L’étoile polaire ! Solitaire, elle pleure sur port au crime endeuillé. Ciel nuageux ! Et le roulement des tam-tams résonne dans un des bidonvilles qui assiègent les quartiers résidentiels.
Une bidonvilisation fille d’une migration anarchique du pays en dehors traînant leurs us et coutumes, leur peine et leur rire, leur souffrance et leur danse.
Ah le pays de la misère joyeuse !!!!
Notre pays que voici!
Et les chiens se taisent !
Et comme par hasard j’inscris le nom de cette ville Carrefour, ma ville natale sur un cahier d’écolier et se dessine devant moi l’école des Frères de l’Instruction Chrétienne. Le calvaire. Les flamboyants enveloppés dans leur tunique rouge. Et c’est le début des grandes vacances.
C’est la mer ! C’est les bicyclettes sur le quai ! C’est les excursions en montagne.
C’est aussi le tableau noir accroché au mur pour les dictées du professeur Jourdain.
C’est les repas en famille pour ceux et celles qui avaient obtenu une belle moyenne.
C’est la pensée morale inscrite au tableau noir. « Je rendrai mon âme pure comme je l’ai reçue ».
C’est la fête patronale du 15 août avec ses festives la maison familiale rénovée.
C’est le crépuscule avec ces largos interminables.
Ses crics cracs avec ces cauchemars.
On ne voyait pas passer le temps, les heures, les minutes.
Les jeux aux billes nous volaient toutes nos minutes, mes deux sœurs avec leurs osselets ne se fatiguaient jamais.
Et le temps de respirer, Septembre était déjà à nos portes. L’espace d’un cillement !
Et la fameuse huile et le sené très tôt un samedi matin étaient au rendez vous pour saluer la fin des grandes vacances.
Le certificat d’études terminé. Port-au-Prince s’ouvre à notre curiosité intellectuelle et notre appétit du savoir. Et pour bagage nous apportons notre noblesse provinciale dans cette capitale avec son bicentenaire illuminée, son palais législatif, son palais présidentiel dans toute sa majesté et sa beauté, jetant un coup d’œil attentif sur la place des Héros de notre indépendance. Ses salles de cinéma, ses clubs littéraires dont Karako bleu où l’on avait appris à se parler par signe, ses night clubs Cabane Choucoune, Lakay, sous les manguiers, le secondaire et la fac.
Mystère découverte joie et nostalgie.
Regard complice et charmant des beautés créoles multicolores.
Regard inquisiteur des DKW.
Nous volait notre liberté.
Ah Notre pays que voici!
Les rêves de mon enfance et de mon adolescence je ne les enterrerai pas.
Je cherche la lumière, le soleil, une humanité fraternelle.
Dommage la mesquinerie et la sécheresse des cœurs asphyxient notre Haïti que voici. Un tremblement de terre de 7.2 a provoqué des milliers de morts et de disparues. Que de maisons et de maisonnettes détruites. Que de récoltes ravagées.
Ah les sans- abris ! Les taillables et corvéables à la merci des vautours qui, hier encore, crachaient sur la misère de ce peuple bon enfant. Cette situation catastrophique constitue du pain béni pour ces éternels pêcheurs en eau trouble.
Et des millions dorment à la belle étoile sous une pluie torrentielle en proie à toute sorte d’épidémies hydriques, à toutes ces maladies contagieuses, dont la COVID-19, ce mal qui répand la terreur et la mort.
Ah mon pays que voici, pays de tous les contrastes.
Et à l’autre volet on assiste à la valse des monologues entre PASE PRAN M MA PASE CHECHEW.
Le pays se noie et les groupuscules de petits copains jouent à la marelle dans des hôtels huppés de Port-au-Prince, ils s’érigent en donneurs de leçons et faiseur de roi et de reine au lieu de prendre le temps de réfléchir sur la politique, c'est-à-dire la gestion de la cité sur ses faiblesses et ses atouts ou de se mettre à l’écoute d’une population aux abois.
Ce matin sous un ciel bleu doux immaculé, je sipe ma tasse de café, cette vieille habitude de ma prime enfance et la nouvelle m’est parvenue. Un coup de tonnerre ! 12 000 compatriotes entassés sous le pont de Texas après un pénible marathon. Ils ont traversé la Rio Grande pour aboutir à la porte du Texas ; ils sont des milliers, toutes générations confondues !
Cela nous ramène aux années 80. La ruée des Boats people sur les plages de Bahamas et de la Floride. Que de combats nous avons dû mener our leur faciliter une toute petite place dans cette Floride d’alors. Ah le Père Jean Juste ce leader communautaire de la Floride des années 80.
Qui ose l’oublier ?
« li mouri pou 2 twou je l »
Lui qui n’avait rien compris des méandres de la politique politicienne tissés de coups bas sous le macadam de Port-au-Prince.
Dommage ! S’il était encore en vie il aurait pu jouer un rôle dans ce scénario macabre au Texas !
Mais l’histoire ne s’écrit pas avec des SI. Fermons cette parenthèse et paix à son âme.
Ironie du sort, les mêmes noms qui ont traversé et occupé les sentiers sablonneux des différents pouvoirs refont surface comme si de rien n’était, comme si ils étaient des visages neufs. Un jeu d’alliance de rupture et de mésalliance sous le couvert d’un thème foure- tout société civile.
La cupidité et l’appât du pouvoir !
Dans cette situation chaotique et immonde, les chiens se taisent !
Elle se doit d’interpeller notre conscience collective ! Ce pays a besoin surtout d’un dialogue social en lieu et place de rencontres entre petits copains pour mieux maintenir le statu quo. Depuis quelques années nous prônons sans relâche ce discours de manière à pouvoir recoudre le tissu social déchiré de toutes parts. Mais hélas !
Il nous faut une renaissance mentale.
Et pourtant on assiste à la valse des vautours ! Qui à chaque opportunité cherche à assouvir leur soif du pouvoir.
Depuis 86 ils butinent dans toutes les instances étatiques quelle que soit leur orientation ils sont partout et dans tout. Sans faire de bruit et la dernière en date coalition de mésalliance. De véritables vipères.
Et 86 le départ de la dictature que l’on croyait responsable de tous nos maux !
Et 35 années après, cette transition a enfanté ce spectacle hideux d’un peuple juif errant et victime de l’indifférence et de la cruauté de son élite.
Ah cette transition démocratique, une expérience contrariée !
Une utopie trahie ! Par les différents bergers du troupeau.
Toutes idéologies confondues.
Une situation économique dévastatrice, un ascenseur social toujours en panne ! Et ce tableau tragique de ces milliers d’Haïtiens et d’Haïtiennes témoins éloquents d’un échec cuisant des 35 dernières années.
Ce tableau odieux et horrible de cette chasse à l’homme, une véritable insulte à notre bicolore. Et j’entends les lamentations du Samba.
« A quoi bon ce passé de douleur et de gloire ? »
Notre épaisseur historique, cependant nous commande un sursaut national à travers un dialogue sincère et profond en vue de redresser la barque nationale.
Cette tragédie n’est autre qu’une manière brutale de rappeler à nos compatriotes privilégiés du savoir et de l’avoir que la somme arithmétique des engagements et des succès individuels ne fait pas société. Pour le meilleur comme pour le pire nous sommes liés à la patrie, ainsi parlait André Malraux.
Haïti est une histoire, une belle histoire que nous devons assumer avec ses ombres et ses lumières. Haïti est une idée qui s’incarne dans une certaine conception de l’homme : une nation d’hommes libres et égaux en droits. Nous avons tressé notre genèse dans l’union ; c’est ensemble que nous devons œuvrer efficacement pour l’aboutissement d’un développement durable ; c’est ensemble que nous pouvons construire une société prospère équitable et ouverte sur l’avenir. Une telle démarche implique une politique publique d’intégration sociale, où tout un chacun puisse avoir droit de cité et de citoyenneté.
Une société civile robuste et fonctionnelle ne se conçoit pas sans une croissance économique équilibrée et partagée.
Une société civile implique une relation de confiance qui fait cruellement défaut au sein de notre société en proie à une fracture sociale trop criarde.
Le chômage rampant, cette société de deux mondes ne facilitent pas l’épanouissement d’une société civile moralement forte qui pourrait questionner le politique, l’action gouvernementale, exiger davantage de justice sociale, de sécurité, de santé, bref, de tout ce qui améliore la qualité de vie d’une population. L’absence de fenêtres d’opportunité, de responsabilité civique et collective, les fractures sociales représentent des obstacles majeurs à la construction d’une société civile représentative et vraiment utile au processus d’un développement socio-économique durable partant performant pour qu’Haïti puisse renaitre de ses cendres.
Port-au-Prince, le 21 septembre 2021
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Jean Claude Desgranges, MD, FAGS
Président de la Fondation du Troisième Age (FTA)
Jcdesgranges77@yahoo.fr
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