Le dossier Yves Jean-Bart qui fait l'actualité depuis des mois a connu le 20 novembre 2020 dernier des rebondissements qui suscitent une réflexion sur l'essence de la justice. En fait, eux verdicts différents sont rendus concernant les accusations portées à l'encontre du président de la FHF. La justice haïtienne a décidé de blanchir Mr Jean-Bart, et la FIFA par sa chambre de jugement de la commission d'éthique indépendante a jugé Yves Jean-Bart coupable. Ce dernier est banni à vie de toute activité liée au football et doit payer une amende de CHF 1 000 000.
Pourquoi la décision de la FIFA est-elle différente de celle de la justice haïtienne ?
On peut dire que la réponse se trouve dans l'importance qu'accorde chaque société au respect des droits physiques et mentaux et de l'intégrité de la personne. Si pour la justice haïtienne par faute de plaintes l'accusé est blanchi, il n'y a pas lieu de poursuite puisque le dossier étant vide, pour la FIFA, l'accusé est coupable pour avoir enfreint l'article 23 et 25 de son code d'éthique. Ces articles portent sur la protection de l'intégrité physique et mentale ainsi que sur l'abus de pouvoir.
Si pour la justice haïtienne une accusation d'abus sexuels est traitée avec légèreté, la FIFA prouve que dans les sociétés où le droit de la personne est sacré, une telle accusation ne doit pas passer comme une lettre à la poste. En ce sens, la FIFA a décidé de mener des enquêtes non seulement sur l'accusé mais aussi sur les autres membres de la FHF.
Pour rappel, depuis la publication en date du 30 avril 2020 dans les colonnes du journal « The Guardian » de l'article traitant les accusations d'abus sexuels reprochés au Docteur Jean-Bart, les réactions ont été nombreuses. D'un côté, Romain Molina faisait reprendre le dossier sur les réseaux sociaux tout en affirmant qu'il dispose des preuves pouvant faire condamner le président de la FHF. Sans oublier certains adversaires nationaux du cartel actuel qui dirige le football haïtien qui, eux, en plus de dénoncer des dérives administratives et le manque de vision des dirigeants, trouvent une certaine force dans ce dossier. D'un autre côté il y a les proches de l'accusé qui ne faisaient que démentir. Il était surprenant pour plus d'un que dès la publication de l'article du média britannique, la Fédération haïtienne de football a sorti une note rejetant toutes les accusations et le pire dans tout ça, le communiqué porte la signature de l'intéressé. Ce qui évoque la façon dont notre société traite les dossiers relatifs à la corruption ou à la violation des droits de la personne. Après avoir été suspendu provisoirement par la FIFA le temps de l'enquête, 6 mois plus tard on voit monsieur Jean-Bart contester le verdict de la FIFA qui le bannit à vie du sport roi de notre pays. Le docteur qualifie la décision de parodie et pense que les membres de la commission d'éthique de la FIFA n'ont pas analysé les preuves réelles. Mais quelles preuves l'accusé ou le condamné juge-t-il réelles ? Ces preuves montrent-elles de fausses accusations à l'endroit de monsieur Jean-Bart ? Si l'on parle de preuves réelles, cela ne sous-entend pas qu'il y a bien eu des tentatives de viols ou des actes d'abus de pouvoir ? Les preuves réelles sont-elles les photos de ces fillettes pancartes en mains supportant le président, disant qu'il les traite comme un vrai père ? Qu'est ce qui prouve que ces jeunes filles n'agissaient pas sous la pression des membres de la FHF ? Un fait est certain dans un cadre pareil toute tentative ou tout acte de corruption pour arriver à ce point doit nécessiter l'existence de plusieurs complices.
Maintenant que la sanction internationale est publique, les ambassades commencent à sortir des notes pour condamner les faits et questionner le travail du juge qui s'occupait du dossier en Haïti, on sent que le dossier va être révisé. Pourquoi depuis mai, alors que des organisations de droits humains ont attiré l'attention sur le laxisme concernant le traitement de ce dossier rien n'a été fait, alors que maintenant le Blanc a parlé, faut-il agir en conséquence ? On dirait qu'on souhaite donner justice pour satisfaire l'étranger mais pas dans le souci d'établir un système judiciaire fort pour les Haïtiens. La société devrait automatiquement supporter les victimes au lieu de les juger, ces fillettes n'ont même pas reçu d'assistance psychologique. Il est donc normal qu'elles ne se sentaient ni en sécurité ni en confiance pour déposer des plaintes auprès de la justice haïtienne.
On voit dans ce dossier qu'on a beaucoup de choses à faire pour avoir une société digne de ce nom. Car dans n'importe quel pays où les droits sont respectés, le président, suites aux accusations, donnerait automatiquement sa démission pour faciliter l'enquête. Malheureusement dans notre pays on n'a pas cette culture, on est accroché au pouvoir et même avec une condamnation on doit essayer de défendre l'indéfendable, car on ne se soucie guère du prestige social et des institutions. La preuve, Monsieur Jean-Bart n'a jamais remis sa démission et nie toutes accusations jusqu'à présent. Pourquoi préfère-t-on être humilié par une décision de force au lieu de prendre une décision de sagesse même quand cela s’impose? C'est le mal de l'Haïtien.
Nous devons changer notre façon de concevoir les thèmes concernant les droits de la personne. Mais aussi ce scandale est peut-être l'occasion pour les amoureux et les connaisseurs du football national et du sport en général de repenser les choses. C'est le moment de faire le bilan du passé et de reconstruire le football haïtien, les clubs, les arbitres, les joueurs, les médias, les sponsors, les terrains et la technologie. C'est le moment ou jamais de donner un air nouveau à notre sport favori et de faire rêver les passionnés du ballon rond, en restructurant le championnat national, en renforçant les bases de la sélection nationale.
Certes, d'un côté on ne pas peut blâmer les responsables judiciaires haïtiens s'ils n'ont pas reçu de plaintes officielles. Cependant, dans ce dossier porté par Romain Molina auprès de la FIFA, il y a certainement des preuves qui n'ont pas été rendues publiques dont dispose la chambre de jugement pour faire valoir son verdict. Nous savons que par peur, certaines victimes peuvent ne pas vouloir témoigner, mais la démarche de la FIFA doit servir d'exemple pour montrer que lorsqu'on fait confiance à la justice tout est possible même contre les plus grands corrompus. Cette décision est une honte tant pour la justice haïtienne que pour la famille du football local. On s'attend à une lessive complète au sein de la FHF. Ce jugement peut sauver l'avenir du football de base en Haïti.
En attendant une décision définitive après appel de la partie du condamné, le Dr Jean-Bart est aujourd'hui un coupable. Celui qui jadis était considéré comme l'un des plus grands chroniqueurs sportifs haïtiens, celui qui a dirigé la Fédération pendant plus de 20 ans, l'homme qui est à la base du succès fou du football féminin en Haïti. Celui qui pour certains était un modèle de persévérance et de succès, est sur le point de finir comme un vulgaire prédateur sexuel, un rejet de la société.
Lien de la décision de la FIFA: https://fr.fifa.com/who-we-are/news/la-chambre-de-jugement-de-la-commission-d-ethique-independante-sanctionne-yves-j
« Sans Passion autour d'une Passion »
Peterson Point Du Jout
Sports Infos Family
Le 24 Novembre 2020
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