Un appel, d'habitude ordinaire, celui des parents d'une femme enceinte référée d'un hôpital à un autre. Électricité, matériel, ressources humaines, urgence saturée, on ne liste plus les raisons qui poussent les malades, graves et moins graves, à faire un ping-pong médical d'un centre à un autre. Cet appel aurait pu être ordinaire si elle ne concernait pas une femme enceinte ayant reçu une balle dans l'abdomen. Le goût du «challenge» laisse la place au désenchantement, l'histoire est fatigante d'horreur, le médecin devient le témoin privilégié de la barbarie humaine en Haïti. «C'est une femme qui a reçu une balle dans l'abdomen à la quatrième avenue Bolosse. Elle est passée dans plusieurs hôpitaux avant d'arriver à Eloïm, situé à la ruelle Waag», a confié le Dr Berthony François, obstétricien-gynécologue, responsable du complexe médical Eloïm.
«Elle était à 36 semaines, cette situation a mobilisé toute l'équipe qui a fait de son mieux pour rentrer en salle d'opération dans un temps record. La balle, de gros calibre, a provoqué une grande hémorragie, le temps pour la famille d'arriver à un centre de la Croix-rouge, elle s'était vidée de tout son sang. Il fallait un miracle pour la garder en vie», confie le Dr Berthony François, la voix cassée à l'autre bout du fil.






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