Siroter son petit café noir à son réveil ! Quel bonheur ! Un délice irremplaçable ! Un doux moment que rien ne saurait effacer. L’air joue avec les branches au moment où les bandits sèment la terreur dans la capitale. La fête des morts ! Le devoir d’aller me recueillir sur la tombe familiale m’a été refusé.
Dans cet environnement empoisonné nous avons un grand besoin de nous plonger dans l’univers artistique. Dommage ! Les musées sont aux abonnés absents dans ce pays en chute libre. Dire que visiter un musée constitue une thérapie au même titre que la musicothérapie.
Quand on regarde une œuvre d’art notre attention se porte sur l’œuvre. On oublie nos souffrances et nos anxiétés. Les prescriptions muséales que nous recommandons en gériatrie permettent d’augmenter le taux de cortisol et de sérotonine des patients. Nous sécrétons des hormones lorsque nous visitons un musée et ces hormones sont responsables de notre bien-être. C’est aussi efficace pour les patients diabétiques, pour les patients aux soins palliatifs et pour les personnes atteintes de maladies dégénératives chroniques.
La peinture haïtienne, particulièrement l’école de la beauté s’est fait sienne cette pensée de l’autre. « L’art doit s’élever pour capter des particules de beauté ». La peinture a la vertu de développer un impact positif sur la violence sociale. Lors d’une cérémonie organisée par l’UNESCO Haïti, à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’homme le 10 Décembre nous avons eu le bonheur via zoom d’assister à une danse de cette grande danseuse emblématique une yanvalou au rythme du Tam Tam, Kenbe alada. Un joyau artistique ! La face lumineuse de mon Haïti d’aujourd’hui !
Dommage Rex Théâtre, notre Carnegie hall, a disparu dans la fournaise ardente de la transition. Dans ce pays où une vie ne vaut rien et pourtant rien ne vaut une vie. A cette minute près la nouvelle m’est parvenue comme un coup de poignard ! Le jeune chirurgien-dentiste vient de rendre l’âme. Quelle horreur ! A peine commençait-il à rechercher difficilement les sentiers lumineux de la vie, cette aventure humaine si pleine d’embuches particulièrement dans notre Haïti d’aujourd’hui.
On aimerait tellement s’évader, courir après ce morceau de lune fatiguée. On aimerait tellement tracer le Veve de la délivrance sur ce sol mutilé et taché du sang de multiples innocents. Mais la foule qui me regarde reste les bras en croix. Foule insouciante et impassible dansant sa danse de fourmis folles. Les bras en l’air à la recherche de je ne sais quel Saint qui puisse les sortir de ce labyrinthe. Et pourtant tous les Saints ont dû fuir notre odeur de cadavre et de l’indécence.
Ah mon Haïti d’aujourd’hui !
Oh princesse de la musique Racine, avec ta voix govie et ta beauté fulgurante, tu détiens la magie de faire vibrer les fibres de l’Etre Haïtien. Chante ! Chante princesse ton invocation à Papa Dessalines notre empereur, ton général pour qu’il puisse stopper cette descente aux enfers. Cette situation chaotique ne peut plus durer ne doit plus durer. Qu’il vienne sonner le lambi du ralliement pour une intégration sociale à même de recoudre le tissu social déchiré de toute part
Artisanat en fête, une initiative louable et noble particulièrement dans cette conjoncture difficile. J’ai éprouvé un immense plaisir à y participer. Quel bonheur ! Admirer la créativité de nos artisans, la beauté de leurs œuvres. Une embellie qui malheureusement n’a duré que l’espace d’un cillement, car la tragédie survenue au Cap-Haitien, expression de détresse d’un peuple crucifié sur l’autel du mercantilisme des uns et des autres. Une catastrophe fille du désarroi dans lequel se trouve plonge une population livrée à elle-même, victime de cette philosophie politique « naje pou sòti »
La Noël cette fête universelle qui annonce la naissance du Christ, fils de Dieu n’a pas eu le courage de nous visiter. Trop de sang, trop de haine, trop d’injustice, trop d’impunité jonchent le sol de notre Haïti d’aujourd’hui
L’absence d’une vision collective de nos dirigeants successifs depuis des décennies, nous porte à marcher « sou chimen pèdi tan nou tout ape mache men nou pa konn ki kote nou prale. » Sou chimen pèdi tan nou mache youn ak lòt men nou pa vle pale youn ak lòt. Nou pito kritike comment lòt ap mache san nou pa wè nap bwete tou.
Jusques à quand? Qui peut changer cette situation macabre sinon qu’un sursaut via une mise en commun nationale soutenue par une coopération agissante de la communauté internationale particulièrement le puissant et capable voisin. Pour un plan Marchal dans le cadre d’une saine gestion et partant d’une bonne gouvernance politique économique et sociale où la corruption soit bannie.
Jean Claude Desgranges MD,FAGS
Président de la Fondation du Troisième Age (FTA)
Jcdesgranges77@yahoo.fr
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