Le Dieu de notre Église a une bouche, mais Il ne parle pas. Il a des oreilles pour entendre, mais Il n’écoute pas. Il a des yeux pour voir, mais Il ne voit rien. Il semble bien en premier lieu que deux remarques s’imposent au sujet du silence du Dieu de l’Église. Qu’il faille l’infirmer ou à tout le moins le nuancer, il est évident que le Dieu de notre Église (Haïti) ne parle pas, si bien qu'on se demande pourquoi alors aucune réaction de sa part. Ici apparaît la thèse problématique selon laquelle le Dieu d’Israël se compromet avec tout le mal qu’a connu notre Haïti. En deuxième temps, devant la non-vue de notre Église et le non-ressenti de celle se portant garant de la morale, de la justice et de la paix, il lui faut un renouveau spirituel; mais en quoi et comment ?
Il nous apparaît cependant problématique, au sens où l’Église est la principale interlocutrice. En ceci, elle consiste à parler au nom de ce Dieu, à ouvrir la bouche à partir d’états de mauvaises choses, dans une perspective d’annoncer à tout homme une Espérance non uniquement céleste, mais que dans son contenu, elle ouvre des possibles viables à l’humanité tout entière. Cette vue de l’Église n’est-elle pas une image qui permet de faire droit à tout ce qui constitue le Royaume de Dieu ? Elle rompt à toute vision déterministe et permet à tous une vie nouvelle. Puisque la tâche consiste à penser l’Église par rapport à l’Espérance qu’elle porte, il est bien évident d’assimiler cet article à un discours de l’Église, fait-il « théologique » ? En tout cas, elle constitue le point de départ de tout discours sur l’Espérance. Ainsi, l’Église, en ouvrant la bouche, ouvre aussi celle de Dieu. L’Église, porteuse d’une parole de Dieu, est ainsi porteuse d’Espérance. Toute une théologie est formulée à travers le silence de l’Église qui est automatiquement devenu silence de Dieu.
L’Église est porteuse d’Espérance. Moltmann, le théologien de l’espérance (Tübingen, Allemagne) montre que le Dieu que nous servons n’est pas seulement notre Espérance, nous aussi nous sommes l’Espérance de Dieu dans notre création. Moltmann décrit l’Espérance comme une participation à la vie de Jésus et sa souffrance du ressuscité. La foi au sens chrétien, c’est la communion avec le Christ. Ainsi, tout homme qui commence à vivre espère mener une vie qui réussit. Lorsque quelqu’un a trouvé le sens de sa vie, il est rempli d’espérance. Les hommes qui sont remplis d’espérance voient le monde non seulement dans sa réalité, mais dans ses possibles. Moltmann décrit l’Espérance comme une œuvre se situant entre la peur et la crainte, et entre ces deux, nous explorons les possibles. L’Espérance chrétienne est en fait l’Espérance que Dieu place dans les hommes et aussi en celle partagée dans la cité. Tout homme est conscient de son existence que quand quelqu’un espère en lui, comme l’enfant espérant en sa maman est bien conscient de son existence. Tout comme l’Église est l’Espérance de notre société, quand elle a besoin de compter, de miser sur elle. L’Église existe ! L’Église est l’Espérance pour le monde non pas en retraçant une vie dans l’au-delà, mais quand il y a peur et crainte, elle ouvre la brèche pour voir le bout du tunnel. L’Église haïtienne donne l’impression qu’elle peut provoquer elle-même la fin du monde, la venue finale de Jésus. Nos messages tournent autour du retour unique de Jésus-Christ sans savoir que l’Église a une certaine responsabilité dans le monde. Quand le monde sombre dans l’obscurité, dit le prophète Esaï, Dieu crée un monde nouveau dans sa lumière. La construction d’un monde nouveau n’est pas souvent apocalyptique, elle est l’ouvrage des hommes, elle n’est pas destruction, elle est novum, vie nouvelle, Espérance des hommes. C’est pourquoi nous devons apprendre de nos catastrophes, de nos malheurs parce qu’au travers d’eux, nous faisons l’effort de comprendre, de créer, d’instaurer une parole nouvelle.





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