Il est assez difficile de prévoir si les Etats-Unis vont continuer à soutenir l’administration Moïse jusqu’au terme de son mandat le 7 février 2022, en raison de la succession de crises, dont les unes plus coriaces que les autres, qui entravent le fonctionnement régulier des institutions depuis le mois de juillet de l’année dernière. Grèves générales, manifestations de rue, blocages des routes et multiplication d’actes de violence un peu partout à travers le pays constituent le drame des citoyens en Haïti depuis douze mois. La visite à Port-au-Prince le mercredi 19 juin 2019 du président du Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains pour encourager l’opposition à participer au prochain gouvernement, le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU de la Résolution 2476, le 25 juin 2019, créant le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et la mission de l’assistante-secrétaire d’Etat de l’hémisphère ouest au Département d’Etat américain, du 24 au 26 juin 2019, constituent trois initiatives que le gouvernement américain a contribué à rendre effectives dans la deuxième quinzaine du mois de juin en vue de permettre à l’administration Moïse de franchir une nouvelle étape dans la gouvernance du pays.

Après avoir été reçu par le chancelier haïtien Bocchit Edmond et le président Jovenel Moïse, l’ambassadeur Trujillo est reparti sans parvenir à convaincre les trois personnalités de l’opposition qui l’avaient rencontré de prendre part à la formation d’un nouveau gouvernement sous l’obédience du président Jovenel Moïse. Ce refus exprimé par l’opposition au président du Conseil permanent témoigne de la complexité de la crise politique haïtienne. Misant sur une probable résolution de la crise, en dépit des grèves et de la multiplication de manifestations de rue après la publication de la deuxième partie du rapport PetroCaribe qui a épinglé le président Jovenel Moïse à travers la firme Agritrans, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU  a obtenu gain de cause en faisant voter la Résolution 2476 au Conseil de sécurité qui permet à Haïti de passer sous l’égide du chapitre 6 de la Charte de l’organisation mondiale en lieu et place du chapitre 7. Avec le vote de cette résolution, il n’y aura plus de contingents militaires et de policiers de maintien de la paix sur notre territoire. Haïti ne représente plus une menace pour la sécurité internationale.  Plus de barrières aux investissements directes étrangers ni à l’industrie touristique. Le pouvoir et l’opposition sont-ils en mesure de comprendre le sens de cette décision et d'en tirer les conclusions qui s'imposent?