Depuis quelques mois, Le Nouvelliste traite dans ses pages la dégradation de la situation dans le secteur de l’enseignement de la médecine en Haïti. Les malheurs de la plus ancienne branche de l’enseignement supérieur dans le pays n’est pourtant que l’arbre qui cache la forêt. C’est tout le système de formation supérieure qui va mal. Très mal.

« Aujourd’hui, il n’y a presque plus de professeurs pour dispenser les cours dans les universités haïtiennes ».

Celui qui parle est bien placé pour tirer la sonnette d’alarme, il s’agit du professeur Jean Robert Charles, président de la Conférence des recteurs, présidents et dirigeants d’institutions d’enseignement supérieur haïtiennes (Corpuha). Un article en Une de cette édition est consacré à son cri.

Le doyen des doyens sait de quoi il parle. Il assiste depuis des années à la lente descente aux enfers des universités et établissements supérieurs en Haïti. La crise a débuté avec le départ des étudiants et s'est poursuivie avec celui des professeurs.

Avec le déficit d’étudiants, dans un système où le secteur privé dépasse de très loin les capacités du secteur public, c’est le nerf de la guerre qui fait défaut à l’enseignement supérieur. Moins d’étudiants, de moins en moins d’étudiants, cela signifie de moins en moins d’argent. Impossible de payer les professeurs et de faire fonctionner les centaines d’institutions privées réparties sur tout le territoire.

Le secteur de l’enseignement supérieur en Haïti est dominé à 92% par le secteur privé, a révélé le président en exercice de la Corpuha. « C’est une anomalie», a-t-il dénoncé.

Et dans ce pays où l’Etat ne subventionne pas les établissements privés, la faillite guette, des portes se ferment, des filières disparaissent.

« Aujourd’hui le secteur privé de l’enseignement n’existe plus. Même ce que vous appelez les grandes universités sont en détresse économique», a révélé le recteur de l’Université autonome de Port-au-Prince, précisant que cette détresse a atteint son paroxysme.

Sans crainte d’être contredit, le professeur Charles prévient :« S’il n’y a pas une intervention verticale de l’État, en utilisant ses pouvoirs régaliens, dans dix ans, Haïti ne sera plus un pays. Il n’y a plus de vocation», a-t-il soutenu.

« L’École normale supérieure qui, d’habitude, enregistrait plus de trois mille inscrits, peine à trouver sept cents cette année. Des facultés des sciences de l’éducation sont fermées. D’ici 2030, il sera presque impossible de trouver des enseignants haïtiens en Haïti», a mis en garde le recteur lors de son intervention sur la matinale de Magik 9, mercredi 22 novembre 2023.

C’est le savoir et sa transmission qu’on assassine en Haïti. Quand ce ne sont pas les gangs qui empêchent aux enfants d’aller à l’école, particulièrement dans les quartiers défavorisés, c’est le pays, l’Etat et la société qui laissent mourir l’enseignement supérieur.

Il y a urgence à stopper la dérive mortelle.