Prix Goncourt du premier roman 2015, « Meursault, contre-enquête » présente une autre façade méconnue du roman d’Albert Camus. Meursault, personnage principal de « L’Etranger » devient le titre même du roman de Kamel Daoud. A l’inverse du célèbre incipit du roman inspirateur de ce livre, l’auteur débute avec son antagoniste : « Aujourd’hui, M’ma est encore vivante. Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. » Dans L’Etranger », on retient ces premières phrases « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas », tant par leur simplicité et par cette manifestation flagrante de l’incertitude qui confirmera l’indifférence du protagoniste dans une société où tout homme qui ne pleure pas sa mère risque d’être condamné à mort.

Seulement avec ce roman de Kamel Daoud, il faut se plonger dans une histoire qui remonte à plus d’un demi-siècle. « Meursault, contre-enquête » évoque non seulement l’injustice humaine devant une famille illettrée, victime d’une célèbre histoire où l’on salue le génie du meurtrier par sa façon de raconter qui porte à l’amnésie sur un meurtre, une famille, une mère et son second fils qui souffre. Chacun endure à tour de rôle en silence le poids de cette injustice. Mais aussi, ce roman est une façon d’aborder subtilement la colonisation, la guerre de l’indépendance de l’Algérie et l’engrenage linguistique.