Cette note se veut un éclairage théorique pour discuter avec les militants de l’opposition du déficit de consensus et l’absence de toute stratégie efficace au niveau des structures de l’opposition dans la conjoncture actuelle. Nous devons tirer les leçons de l’histoire, bien appréhender la situation et surtout déterminer les décisions à prendre. L’absence de toute lecture politique et d’analyse cohérente alimente la confusion sur la politique et l’extrémisme, l’inélégance, la tromperie, l’absence de dialogue et de souplesse. Certains camarades se trompent de bonne foi et c’est un devoir de les aider et de les orienter. Cependant, il nous faut surveiller les opportunistes qui considèrent la politique comme un espace d’accumulation de richesses au profit de leurs familles et de leurs clans. Ces derniers tiennent un discours politique populiste, simpliste pour tromper la vigilance des uns et des autres et récolter ensuite les fruits de la lutte du peuple haïtien.
Après le départ des Duvalier en 1986, l’implication active du peuple haïtien sur la scène politique a redonné l’espoir pour un changement profond. Malheureusement ce mouvement a connu un déficit d’organisation, d’orientation et de direction au niveau de ce vaste mouvement. Ce mouvement était scindé en deux grandes tendances non articulées : d’une part, une ligne institutionnelle, de l’autre, une ligne de masse. Le socle de cette ligne institutionnelle a reposé sur les partis politiques comme le Parti unifié des communistes haïtiens de René Theodore, le Parti national des révolutionnaires haïtiens (PANPRA) de Serge Gilles, le Congrès national du mouvement démocratique (CONACOM). L’expression de la ligne de masse était multiple, elle a évolué à travers les structures du Mouvman Ti Legliz d’une frange de l’Église catholique avec des figures comme Jean Mary Vincent, Jean-Bertrand Aristide, etc. ; les organisations populaires, notamment l’Assemblée populaire nationale (APN) et l’Alliance nationale des organisations populaires (ANOP) ; les productions intellectuelles et artistiques respectivement de personnalités comme Gérard Pierre-Charles et Manno Charlemagne. Le déficit d’articulation et de communication entre ces deux lignes était visible et a fait perdre au pays d’immenses opportunités pour amorcer le processus de changement de l’époque. Au moment où le mouvement de 1986 était obligé de prendre le train des élections en 1990, l’articulation de ces deux lignes s’était réalisée dans le plus vaste désordre, la division, sans aucune capacité à orienter le pouvoir de 1991 issu de la matrice populaire et démocratique du mouvement de l’époque. Quand Gérard Pierre-Charles et Jean-Bertrand Aristide ont créé respectivement l’Organisation Politique Lavalas (OPL) et Fanmi Lavalas pour construire la dynamique institutionnelle de ce mouvement de masse, il était évident que cette vision était galvaudée. L’histoire a toujours démontré que les partis nés sur les cuisses de Jupiter à l’intérieur de l’exercice du pouvoir accusent toujours de grandes faiblesses stratégiques. Ces derniers ont un réflexe de pouvoir qui les rend prisonniers d’un ensemble de pratiques arrogantes, suffisantes, monopolistes et clientélistes.
Si les camarades de l’époque avaient compris au moment opportun la nécessité d’une bonne articulation entre ces deux voies, ils se seraient accommodés à la conjoncture internationale dans le contexte du nouvel ordre mondial du capitalisme triomphant de l’époque après la tombée du mur de Berlin en 1989. Les aventures populistes auraient été évitées, les leaders auraient été beaucoup mieux préparés et pourvus pour assurer la gestion du pouvoir dans l’adoption de meilleures politiques publiques au profit des masses populaires.





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