Il y a 265 ans, à Cormier dans le Nord d’Haïti, vint au monde un nègre créole dans l’enfer colonial. Le décor planté des allégories planétaires et /ou cosmogoniques de sa naissance n’est pas raconté parce que sa venue semble n’avoir été annoncée que dans les légendes orales de l’Abyssinie profonde. Somme toute, il est venu dans le monde pour semer toutes les germes de l’accomplissement humain et de la solidarité des hommes sur la planète bleue.
Aux temps des humanités antérieures plus proche de nous, les mythes de Melchisédech venu du néant, de Noé le survivant du déluge des textes sacrés, de Abram le chaldéen, de Jacob de Madian devenu Israël, de Moïse l’hébreu ou de Cyrus le persan, entre autres, ont traversé le temps toujours avec une fraicheur renouvelée au gré des élans de communautés ou des opportunités de structuration sociétale ou cicvilisationnelle.
On eut dit des repères perpétuels pour inventer de nouveaux paradigmes ou revisiter des pédagogies efficaces et efficientes de construction communautaire.
A l’audience de la vérité , en ces heures du numérique, qui peut contester sans arrière – goût de préjugés caricaturaux que de la modernité avec les contemporains d’Auguste Comte, en passant par tous les encycliques de Rome et les grandes Ecoles de pensée occidentales, pour arriver à l’avorton de la mondialisation sous le label de la pensée unique, la société des hommes a butiné dans les fleurs de l’idéal Dessalinien.
Toute la littérature scientifique, philosophique, romanesque et culturelle de la modernité et de la post- modernité scrute dans la glaise du réel, de la conscience, du temps, de l’espace et du supra-rationnel cet être qu’est l’homme.
Les lumières les retrouvent dans la pensée, Sartre croit qu’il se construit parce qu’il est ce qu’il devient. Nitchze estime qu’il a assassiné le Dieu qui est en lui. La dictature du marché en fait une marchandise. Les prophètes du principe premier ou de l’Eternel présent en fait un être cyclique dans sa triple dimension : chair, âme et esprit. Dessalines simplifie cette quête de l’homme : « il y a d’homme que dans la dignité de l’être et dans la liberté essentielle, cette liberté comprise dans le jargon d’Emile Durkheim .
Cette articulation de la conception de l’homme, dans la logique d’un monde prédateur l’a conduit résolument sur l’autel de l’holocauste le 17 octobre 1806-
Ce sacrifice est on ne peut plus magnanime puisqu’il aura rouvert les yeux aux opprimés comme aux oppresseurs de l’ère coloniale, aux damnés de la terre et des hommes de bonne volonté en général. En effet la proclamation de l’indépendance de la République noire d ‘Haïti, en 1804, a non seulement sapé les bases de l’édifice colonial mondial, mais aussi et surtout incite, même pour préserver de gros intérêts, les institutions et les cénacles de l’impérialisme monstrueux à épiloguer sur un humanisme de tolérance. Le congrès de Vienne onze (11) ans plus tard traduit, s’il en était besoin, cette inflexion de l’exclusivisme et de la suprématie blanche. Les congrès de la grande Colombie de 1827 et 1828 attestent aussi de l’influence du sacrifice de Dessalines sur la dynamique des sociétés humaines. Et que dire des témoignages de la Grèce, berceau de la civilisation occidentale, témoignages de reconnaissance à la grandeur d’âme de l’ancien esclave noir de Saint-Domingue.
La ligue des conservateurs qui ont théorisé dextrement le néocolonialisme et le capitalisme à visage odieux, n’ont rien négligé pour occulter jusqu’à son nom dans la conscience de l’humanité et même dans le quotidien des enfants de la patrie qu’il a créée.
Deux siècles durant, ils ont, suivant des stratégies plurielles d’aliénation ou de bovarysme attisé les contradictions sociales, pérennisé des clichés de discrimination, imposé par doublure ou par la force des gouvernances rébarbatives au service de l’injustice sociale et des clivages de polarisation deshumanisants pour tenter de justifier la gratuité de la geste de 1804.
Aujourd’hui, par exemple, la projection de l’image d’Haïti sur les écrans de toutes les latitudes fait honte jusqu’à la désespérance. Au point que sous couvert de négociations politiques, de réformes institutionnelles et constitutionnelles il se trame le complot de faire de cette terre de liberté, d’intégrité et de dignité humaine un dominion sous la férule du Commonwealf. La prolifération des gangs que le narratif des presses occidentales voient comme des exclus révoltés et non comme des terroristes du Hamas, du Herbolah, ou du jihad, la banalisation de crimes financiers, tels la dilapidation des fonds du CIRH et de Petro Caribe sont, entre autres, autant de stratagème poursuivant cet objectif de ruiner la grandeur historique de cette nation nègre d’Haïti.
Pis encore autres, à la libido dominandi des géants de la terre, s’ajoutent la paresse intellectuelle des élites du terroir et le conformisme du détaillant de la classe économique. Le pays, ainsi, traine son lot de dépendance à tous égards avec ses corollaires de gifle, de pauvreté et d’acculturation. Mais la vérité ne meurt point. Elle remonte toujours du gouffre de l’immonde et de l’amnésie.
Les martyrologues de tous les temps et de tous les pays reconnaissent trois types de martyr : l’innocent qui soulève la pitié et après coup la colère de la grande énergie de la nature, le martyr de la foi et de la bonne cause qui fait école, le martyr de l’espérance qui devient Dieu.
L’Egrégore d’une nation réunit l’énergie de ces trois martyrs. Dans la France médiévale, cette France fille ainée de l’église catholique, les martyrs piliers de sa grandeur sont canonisés pour être vénérés dans toutes ses villes, provinces et colonies. Les reliques et effigies de ceux et celles qu’il faut appeler des saints, les oraisons méditées et répétées en leur honneur, comme la célèbre oraison de saint-charlemagne mettent, en exergue, la stature suprahumaine de ces martyrs. Dans le Pentateuque hébraïque, il est dit dans le livre du deutéronome que « Je Suis » suscite un Dieu parmi les hommes pour son peuple. Il faut, ici, saluer la sagesse de nos frères du Bénin qui ont qui ont fait entrer Dessalines à l’empire des dieux de l’univers.
Puisse l’Esprit de Dessalines, en cette 217e année de son holocauste, oindre les fils et les filles d’Haïti pour le mieux vivre ensemble et les clercs du monde entier pour cette humanité de solidarité des peuples et de coopération internationale gagnant / gagnant.
Dr Gracia Jean-Charles
Membre de l’Atelier Permanent de Réflexion
et de Recherches Universitaires de Pitit Dessalines
(APRREUPID)
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