En janvier prochain, les États-Unis et Haïti poseront tous deux des jalons démocratiques. Alors que les États-Unis s'apprêtent à investir leur 46e président, Haïti se prépare pour un référendum constitutionnel dont le résultat façonnera l'avenir de notre pays pour des générations. 

Notre démocratie, tout comme notre politique, est compliquée. C'est bruyant et passionné, avec une histoire tumultueuse, des centaines de partis politiques et des alliances complexes qui peuvent difficilement s'expliquer dans les 280 caractères exigés par les médias sociaux. Alors qu'Haïti s'approche d'un nouveau cycle d'élections et d'un carrefour crucial dans l'histoire de notre pays, les extraits sonores ne suffiront pas. 

Ce sont les faits. En janvier 2020, pour la cinquième fois depuis 1987, le Parlement n'a pas adopté de loi pour organiser des élections avant l'expiration de leur mandat. La Constitution haïtienne stipule que, faute d’une nouvelle législature issue des élections populaires, la gouvernance par décret présidentiel prévaudra jusqu'à ce que de nouvelles élections puissent être organisées. Il s’agit d’un scénario indésirable pour le pays, que j’ai cherché à éviter. Après un an passé à négocier pour former un nouveau gouvernement d'unité nationale et l'épisode Covid-19, nous sommes toujours là, sans parlement. 

Une partie du problème réside dans la Constitution imparfaite d'Haïti, rédigée en 1987. Le président est élu par vote populaire direct mais ne joue aucun rôle dans la gouvernance quotidienne du pays. Les présidents sont consignés pour être un observateur passif, avec le rôle de chef de l'État et la responsabilité de définir la politique réservée au Premier ministre. Cet arrangement maladroit a entraîné une instabilité chronique, avec 25 premiers ministres qui vont et viennent au cours des 33 dernières années. Cela nous a paralysés. 

2021 sera une année cruciale pour la démocratie haïtienne. Nous organiserons des élections en retard pour une nouvelle législature, et pour choisir le prochain chef d'État, qui entrera en fonction en 2022, ainsi que des élections locales. Et nous proposerons des mises à jour longtemps retardées de la Constitution d'Haïti, qui seront soumises au vote du peuple lors d'un référendum national, dans le but de mettre fin à l'impasse parlementaire permanente qui a freiné la croissance de notre pays pendant des décennies.

Il existe un large consensus tant au niveau national qu'au sein de la communauté internationale selon lequel notre système a un besoin urgent de réforme. Récemment, le président Luis Abinader de la République dominicaine voisine a exprimé son soutien à une nouvelle constitution pour Haïti qui pourra contribuer à apporter la stabilité aux deux pays. 

La nouvelle constitution sera une constitution moderne, elle permettra à un président qui est à la fois chef du gouvernement et chef de l'État, avec un Parlement représentatif d'avoir un véritable contrôle sur les actions de l'exécutif. Il s’agit d’une recette d’action, d’exécution et de responsabilité - que nous n’avons jamais eue à ce jour. Je plaiderai également pour que la diaspora haïtienne soit représentée dans notre Parlement. Ils continuent de ne pas être officiellement représentés dans le système politique haïtien, tout en fournissant une bouée de sauvetage cruciale sous la forme d'envois de fonds. Ils ne seront plus traités par notre système comme une simple source de revenus.  

Pour en faire une réalité, à la fin du mois d'octobre, j'ai nommé une commission indépendante et inclusive pour élaborer les modifications proposées à la constitution. Je suis fier d’avoir invité des membres de la communauté internationale à participer à ce processus, notamment les États-Unis, l’ONU, l’Organisation des États américains, l’Union européenne entre autres. 

Si elle est approuvée par les électeurs haïtiens, la nouvelle constitution peut être ratifiée d'ici mars 2021. Nous pouvons alors tenir les élections en retard (élections présidentielle, législatives et locales). Je ne serai pas candidat à ces élections - je ne serai pas en fonction pour vivre personnellement ces changements dans notre système. 

Entre-temps, nous travaillons d'arrache-pied avec nos partenaires internationaux pour jeter les bases afin de pouvoir organiser des élections dès que cela sera possible. Tenir des élections en Haïti, où peu de personnes ont des documents d'identité et les registres sont souvent inexistants, est une entreprise colossale. Certains ont suggéré de mener deux élections distinctes - d'abord pour élire le Parlement et ensuite le président. Cela, manifestement, est irréalisable et inabordable. Y compris le second tour, les élections échelonnées entraîneraient un niveau de dépenses sans précédent et ne feraient que causer de nouveaux retards. Je me suis engagé à organiser des élections présidentielle, législatives et locales au plus tard en août 2021, quel que soit le résultat du référendum constitutionnel. Celles-ci seront suivies du second tour des élections en octobre 2021, permettant au peuple haïtien d'installer un nouveau président, un nouveau Parlement et des gouvernements locaux en vertu d'une constitution réformée d'ici février 2022. 

Nous sommes sur le point de créer enfin le pays que tous les Haïtiens exigent et méritent. Si les politiciens daignent travailler ensemble, Haïti peut se libérer de décennies d'impasse politique et de crise sans fin. Nous pouvons résoudre notre problème le plus important et les élections ne seront plus un cycle de crises et d'incertitudes, mais un cycle fiable de représentation démocratique et de transition. C'est la voie à suivre pour mieux reconstruire. 

Traduction Patrick SAINT-PRE