Beaucoup s'attendaient à des taux d'infection élevés, alors que l’arrivée du coronavirus était imminente en Haïti caractérisée par des infrastructures sanitaires limitées, des conditions socio-économiques précaires, une forte densité dans la région métropolitaine et les grandes villes et une prédominance du secteur informel. Ce qui rendait la distanciation sociale et l'isolement quasi impossibles.
Alarmé par cette sombre projection, le Gouvernement a initié la réponse après la notification des 2 premiers cas le 19 Mars dernier: des propositions d'achat d'équipements, de kits de tests et d'équipements de protection individuelle ont été rapidement élaborées. Des hôpitaux ont été désignés pour traiter uniquement les patients atteints de coronavirus et des installations de quarantaine réservées.
Quant au MSPP, il a adopté la stratégie « test and track » mondialement reconnue comme l'un des moyens les plus efficaces pour lutter contre une maladie à propagation rapide ; le système de surveillance a été aussi activé.
La population, elle, montrait un certain déni et un refus catégorique de toute réponse : des personnes testées positives ont été prises à parti, des centres d’isolement incendiés et les mesures prônées par les autorités quasi ignorées, à telle enseigne, le port non systématique dans les marchés et les camionnettes...
Il nous a fallu 2 mois pour dénombrer 500 cas ; des lors, le nombre a augmenté de façon exponentielle. 2 semaines plus tard, nous avons franchi la barre de 1000.Le nombre croissant d'infections a commencé à semer le malaise : le déni affiché par la population fait progressivement place à une psychose de peur, entrainant une ruée de personnes dans les centres de dépistage. Cet état de fait commence à démontrer que cette belle théorie « plus il y a de tests, plus les patients sont mis en isolement et les contacts en quarantaine, donc ils ne contribuent pas à la propagation de la pandémie » n'est peut-être pas si efficace ici pour 3 raisons :
La capacité journalière limitée des centres de dépistage concentrés au niveau de la région métropolitaine a fait que le pays n’a réalisé que 0.79 tests pour 1000 personnes
Le retard dans la délivrance des résultats (parfois jusqu’à plus de 5 jours) compromet la chance de freiner la transmission ; en effet la stratégie de traçage manuel utilisée chez nous (isolement des cas confirmés et mise en quarantaine des cas contacts) ne peut freiner la propagation de la maladie: elle est non seulement lente et assujettie à la mémoire du malade, mais ne trace qu’une infirme partie des contacts, d’où la progression pure et simple de l'épidémie. Les chiffres de quarantaine institutionnelle et domiciliaire présentés dans les rapports journaliers sont nettement en deçà du nombre des cas contact qui propagent la maladie.
La rupture de stock en kits de tests est pour bientôt
En ce qui a trait à la prise en charge hospitalière, certaines structures y sont impliquées, mais ne sont pas distribuées dans tous les départements du pays. Avec un taux de guérison anormalement bas (0.5%), l’on se demande comment est le taux d’occupation des lits, les chiffres sur les hospitalisations n’ayant jamais été publiés…
C’est dans ce tableau cynique que notre cher pays va entamer le 2eme trimestre du coronavirus dont il faudra anticiper les défis. Il nous faut adapter nos stratégies en agissant sur deux axes: une culture de la transparence et le ciblage de la réponse. La combinaison de ces deux axes, qui diminuerait la pression sur nos structures sanitaires, est d’autant pertinente dans la mesure où celles-ci ont peu à offrir en termes de lits, sans parler des unités de soins intensifs et des ventilateurs, ou des demandes de ressources associées.
1.Cultiver la transparence pour gagner la confiance de la population
La communication continue de l’Etat qui ramènerait une certaine confiance de la population afin que celle-ci adopte les comportements prônés, doit être révisée. Les présentations magistrales et parfois abstraites dans le Centre d’Information doivent se substituer aux explications détaillées des rapports journaliers de manière à obtenir l’appropriation de la population quant à sa participation dans la lutte. Il faudra que le MSPP partage la liste des institutions impliquées dans la prise en charge des malades, et divulgue les protocoles d’isolement et de quarantaine.
Il faudra dissuader les personnes soupçonnées d'être infectées par la COVID 19 de monitorer les éventuels symptômes et de ne se rendre dans les établissements de santé qu’en cas de malaise grave, tel des troubles respiratoires; de minimiser les contacts avec les gens du ménage et de porter des masques au cas où ils devraient se déplacer.
2. Cibler les réponses via une stratification du pays
Strate rouge: zones denses (région métropolitaine et les grandes villes des départements) ; cette strate se déroulerait autour des collectivités territoriales et des associations de transport en commun.
Strate jaune: le reste du pays ; cette strate tournerait autour des Agents de Santé Communautaire Polyvalents (ASCP), des élus locaux et des leaders communautaires.
Dans la strate rouge, une réponse communautaire solide sera d'une importance cruciale maintenant et, probablement, pendant une période prolongée. Etant donné que la lutte contre la pandémie se situe principalement au niveau familial et communautaire, le Gouvernement devra associer les collectivités territoriales à la lutte pour instaurer la confiance et garantir que les personnes et les communautés comprennent et adoptent des contraintes potentiellement difficiles.
Elles pourront certainement aider à identifier les points chauds sans indexer des individus ; de plus, les autorités locales pourront faire appliquer le port de masques dans les marchés publics, aider dans l’organisation des espaces de quarantaine, et la distribution de matériels…
Quant au port des masques chez les usagers du transport en commun, les associations de transport en commun pourraient faire appliquer cette mesure.
Dans la strate jaune, l’approche basée sur la prévention qui caractérise notre système de soins de santé primaire sera appliquée. Nous disposons d’une flotte d'agents de santé qui offrent des services et connaissent bien leur communauté. En tant que membres de leurs communautés, ils sont connus et dignes de confiance, ce qui est essentiel pendant l’épidémie. Les ASCP peuvent aider à établir la confiance en sensibilisant et en dissipant la confusion; ils pourront aussi réaliser le monitoring des symptômes des cas suspects, suivre les cas contacts et référer aux centres de dépistage et de traitement au besoin.
Quant aux élus locaux et les leaders communautaires , ils joueront un grand rôle dans la sensibilisation. Ils pourront entre autres accompagner les ASCP, faire appliquer le port de masques dans les marchés publics.
De telles décisions représentent le meilleur pari pour une lutte effective dans les jours à venir. Nous devons nous appuyer sur les forces locales éprouvées plutôt que de nous efforcer d'imiter des interventions coûteuses avec des perspectives d'efficacité limitées. Cependant pour mener cette lutte, la règle des C -Communication Continue, Constance des Conseils, Coordination, Création de la Confiance, Changement de Comportement - est la Clé.
Soulignons que, même avec l’atteinte ou non du pic, la bataille ne fait que commencer car la lutte contre la COVID19 n’est pas un sprint, mais un véritable marathon.
Francois Willy Staco, MD, MPH
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Channel Youtube: mekredi covid
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