le domaine de la gouvernance d’un pays ?
Les pays amis d’Haïti nous exigent d'épouser la notion de pluralité de partis politiques alors que dans leurs pays, on ne trouve que deux organisations politiques.
En analysant les décisions des administrations passées, il est difficile d’identifier même une seule politique publique portant sur le développement économique et social. Pourtant, les mêmes partis politiques, les mêmes ministres, les mêmes présidents, les mêmes sénateurs et députés veulent se faire passer pour des saints. Ils se vantent de leur performance alors que le pays vit des moments chaotiques et a pratiquement échoué.
En termes de solution, il faudrait cesser la promotion des leaders politiques incompétents, absurdes, immoraux et bornés intellectuellement. Et, si le peuple haïtien veut préserver l’État-nation, il faut qu’il exhorte les partis politiques à s’unir pour ériger un front solide contre les gangs habillés et les gangs des rues, contre les hommes inaptes, contre la mauvaise gouvernance, contre l’immoralité et contre la pauvreté. À l’échéance, l’État-nation disparaîtra.
Montfort Alexis, MPA
Écrivain
Commentateur sur Island TV - North Miami, Florida
Directeur de HaïtiTribune - Margate, Florida
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